Elections aux Philippines: Duterte consolide son pouvoir en prenant le contrôle du Sénat

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L'ex-chef de la police nationale philippine Ronald dela Rosa (5e d), élu sénateur, pose après la proclamation des résultats, à Manille le 22 mai 2019
L'ex-chef de la police nationale philippine Ronald dela Rosa (5e d), élu sénateur, pose après la proclamation des résultats, à Manille le 22 mai 2019
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© AFP, Ted ALJIBE

AFP, publié le mercredi 22 mai 2019 à 11h34

Les alliés de Rodrigo Duterte ont pris le contrôle du Sénat lors des élections de mi-mandat, offrant au président philippin la dernière institution qui résistait encore à sa politique controversée, selon les résultats officiels annoncés mercredi.

Le Sénat, dont la moitié des 24 sièges était à renouveler à l'occasion de ces élections nationales et locales, est traditionnellement considéré comme plus indépendant face au pouvoir exécutif que la Chambre des représentants. Il a joué depuis trois ans un rôle crucial pour bloquer certaines des initiatives les plus controversées du bouillant président.

Or les partisans de M. Duterte ont raflé neuf des sièges de sénateurs qui étaient remis en jeu le 13 mai, les trois autres ayant été gagnés par des candidats indépendants, ont annoncé mercredi les autorités électorales. 

Le président, qui conserve la majorité des 297 sièges de la chambre basse, contrôle désormais 15 des 24 sièges du Sénat, contre quatre pour ses opposants.

Ces résultats donnent donc au chef de l'Etat les coudées franches pour mettre en oeuvre ses projets controversés de rétablissement de la peine de mort et de réforme de la Constitution.

"Il est clair qu'il sera soutenu quand il présentera les projets de loi qui étaient jusque là bloqués", a déclaré à l'AFP le politologue Ramon Casiple.

- La fille Marcos élue -

Elu en 2016, M. Duterte a été la cible de critiques des capitales occidentales en raison de sa politique violente de lutte contre le trafic de drogue et de tirades parfois ordurières.

Plus de 5.300 trafiquants et toxicomanes présumés ont été tués par les forces de l'ordre dans le cadre de la "guerre contre la drogue", selon les autorités. Des associations estiment que le bilan pourrait être trois fois supérieur et relever du crime contre l'humanité.

Pour autant, le président conserve une très forte popularité dans l'archipel, en raison notamment de son franc parler, une partie des Philippins continuant de le voir comme un recours crédible face à l'inefficacité prêtée aux élites politiques traditionnelles.

Parmi les nouveaux sénateurs figure notamment l'ex-chef de la police nationale, Ronald dela Rosa, qui fut chargé en 2016 de la mise en oeuvre de la "guerre contre la drogue".

Imee Marcos, la fille du défunt dictateur Ferdinand Marcos, va également faire son entrée dans la chambre haute du Parlement, 33 ans après la chute de son père lors de la révolution de 1986.

La peine de mort avait été abolie en 1987 avant d'être réinstaurée six ans plus tard, et de nouveau abolie en 2006, à l'issue notamment d'une longue campagne de lobbying de l'Eglise catholique qui compte 80% de fidèles dans l'archipel.

Les Philippines ont cependant fait un grand pas en 2017 vers le rétablissement du châtiment suprême avec le vote par la Chambre des représentants d'une loi prévoyant cette peine pour ceux qui seraient pris en possession de 500 grammes de marijuana ou 10 grammes de cocaïne, d'héroïne ou d'ecstasy. Mais le texte n'avait pas été validé par le Sénat.

Le président veut aussi abaisser l'âge de la responsabilité pénale de 15 à 12 ans.

Il préconise en outre une réforme de la Constitution, notamment dans une optique de décentralisation. Mais cela pourrait lui permettre de faire tomber la limite du mandat présidentiel unique et lui ouvrir un boulevard pour se maintenir au pouvoir en 2022.

L'ancien avocat de 74 ans a cependant plusieurs fois affirmé qu'il n'était pas intéressé par l'idée de rester plus longtemps à la présidence.

"L'évaluation pessimiste est que ce qui est prévu est la transformation complète du système politique philippin dans les années à venir", a estimé de son côté le politologue Richard Heydarian.

Il s'agit d'une cuisante défaite pour l'opposition qui n'a pas su rallier les électeurs à son programme ne portant que "sur la nécessité de battre M. Duterte", explique M. Casiple.

Plus de 18.000 mandats nationaux et locaux au total étaient remis en jeu à l'occasion du scrutin.

Ces élections sont un triomphe pour le clan Duterte. Sara, la fille du président, qui est citée comme une candidate possible à la présidentielle de 2022, a conservé la mairie de la grande ville de Davao, dans le sud. Son frère Sebastian en est devenu le maire adjoint et son autre frère Paolo a été élu député.

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