En Allemagne, un camp de travail forcé surgit de l'oubli

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Henrik Mordechai Gideon, ancien prisonnier au camp de concentration de Mühldorf, à l'inauguration du mémorial, dans le sud de l'Allemagne, le 27 avril 2018
Henrik Mordechai Gideon, ancien prisonnier au camp de concentration de Mühldorf, à l'inauguration du mémorial, dans le sud de l'Allemagne, le 27 avril 2018
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© AFP, Matthias Balk, dpa

AFP, publié le samedi 28 avril 2018 à 12h20

L'Allemagne inaugure vendredi un mémorial pour des détenus longtemps oubliés d'un camp de concentration, pour beaucoup des Juifs hongrois, qui durent "dans des conditions inhumaines" édifier un bunker-usine en pleine forêt.

"Je suis satisfait qu'enfin, après tant d'années, au milieu de la forêt, on puisse se souvenir de la souffrance de ces hommes et de leur mort", explique à l'AFP Franz Langstein, président de l'association "Pour le souvenir", devant ce mémorial situé près de Mühldorf am Inn, en Bavière. 

A partir de l'été 1944, quelque 10.000 déportés ou prisonniers de guerre ont travaillé dans cette forêt "dans des conditions inhumaines", selon M. Langstein. 

Ils devaient bâtir un immense bunker en béton dans lequel des avions de chasse destinés aux combats contre les Alliés devaient être fabriqués.

- Fosse commune -

Considéré comme une annexe du camp de concentration de Dachau, près de Munich, le site a été évacué le 28 avril 1945. Après la guerre, une fosse commune contenant les restes de 2.200 personnes fut découverte.

L'emplacement de ce lieu de sépultures est aujourd'hui repérable par des arbres coupés au niveau du tronc tandis que plus loin se trouvent les ruines d'une immense voûte de béton, qui devait constituer le "toit" de ce bunker.

"A l'automne 1944, 10 à 20 personnes mourraient chaque jour", et "au coeur de l'hiver ce chiffre monta même jusqu'à 40 personnes", explique M. Langstein, devant les panneaux explicatifs qui retracent le parcours effroyable des détenus, photos et témoignages à l'appui.

Beaucoup sont morts de faim, de froid ou d'épuisement à force de porter de lourds morceaux de béton tandis que la poussière de ciment endommageait leurs poumons. 

Des détenus du camp d'extermination d'Auschwitz furent régulièrement envoyés à Mühldorf, dont beaucoup de Juifs hongrois.

Depuis 2002, l'association de M. Langstein se bat pour que le souvenir du calvaire enduré dans cette forêt par les déportés fasse l'objet d'un mémorial pédagogique et informatif. 

De nombreux promeneurs et joggeurs aiment traverser la forêt, tombant sur les ruines en ignorant souvent ce qui s'y est déroulé.  

Les restes du bunker devront encore être aménagés avant de devenir un lieu mémoriel, mais les ruines témoignent de la gigantesque tâche impartie aux travailleurs forcés. 

L'édifice devait en effet faire 400 m de long pour une largeur de 33 m, 8 étages à moitié sous terre surmontés de 12 énormes voûtes de béton, selon le quotidien Süddeutsche Zeitung.

Le camp de concentration de Dachau fut le premier ouvert, à peine deux mois après l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler. 

A partir de 1942 apparut un réseau de 140 "annexes" construites directement à côté des sites de production d'armement dans la région et où plus de 30.000 détenus furent employés de force, selon le Mémorial de Dachau.

- Forêt idyllique - 

Pour M. Langstein, sur le site de Mühldorf "au coeur de cette forêt idyllique on voit ce que les hommes sont capables de faire à d'autres et ce sans avoir d'états d'âme et ce en disant en plus: +de toute façon, ce sont des Juifs+".

De courts témoignages de survivants sont également exposés sur le site. 

Après l'évacuation du camp, des détenus ont été contraints par des SS à entamer un périple dans un convoi de bestiaux. 

"Dans la brume matinale du 30 avril (1945), nous avons vu tout à coup que les armes des Allemands étaient désormais orientées vers le bas et non plus vers le haut", raconte le Hongrois Imre Rabai, sur le site internet de l'association "Pour le souvenir".

"Nous avons regardé autour de nous et vu les troupes américaines (...). elles ont ensuite ouvert nos wagons. Nous étions libres".     

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