Elections au Liban : les premiers résultats favorables au Hezbollah pro-iranien

Elections au Liban : les premiers résultats favorables au Hezbollah pro-iranien
Un partisan du Hezbollah affiche un portrait du leader du mouvement, Sayyed Hassan Nasrallah, dimanche, jour du scrutin, à Bint Jbeil, au sud du Liban.

leparisien.fr, publié le lundi 07 mai 2018 à 15h38

Au lendemain des premières législatives en près d'une décennie, le mouvement chiite, allié de l'Iran, semble en passe de confirmer son emprise sur la scène politique libanaise.

Le Hezbollah apparaît bien placé pour remporter les élections législatives au Liban, les premières organisées dans le pays depuis neuf ans. Quelques heures après le début du dépouillement, ses estimations indiquent qu'il a raflé la mise quasiment partout où il était présent.

Si les résultats officiels sont attendus dans la journée, ces premières tendances laissent apparaître que le mouvement chiite devrait, avec ses alliés, pouvoir forger plus facilement une majorité en sa faveur sur des questions clés telles que celle des armes, qu'il n'a jamais déposées après la guerre civile (1975-1990).

Dans un contexte de fortes tensions régionales autour du rôle de l'Iran, dont il est l'un des principaux alliés au Moyen-Orient, « le Hezbollah est bien parti pour avoir une grande influence dans le processus décisionnel (NDLR. au Liban) », analyse le politologue, Karim el-Mufti.

Le partage du pouvoir au Liban entre les différentes communautés religieuses empêche la suprématie d'un seul parti ou d'une communauté au sein de l'hémicycle. Mais le Hezbollah, très populaire dans ses bastions, devrait conforter sa position grâce aux alliances qu'il pourrait tisser ou renouveler.

Créé au début des années 1980 dans la foulée de la Révolution islamique iranienne pour lutter contre Israël, le mouvement chiite combat actuellement en Syrie aux côtés du régime de Bachar al-Assad. Il est considéré comme une organisation « terroriste » par les Etats-Unis. Cinq de ses membres ont été accusés dans l'assassinat en 2005 de Rafic Hariri.

Le Premier ministre défait. Principale figure du camp rival, le Premier ministre sunnite Saad Hariri et son parti politique, le Courant du Futur, figurent parmi les perdants de ces législatives. Saad Hariri a lui-même annoncé la perte d'un tiers des sièges de son mouvement au Parlement.

Son parti disposera de 21 députés dans le nouvel hémicycle, contre 33 sièges dans le Parlement sortant (sur 128 au total). « Nous avions parié sur un meilleur résultat et un bloc plus large », a-t-il reconnu.

Le président en arbitre. Dans les nouveaux contours du parlement, le parti chrétien du président Michel Aoun pourrait jouer le rôle d'arbitre auquel il prétend. « Le plus grand acteur sera le groupe du président Aoun, qui évoluera parmi les blocs non alignés, et le Hezbollah bénéficiera de ce fait de l'absence d'une large coalition (face à lui, ndlr) », explique le politologue Imad Salamey.

Une faible participation. Le scrutin a été marqué par un faible taux de participation (49,2 %). Un taux de participation plus élevé était ainsi prévu, mais la nouvelle loi électorale ainsi que les bulletins de vote pré-imprimés utilisés dimanche semblent avoir dérouté des électeurs. Le nouveau code est basé sur un système proportionnel complexe, et « ni les électeurs ni les responsables de bureaux de vote ne sont encore familiers avec cette nouvelle loi », a déclaré dimanche soir le ministre de l'Intérieur, Nohad Machnouk. D'autres ont été dissuadés par « l'absence de logique politique » en termes d'alliances électorales, fait valoir Karim el-Mufti.

Deux élues de la société civile. Malgré cette participation décevante d'un électorat qui comptait environ 800.000 nouveaux électeurs, l'actuelle loi électorale, plus représentative, doit permettre l'entrée au parlement d'une liste de la société civile, qui devrait remporter deux sièges (sur 128). Les deux nouvelles élues de cette coalition « Koullouna Watani », la journaliste de télévision Paula Yacoubian et l'auteure Joumana Haddad, se sont engagées à « défier » l'establishment politique qu'elles jugent corrompu.

Au Liban, les dernières législatives remontaient à 2009 : le mandat du Parlement avait ensuite été prorogé à trois reprises en arguant des risques pour la sécurité du pays liés au débordement de la guerre en Syrie.

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