En Crète, restaurer la confiance en soi en restaurant des oliviers

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Une femme coupe les branches d'un olivier près d'Ierapetra, dans le sud-est de la Crète, le 8 novembre 2018
Une femme coupe les branches d'un olivier près d'Ierapetra, dans le sud-est de la Crète, le 8 novembre 2018
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© AFP, Theophile Bloudanis

AFP, publié le mercredi 14 novembre 2018 à 11h38

Mélanie époussette soigneusement la coupe qu'elle vient de faire sur une branche. Elle est en Crète, avec huit autres jeunes en difficulté de l'ouest de la France, pour "restaurer" de vieux oliviers. Mais l'expérience dépasse l'aspect agricole.

Le groupe est accueilli par Morgane Lagache, une française, et son compagnon grec Alexandre Tzaros.

Installés depuis 2013 près de Ierapetra, dans le sud-est de la Crète, la plus grande et méridionale des îles grecques, ils produisent chaque année 1,2 tonne d'huile d'olive ultra-vierge, dans le respect des traditions. La Grèce, avec 300.000 tonnes annuelles, est le troisième producteur mondial après l'Espagne et l'Italie.

Ces férus de sculpture, histoire de l'Art et philosophie, expliquent aussi "restaurer", avec l'accord de leurs propriétaires, des oliviers abandonnés, asphyxiés par le lentisque et le caroubier.

C'est à cela que, depuis fin 2016, viennent les aider une semaine par an des jeunes de la mission locale de Redon, une des quelque 445 du dispositif social français.

"Ce sont des jeunes en rupture scolaire ou en difficulté sociale et familiale, que la mission locale aide à trouver un emploi, une formation, à faire des CV ou à préparer des entretiens d'embauche", explique Isabelle Sirlin, l'accompagnatrice, maire-adjointe de Saint-Dolay et responsable de chantiers d'insertion.

-"Humbles" face aux arbres -

Dans le champ, les jeunes s'affairent. La veille, ils ont extrait de leur gangue végétale plusieurs oliviers, aujourd'hui ils les débarrassent de branches "ayant tendance à tirer la sève vers le haut", explique Morgane.

Les scies à main s'entrecroisent. Accroupi à deux mètres de haut, Brendan, 25 ans, le seul garçon, coupe minutieusement les petites branches au sécateur.

Vers 14h00, pause pique-nique dans un autre champ. Dès le repas terminé, on discute nature, autour de livres illustrés apportés par Morgane, "Fleurs sauvages de Crète" ou "la Vie secrète des Arbres". 

Puis, sur une grande feuille, elle trace au feutre rouge une pyramide, invitant chacun à citer un besoin fondamental de l'Homme. Mélanie, 22 ans, note consciencieusement les notions qui fusent. Besoins psychologiques, de reconnaissance, estime de soi... On s'interroge: "l'Humain est-il fait pour vivre en groupe"? Un appareil enregistre, en vue de l'exposition prévue à Redon, fin novembre.

Un séjour détendu, mais sans futilités. Les visites sont consacrées aux sites archéologiques, aux serres - la Crète est le grenier de la Grèce - ou à la découverte du plus vieil olivier du monde, 3.250 ans, à Kavousi. 

Ici "on reconsidère la notion de travail", estime Jean-Luc Guillaume, l'autre accompagnant, conseiller municipal à Redon et responsable des Services Espaces Verts à la Gacilly. "Il faut être humble par rapport à ces arbres millénaires."

- "Plus heureux" -

Certains des jeunes, dont plusieurs n'avaient jamais pris l'avion, étaient surtout attirés par le voyage. D'autres viennent enrichir leur expérience professionnelle.

Ainsi Mélissa, 25 ans, en pantalon de travail de sa pépinière forestière. Elle aime le côté "un peu bordélique" des champs d'oliviers où "les vieux arbres cohabitent avec les tout jeunes": "C'est plus agréable qu'un verger rang par rang". 

Alison, 22 ans, piercings et cheveux rouges, est agent technique dans les espaces verts de sa ville. Elle tient de son père son goût pour la nature, et rêve de raconter cette expérience à ses futurs enfants. En Crète, elle trouve que les gens "ont l'air plus heureux".

Le soir, dans la maison d'hôtes face à la Méditerranée, on échange toujours, dans une ambiance étonnamment solidaire alors qu'ils ne se connaissaient pas quelques jours avant. 

Stagiaire l'an dernier, Aodren, 21 ans, est cette fois accompagnant, en service civique à la mission locale. Lui qui se voyait brancardier s'imagine désormais animateur. "Je me suis senti évoluer." 

"Ces prises de paroles permettent de travailler sur la confiance en soi. En vue par exemple d'un entretien d'embauche", confirme Morgane, qui souhaite étendre l'expérience à d'autres missions locales.

"Je n'aurais pas pu passer une meilleure semaine" soupire Mélissa. Alison, à l'humour rapide et décapant, rétorque : "Si, t'aurais pu en passer deux."

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