En Allemagne, l'accueil des migrants de la "filière" belarusse

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Des migrants au centre d'accueil d'Eisenhüttenstadt, le 25 octobre 2021 en Allemagne
Des migrants au centre d'accueil d'Eisenhüttenstadt, le 25 octobre 2021 en Allemagne
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© AFP, JENS SCHLUETER

publié le mercredi 27 octobre 2021 à 17h20

"Je veux vivre ici": dans le centre d'accueil d'Eisenhüttenstadt, près de la frontière polonaise, Siban, un demandeur d'asile irakien de 19 ans, rêve de s'installer en Allemagne, après un épuisant périple depuis le Bélarus.

Dans un allemand balbutiant, appris grâce à quelques mois de cours en ligne, il raconte son arrivée à Minsk en avion, depuis la Turquie, et son parcours de huit jours à pied, à travers la Pologne, pour rejoindre l'Allemagne.

"Je n'avais ni eau, ni nourriture, il faisait froid. C'était très fatigant", explique-t-il à l'AFP.

Comme lui, 6.100 migrants, originaires pour la plupart du Moyen-Orient, ont atterri en Allemagne en passant par la frontière polonaise grâce à la nouvelle "route migratoire" du Bélarus, selon les autorités.

Les flux se sont récemment accélérés : "il y a deux jours, pour la première fois depuis de nombreuses années, nous avons enregistré 1.000 entrées quotidiennes de migrants (...). Il est urgent d'agir", a alerté mercredi le ministre de l'Intérieur Horst Seehofer.

- "Arme politique" -

Les Européens affirment que le président Alexandre Loukachenko fait venir les migrants par avion à Minsk, avant de les renvoyer vers la Lituanie, la Lettonie et la Pologne, en représailles aux sanctions économiques infligées par l'UE à son régime.

"Il s'agit d'une forme hybride de menace, dans laquelle les migrants sont utilisés comme des armes politiques", a récemment affirmé Horst Seehofer.

Le gouvernement français a lui accusé mercredi la famille du président bélarusse d'être derrière un "trafic" d'êtres humains "savamment organisé" vers l'Union européenne.

Beaucoup de migrants ne restent pas dans les pays baltes ou en Pologne et achèvent leur périple en Allemagne. Le pays a la réputation depuis 2015 - lorsque Angela Merkel ouvrit en grand les portes du pays aux demandeurs d'asile - de réserver un bon accueil.

Le nouveaux arrivants ne sont pas renvoyés en Pologne - comme le voudraient en principe les règles européennes - mais conduits dans des centres de premier accueil pour y être enregistrés.

Dans l'un de ces centres, à Eisenhüttenstadt (est), les arrivées ont été "multipliées par dix" en un an, explique à l'AFP Olaf Jansen, responsable de l'office central des étrangers de la ville.

"Cette augmentation rapide est comparable à 2015", lorsque des centaines de milliers de migrants avaient afflué en Allemagne via la route des Balkans, "même si on n'a pas les mêmes volumes" au plan national, affirme-t-il.

Les capacités du camps ont été élargies: une dizaine de tentes ont été installées pour accueillir les réfugiés et des centres de tests Covid.

La moitié des 1.300 personnes présentes sont de nationalité irakienne. Les autres sont en majorité syriens, afghans, iraniens et yéménites.

Une grande partie d'entre eux veut rester en Allemagne, et y déposer une demande d'asile. "Il sont très peu à vouloir continuer le voyage vers la France ou les pays du Nord", explique Olaf Jansen.

"Je veux rester en Allemagne et continuer mes études. C'est bien ici", confirme à l'AFP Rohullah, 23 ans, un Afghan arrivé quatre jours auparavant.

Dans le camp, certains exilés jouent au football pour tromper l'ennui, au milieu des conteneurs et des tentes, tandis que d'autres appellent leurs proches, assis dans la cour.

Tous racontent le même récit d'un épuisant trajet à pied depuis le Bélarus pour rejoindre l'Allemagne.

Zeidun, 22 ans, venu de Fallujah en Irak, dit avoir marché "10 jours" à travers la Pologne, sans interruption, seul, avant de "prendre le taxi" pour traverser la frontière.

- Contrôles -

Beaucoup se plaignent de la brutalité de la police polonaise: "Ils sont dangereux. Il frappent, et ils ont des chiens", explique Mamontzer, un Irakien de 21 ans, originaire de Bagdad.

Pour faire face à l'afflux, Berlin a renforcé cette semaine les contrôles aux frontières avec la Pologne.

Une dizaine de policiers barraient lundi matin la sortie du pont reliant la ville allemande de Francfort-sur-l'Oder et la cité de Slubice, en Pologne, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Camions et taxis étaient systématiquement arrêtés et fouillés par les forces de l'ordre.

Cet afflux permet aussi à l'extrême droite allemande d'agiter à nouveau le spectre d'une immigration incontrôlée. D'autant qu'elle réalise certains de ses meilleurs scores électoraux dans les régions de l'Est du pays frontalières de la Pologne ou de la République tchèque.

Au cours du week-end, la police a refoulé une cinquantaine de sympathisants du groupuscule néo-nazi "Troisième voie", venus pour tenter de stopper les migrants. La police a saisi une machette, une baïonnette, des bâtons et du gaz poivre en bombes aérosols.

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