En Allemagne, des chasseurs en quête de viande "éthique"

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Shanna Reis, jeune allemande de 28 ans, qui a décidé de chasser pour une consommation éthique, à Aspisheim le 7 janvier 2021
Shanna Reis, jeune allemande de 28 ans, qui a décidé de chasser pour une consommation éthique, à Aspisheim le 7 janvier 2021
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© AFP, Daniel ROLAND

, publié le vendredi 26 février 2021 à 18h19

Avec ses dreadlocks et son piercing au nez, Shanna Reis n'a pas le profil typique des chasseurs qui traquent le gibier. Cette Allemande de 28 ans veut incarner une nouvelle génération d'adeptes, soucieux de contrôler la viande qu'ils mettent dans leur assiette.

Végétarienne pendant une décennie, cette viticultrice est redevenue carnivore depuis l'obtention de son permis de chasse, il y a cinq ans. Mais elle ne consomme que de la viande de gibier sauvage, si possible abattue par ses soins.

"C'est important de savoir d'où vient la viande que je mange", explique-t-elle au milieu des vignes bordant le village d'Aspisheim, près de Mayence (centre-ouest), la carabine à l'épaule, accompagnée d'un de ses trois chiens. 

Le permis de chasse est de plus en plus populaire en Allemagne, principal pays consommateur de viande de porc de l'UE où une puissante filière industrielle abat chaque année plus de 55 millions de porcs et 3,5 millions de bovins. 

La mauvaise image associée à cette production de masse a encore été aggravée durant la pandémie de Covid-19 par la vague de foyers d'infection apparus dans les abattoirs, notamment parmi les salariés du leader du secteur Tönnies. 

Ces épisodes ont mis en lumière les conditions de travail scandaleuses pour les sous-traitants étrangers de cette industrie qui débite de la viande à bas coût. 

"Les gens se disent qu'à la longue, on ne veut plus manger de cette viande", souligne Nicole Romig, 47 ans, professeure de lycée à Offenbach (centre) et chasseuse à ses heures. 

Avec l'aide d'un charcutier ami de la famille, elle prépare elle-même plusieurs recettes de viande à partir du gibier qu'elle a abattu : steaks pour le grill ou hachée, saucisses, boulettes de foie, etc. 

Autre adepte de la chasse, Ulf Grether, 55 ans, fabrique des saucisses de sanglier artisanales et vend toute sa production "avant même de l'avoir préparée".

- Plus de permis -

L'idée de consommer du gibier qu'on a soit même tué gagne de plus en plus d'Allemands, à en croire la fédération nationale de chasse ("Jagdverband") qui dénombrait fin 2020 "environ 390.000" pratiquants, soit "un quart de plus qu'il y a 30 ans", selon la porte-parole Anna Martinsohn.

Cela reste éloigné du nombre de chasseurs en France, estimé à environ un millions en 2019, mais qui a lui été divisé par deux en quarante ans.

En Allemagne, 19.000 candidats ont tenté d'obtenir l'an dernier le permis de chasse et les quatre-cinquièmes ont été reçus, soit "deux fois plus qu'il y a dix ans", souligne Mme Martinsohn.

Ces apprentis-chasseurs veulent notamment "comprendre comment interagissent la forêt, les champs et les animaux", affirme Alexander Polfers, directeur de l'école de chasse d'Emsland, en Basse-Saxe (nord), qui délivre plus de 600 permis par an.

-Conflit avec les agriculteurs-

Active sur les réseaux sociaux, Shanna Reis veut "sortir la chasse de son recoin" et lui donner une image moins cruelle.

"C'est aussi concevoir des biotopes, discuter avec les agriculteurs et l'économie forestière", explique celle qui compte plus de 20.000 suiveurs sur Instagram. 

Les frères Paul (25 ans) et Gerold (22 ans) Reilmann partagent eux leur passion avec plus de 30.000 abonnées sur Facebook, mais les photos de leurs trophées n'attirent pas que des éloges dans un pays où les anti-chasses sont aussi mobilisés.

"Tuer un animal n'a rien à voir avec le respect de sa vie" et "il n'y a aucun argument rationnel pour la chasse, à moins que le désir de tuer ou de collecter des trophées soit vu comme tel", déclare Sandra Franz, porte-parole de l'association Animal Rights Watch veillant au bien-être des animaux.

Les chasseurs doivent aussi compter avec la régulation des animaux sauvages défendue par les gardes-forestiers et agriculteurs. Ceux-ci plaident pour des abattages plus massifs, car les cervidés mangent les pousses de jeunes arbres et les hordes de sangliers piétinent les champs de maïs.

"On est toujours en conflit avec les gardes-forestiers", répond M. Grether, car "les chasseurs sont contents quand il y a une forte population animale".

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