En Allemagne, les vacances virent au chaos

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Des voyageurs portent des masques de protection à la gare de Munich, le 13 octobre 2020 en Allemagne
Des voyageurs portent des masques de protection à la gare de Munich, le 13 octobre 2020 en Allemagne
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© AFP, Christof STACHE

, publié le jeudi 15 octobre 2020 à 19h26

Saluée en Europe pour sa gestion de la pandémie, l'Allemagne, où les cas sont en forte augmentation, se déchire sur la question des zones à risques à l'intérieur du pays et du chaos créé par les restrictions pendant les vacances.

Face au tollé, certaines régions se sont finalement résolues à assouplir des règles accusées de semer la confusion dans l'organisation des vacances d'automne. Ces congés ont commencé pour certains en octobre et s'étalent jusqu'à début novembre.

Les 16 Länder, compétents en matière sanitaire, sont en effet libres de fixer leurs propres restrictions, sans que le gouvernement fédéral d'Angela Merkel ait son mot à dire.

- Merkel "insatisfaite" -

Nombre de ces régions, en particulier les moins peuplées, ont ainsi imposé des tests de moins de 48 heures, couplés parfois à des périodes de quarantaine, aux voyageurs venant de zones allemandes "à risques", celles qui comptent chaque jour au moins 50 nouvelles infections pour 100.000 habitants.

Si ces conditions ne sont pas réunies, les vacanciers ne peuvent être hébergés dans des hôtels ou locations touristiques type Airbnb.

Rendre visite à des membres de la famille est en revanche autorisé dans la plupart des Länder. 

Or ces zones sont de plus en plus nombreuses. L'Allemagne a fait état jeudi d'un record absolu de nouvelles infections avec 6.638 cas de coronavirus en 24 heures.

En Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé, un habitant sur quatre, soit environ 4 millions de personnes, vit dans des secteurs à risque. Berlin et ses presque 3,7 millions d'habitants sont également concernés, comme Stuttgart, Francfort, Munich ou Brême.

Les Allemands, que la chancelière et ses ministres pressent depuis des semaines de prendre leurs vacances dans le pays et non à l'étranger, se retrouvent ainsi pris au piège. L'Allemagne a en plus allongé jeudi sa liste de zones à risques avec notamment la région frontalière française, ainsi que des régions italiennes et polonaises.

Une réunion de crise de plusieurs heures, mercredi, n'a pas permis à Angela Merkel et aux 16 dirigeants régionaux de se mettre d'accord sur une règle nationale commune. La chancelière n'a pas caché sa frustration, se disant "insatisfaite" du statu-quo.

Dans l'attente d'une éventuelle solution lors d'une nouvelle négociation début novembre, la Saxe (sud-est) a décidé de lever l'interdiction d'hébergement, reconnaissant qu'elle n'était pas "proportionnée". La Sarre a elle aussi levé l'obligation de disposer d'un test négatif de moins de 48 heures pour les vacanciers.

- Ruée sur les tests -

Des vacanciers d'une localité "à risque" de Rhénanie du nord-Westphalie ont eux obtenu d'un tribunal administratif la suspension de l'interdiction d'hébergement imposée par le Land du Bade-Wurtemberg, où ils avaient loué pour les vacances.

Le tribunal a notamment relevé que le Land n'a pas apporté la preuve que les hôtels et pensions étaient des "moteurs" de l'infection.

Une décision similaire a été prise en Basse-Saxe après un recours déposé par l'exploitant d'une résidence de vacances.

Des dirigeants de zones classées à risque pointent l'iniquité de ces mesures d'interdiction.

"Nous avons des centaines de milliers de personnes qui font la navette chaque jour entre le Brandebourg et Berlin, ils se croisent dans les magasins, dans les transports, au travail... Et un Berlinois n'est pas autorisé à passer deux jours dans le Spreewald (une réserve naturelle du Brandebourg, ndlr)! Tout cela n'a aucun sens", s'emporte le maire social-démocrate de Berlin, Michael Müller.

Ces règles risquent de plomber un peu plus une économie hôtelière et de la restauration déjà affaiblie par les restrictions engagées dès le mois de mars et les obligations de fermeture nocturne imposées ces derniers jours dans de grandes villes.

"Les dangers ne résident pas dans le fait de passer la nuit dans un appartement de vacances à la campagne, ni dans un hôtel en ville", fustige Reinhard Meyer, président de l'Association allemande du tourisme. Il redoute une vague de faillites en 2021 après un manque à gagner qu'il estime à 35 milliards d'euros au premier semestre.

La grogne monte aussi dans les laboratoires et cabinets médicaux. "Il y a des familles qui veulent à juste titre partir en vacances et demandent des tests rapides. Mais il n'y a pas la capacité", prévient Ulrich Weigeldt, président de l'Association des médecins généralistes.

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