En Afrique du Sud, l'adrénaline du "spinning", rodéos automobiles

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Des spectateurs encouragent les "spinneurs" sur un circuit d'Alberton, en Afrique du sud, le 23 septembre 2021
Des spectateurs encouragent les "spinneurs" sur un circuit d'Alberton, en Afrique du sud, le 23 septembre 2021
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© AFP, Michele Spatari

publié le vendredi 24 septembre 2021 à 09h18

Un parfum d'after-shave et de gomme chauffée à en faire exploser les pneus flotte au-dessus de la piste en bitume: né dans les townships, le "spinning", sport automobile officiel en Afrique du Sud, attire les amateurs d'adrénaline. 

Sur ce circuit de la ville industrielle d'Alberton, au sud-est de Johannesburg, les pilotes font tourner leur voiture sur elles-mêmes en soulevant des nuages de fumée, prenant l'arène l'un après l'autre comme sur une scène ouverte. Mélange de vitesse et de chorégraphie, les plus téméraires lâchent le volant une fois l'engin lancé, sautent en marche ou se suspendent tête en bas aux portières ouvertes.

Le spectacle a attiré jeudi plus d'un millier de personnes. 

"Pourquoi je fais ça? Pour l'excitation que ça procure à chaque fois, on cherche tous l'adrénaline", dit à l'AFP Ibrahim Toffie, 34 ans, en vérifiant les roues de sa voiture. Bien souvent, les véhicules n'ont plus que la carcasse d'origine. Moteurs, suspensions, pot d'échappement, tout a été customisé, boosté, généralement par les "spinneurs" eux-mêmes qui pour la plupart aiment passer des heures au fond de leur garage. 

La discipline, officiellement un sport dans le pays depuis quelques années, était à l'origine un rite de gangsters pendant l'apartheid: des habitants des townships qui dérobaient des voitures à leurs riches propriétaires, venaient parader en faisant tournoyer leur butin dans les rues de leur quartier.  

"Ils +spinnaient+ aussi aux funérailles d'un de leurs membres", explique Stacey-Lee May, devenue professionnelle et l'une des rares femmes de la discipline, présente jeudi. La Sud-Africaine de 25 ans en a fait un gagne-pain et participe à des compétitions organisées à New York, en Angleterre ou même au Pakistan.

- "Armes interdites" -

Aujourd'hui les rodéos urbains perdurent dans certains quartiers mais sont interdits par la loi. A Alberton, chaque spectateur a payé environ trois euros l'entrée (50 rands) et l'invitation précisait: "Armes interdites". 

Le spectacle est en revanche l'occasion pour le public d'une bonne consommation de bières et de joints au son du kwaito, style musical né avec la jeunesse post-apartheid, dans de puissants haut-parleurs. 

"Le +spinning+ est un moyen de s'exprimer: dans nos communautés, il y a tellement de violence, de drogues et de crime ... Qu'est-ce que des mots pourraient dire?" explique en préparant du cannabis dans un narguilé un homme dans le public qui ne souhaite pas donner pas son nom. 

L'Afrique du Sud est un des pays les plus violents au monde avec un taux de criminalité record. 

Au bout de quelques passages, après une fuite, des jantes qui font des étincelles en frottant sur la piste, une voiture lancée à pleine vitesse prend feu. Une poignée de spectateurs se ruent, des bouteilles d'eau à la main. Visiblement aucune procédure d'urgence n'est prévue en pareil cas. 

Le coffre de la voiture finit carbonisé. Perdre gros pour quelques minutes de frissons "fait partie du jeu", lance Isaac Molefe, 50 ans, un habitué. Après un rapide contrôle sous le capot, le pilote sain et sauf décide d'y retourner. Le jeu est aussi une affaire de fierté et parfois de couleur. 

Paul Breckle est le seul blanc à se lancer sur la piste. A 23 ans, au volant d'une BMW noire rutilante payée 400.000 rands (23.000 euros), il dit être "là pour montrer ce qu'un mec blanc peut faire". 

"Le spinning est né dans la communauté noire. Mais aujourd'hui ça s'est élargi, tout le monde vient, les Indiens, les Blancs", souligne Ayanda Mbele, de l'association Wheelz n' Smoke, qui a organisé ce premier tournoi après deux ans de suspension à cause du Covid.  

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