En Argentine, le premier mois d'"équilibriste" du président Fernandez

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Le nouveau président argentint Alberto Fernandez (g) et sa vice-présidente, Cristina Fernandez de Kirchner, lors de la cérémonie d'investiture le 10 décembre 2019 à Buenos Aires
Le nouveau président argentint Alberto Fernandez (g) et sa vice-présidente, Cristina Fernandez de Kirchner, lors de la cérémonie d'investiture le 10 décembre 2019 à Buenos Aires
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© AFP, Emiliano Lasalvia

, publié le mercredi 08 janvier 2020 à 06h55

En un mois à la tête de l'Argentine, le président Alberto Fernandez a déjà mis à l'épreuve son "don d'équilibriste" en faisant adopter des mesures pour endiguer la pire crise économique depuis 2001 et tenter d'éviter le défaut de paiement.

Tandis que le pays se débat avec une pauvreté qui touche désormais 40% des 44,5 millions d'Argentins, une inflation supérieure à 50% et une dette abyssale, le nouveau chef de l'Etat, un péroniste de centre-gauche, a annoncé un paquet de mesures d'urgence une semaine après sa prise de fonctions, le 10 décembre.

Parmi elles figurent notamment le gel des tarifs des services publics pendant six mois, une taxe de 30% sur les achats de devises étrangères ou encore des taxes sur les exportations agricoles, un des rares secteurs en croissance en Argentine.

Sa recette est simple : ceux qui possèdent davantage vont devoir faire un "sacrifice" en faveur des plus défavorisés. 

Parallèlement, Alberto Fernandez, doté selon de nombreux commentateurs d'un véritable "don d'équilibriste", a réussi à réunir à la même table syndicats et entrepreneurs : aux uns, il a demandé de ne pas avoir des "exigences démesurées" sur les hausses des salaires et, aux autres, de ne pas augmenter les prix et de stimuler les investissements. 

Une politique qui "ménage la chèvre et le chou", résume le politologue Enrique Zuleta, qui souligne toutefois que cela permet de "gagner du temps, de provoquer une certaine réaction positive des classes populaires, mais que cela est très difficile à maintenir à moyen terme".

Le gouvernement a aussi décidé de conserver le contrôle des changes et les restrictions de retraits en dollars plafonnés à 200 dollars mensuels, décidés dans les dernières semaines du gouvernement précédent, afin de freiner la chute du peso, alors que les Argentins ont l'habitude d'épargner en billets verts. 

Mais pour Daniel, propriétaire d'une pizzeria, la mesure est "douloureuse". "Qui va amener des dollars ici, si nous ne pouvons pas en retirer ?", demande-t-il. 

- Volonté de payer -

Carlos Fara, consultant politique, confirme que les mesures d'urgence provoquent "le mécontentement d'une grande partie de la classe moyenne". 

Il rappelle également qu'un "défaut de paiement serait un désastre pour l'Argentine" qui avait connu en 2001, le plus important défaut de paiement de l'histoire et une crise économique et sociale très grave.

L'Argentine est désormais le pays le plus endetté d'Amérique latine, avec une dette publique de quelque 335 milliards de dollars, soit 93% du PIB, qui inclut les 44 milliards déjà prêtés par le FMI dans le cadre d'un accord signé en 2018 par le gouvernement de centre-droit de Mauricio Macri. 

La renégociation de la dette est une des questions les plus pressantes que va devoir régler le nouveau pouvoir, en plus des importantes échéances auxquelles il devra faire face au cours des prochains mois pour les obligations souveraines, alors que les réserves de la Banque centrale représentent 45 milliards de dollars. 

Alberto Fernandez a récemment décidé unilatéralement un report à août du paiement d'une échéance de 9 milliards de dollars, mais il a toujours exprimé sa volonté de payer la dette du pays, à condition que l'économie argentine reparte à la hausse. 

En matière de politique extérieure, les premières semaines du mandat du nouveau chef de l'Etat ont été marquées par l'arrivée, comme exilé politique, de l'ancien président de gauche bolivien, Evo Morales, un temps réfugié au Mexique dans la foulée de la crise post-électorale qui a secoué son pays fin 2019.

Concernant l'Amérique latine, "nous allons voir un Alberto Fernandez plus à gauche parce que la politique étrangère sert à donner une satisfaction symbolique aux franges les plus radicales du +Frente de Todos+, la coalition qui lui a permis la victoire en octobre 2019, analyse Carlos Fara. 

Cependant, le gouvernement de M. Fernandez n'a pas hésité à critiquer le gouvernement de Nicolas Maduro, lorsqu'un député, soutenu par le pouvoir, Luis Parra, s'est proclamé dimanche président du Parlement pour faire barrage à l'opposant Juan Guaido. 

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