Emmanuel Macron : "Ce qu'on est en train de vivre, c'est la mort cérébrale de l'Otan"

Emmanuel Macron : "Ce qu'on est en train de vivre, c'est la mort cérébrale de l'Otan"
Emmanuel Macron au sommet de l'Otan le 12 juillet 2018 à Bruxelles.

, publié le jeudi 07 novembre 2019 à 12h06

Dans une interview à l'hebdomadaire britannique The Economist, Emmanuel Macron a déploré "la fragilité extraordinaire de l'Europe". 

"Ce qu'on est en train de vivre, c'est la mort cérébrale de l'Otan", a déclaré Emmanuel Macron à l'hebdomadaire The Economist publié jeudi 7 novembre. En cause ? Le désengagement américain vis-à-vis de ses alliés de l'Otan et le comportement de la Turquie, membre de l'alliance atlantique.

Il faut "clarifier maintenant quelles sont les finalités stratégiques de l'Otan", a affirmé le chef de l'État, alors qu'un sommet de aura lieu à Londres au début du mois de décembre. "Vous n'avez aucune coordination de la décision stratégique des États-Unis avec les partenaires de l'Otan et nous assistons à une agression menée par un autre partenaire de l'Otan, la Turquie, dans une zone où nos intérêts sont en jeu, sans coordination", a-t-il souligné. "Ce qui s'est passé est un énorme problème pour l'Otan".

La remise en cause de l'article 5

Dans ces conditions, le chef de l'État s'interroge en particulier sur l'avenir de l'article 5 du traité atlantique, qui prévoit une solidarité militaire entre membres de l'Alliance si l'un d'entre eux est attaqué. "C'est quoi l'Article 5 demain ? Si le régime de Bachar al-Assad décide de répliquer à la Turquie, est-ce que nous allons nous engager ? C'est une vraie question. Nous nous sommes engagés pour lutter contre Daech. Le paradoxe, c'est que la décision américaine et l'offensive turque dans les deux cas ont un même résultat : le sacrifice de nos partenaires sur le terrain qui se sont battus contre Daech, les Forces Démocratiques Syriennes", estime Emmanuel Macron. 



"La France n'a pas signé pour ça" 

Cela rend pour lui d'autant plus "essentiel d'une part, l'Europe de la défense - une Europe qui doit se doter d'une autonomie stratégique et capacitaire sur le plan militaire. Et d'autre part, rouvrir un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie".

"Le président Trump, j'ai beaucoup de respect pour cela, pose la question de l'Otan comme un projet commercial. Selon lui c'est un projet où les États-Unis assurent une forme d'ombrelle géopolitique, mais en contrepartie, il faut qu'il y ait une exclusivité commerciale, c'est un motif pour acheter américain. La France n'a pas signé pour ça", a-t-il averti.



Dans cet entretien, le président s'alarme de la "fragilité extraordinaire de l'Europe" qui "disparaîtra", si elle ne "se pense pas comme puissance dans ce monde". "Je ne crois pas dramatiser les choses, j'essaye d'être lucide", souligne le chef de l'Etat qui pointe trois grands risques pour l'Europe : qu'elle ait "oublié qu'elle était une communauté", le "désalignement" de la politique américaine du projet européen, et l'émergence de la puissance chinoise "qui marginalise clairement l'Europe."
 

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