Élections législatives en Allemagne : quel héritage Angela Merkel laisse-t-elle ?

Élections législatives en Allemagne : quel héritage Angela Merkel laisse-t-elle ?
La chancelière allemande Angela Merkel quitte le pouvoir après 16 ans.
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publié le samedi 25 septembre 2021 à 15h00

Après 16 ans au pouvoir, la chancelière allemande s'apprête à céder sa place, le scrutin ayant lieu dimanche 26 septembre. 




Une gestionnaire de crise hors pair sans grande vision : Angela Merkel bénéficie d'une popularité au zénith mais elle n'a pas préparé sa succession. "La vie sans crises est plus facile, mais quand elles sont là, il faut y faire face".

Angela Merkel avait résumé son credo le 22 juillet. La dirigeante allemande a alors énuméré les cinq crises majeures auxquelles elle aura été confrontée, de la crise financière de 2008 à la pandémie de Covid-19, en passant par le sauvetage de l'euro, l'afflux de réfugiés syriens et irakiens en 2015, et le réchauffement climatique.

L'accueil des réfugiés syriens, sa décision emblématique 

L'accueil de réfugiés restera sans doute la décision emblématique de l'ère Merkel. Ses soutiens soulignent un acte de courage. La gestion de la crise sanitaire a également valu des louanges à Angela Merkel.




D'autres crises ont en revanche attiré les critiques, en particulier la situation grecque en 2011. L'Allemagne d'Angela Merkel a fait preuve d'intransigeance à l'égard d'Athènes, poussant le pays au bord de la faillite, ce qui lui a valu de solides inimitiés en Europe. En 16 années, le rôle joué par Berlin sur la scène internationale a évolué. En pleine montée des populismes, Angela Merkel a même été désignée comme la nouvelle "leader du monde libre" par le New York Times en 2015. 

Diplomatie : un bilan contrasté 

L'influence allemande a grandi en Asie ou en Afrique, continent où elle s'est rendue beaucoup plus souvent que ses prédécesseurs. Toutefois, son bilan en politique étrangère fait débat car le poids géopolitique de l'Allemagne reste très en-deçà de son influence économique. 




La stratégie de proximité et de coopération d'Angela Merkel, envers et contre tout, avec la Russie de Vladimir Poutine - illustrée notamment par le projet commun de gazoduc Nord Stream II - n'a pas empêché le raidissement du Kremlin ni aidé au règlement du conflit entre Moscou et l'Ukraine. La priorité donnée au commerce avec la Chine - deuxième marché des exportateurs allemands -, en dépit des accusations de violations des droits de l'Homme, vaut à la chancelière des critiques croissantes. 

Réussite économique 

Et en matière transatlantique, l'Allemagne ne peut plus autant compter sur le parapluie américain que dans le passé, sans avoir défini dans le même temps une nouvelle stratégie en matière de politique de sécurité, par exemple sur une participation accrue à des missions militaires à l'étranger. "L'engagement de l'Allemagne" sur la scène internationale, "reste souvent en-deçà des attentes de ses principaux partenaires et des exigences posées par l'environnement" mondial, soulignait l'an dernier un rapport de la Conférence sur la sécurité de Munich.




"Homme malade" de l'UE au début des années 2000, l'Allemagne est redevenue la première puissance économique du continent, fondée sur des excédents commerciaux faramineux et une gestion budgétaire rigoureuse. Le taux de chômage a fondu en 16 ans, de 11,2% à 5,7% en juillet, dans un marché encore fortement fragilisé par la pandémie. De fortes disparités demeurent toutefois entre ouest et est, avec des Länder d'ex-RDA souvent tenus à distance du miracle économique allemand. La proportion d'emplois à temps partiel mal rémunérés reste aussi importante.

La "chancelière du climat" n'a pas fait assez 

Depuis 2005, "il ne s'est pas passé suffisamment de choses" pour lutter contre le réchauffement, a admis le 22 juillet Angela Merkel, convaincue cependant d'avoir "consacré beaucoup d'énergie" à cette question. La chancelière avait notamment surpris en décidant brutalement d'en finir avec l'énergie nucléaire après la catastrophe de Fukushima, en 2011. 

Ancienne ministre de l'Environnement d'Helmut Kohl, un temps surnommée la "chancelière du climat", Angela Merkel a dû rehausser au printemps les objectifs de l'Allemagne, sous la pression de la Cour constitutionnelle qui les jugeaient trop peu ambitieux. 

Montée de l'extrême droite 

"L'UE est en moins bon état que lors de l'arrivée au pouvoir de Merkel en 2005", abonde le magazine Der Spiegel, en citant le manque de "vision" de la chancelière, "le fossé sur les questions financières entre le Nord et le Sud", le Brexit et la montée des démocraties illibérales. Convertie en 2020 à la mutualisation des dettes, Angela Merkel n'a pas saisi au bond les propositions de réforme d'Emmanuel Macron trois ans auparavant, un attentisme critiqué jusqu'en Allemagne.

Les élections de 2017, qui ont sacré la chancelière pour la quatrième fois consécutive, ont surtout été marquée par l'entrée inédite du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) au parlement. Ce parti islamophobe, dont la frange la plus radicale est issue du mouvement néonazi, a surfé sur les craintes suscitées par l'accueil de migrants en 2015 pour se développer, en particulier en ex-RDA où il joue les premiers rôles. Plus inquiétant encore, la menace terroriste d'extrême droite supplante désormais le risque jihadiste, avec plusieurs attaques meurtrières. Les agressions antisémites sont elles aussi en hausse.

Les conservateurs charismatiques écartés 

Après 16 années à la tête du pays, les chrétiens-démocrates devraient perdre le pouvoir. La faute à une usure normale du pouvoir mais aussi à l'incapacité d'Angela Merkel à préparer sa succession. Après avoir méthodiquement écarté les leaders conservateurs susceptibles de lui faire de l'ombre, comme le très libéral Friedrich Merz ou Norbert Röttgen, le seul ministre qu'elle ait remercié depuis 2005, la chancelière a un temps misé sur Ursula von der Leyen, avant de se rabattre sur Annegret Kramp-Karrenbauer, qui a jeté l'éponge, ouvrant la voie au maladroit Armin Laschet. 

La première femme chancelière fédérale n'aura pas non plus réussi à impulser de féminisation du personnel politique. L'actuelle proportion de femmes élues au Bundestag (30,7%) est ainsi moins important qu'à l'arrivée d'Angela Merkel en 2005 (32,5%). 

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