Elections au Liban: hérédité et politique font toujours bon ménage

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Photo d'affiches de campagne dont plusieurs montrent des membres d'une même famille, comme Rafic et Saad Hariri (en haut au centre) et Walid et Teymour Joumblatt (en haut à droite), dans le cadre des législatives libanaises du 6 mai 2018
Photo d'affiches de campagne dont plusieurs montrent des membres d'une même famille, comme Rafic et Saad Hariri (en haut au centre) et Walid et Teymour Joumblatt (en haut à droite), dans le cadre des législatives libanaises du ...
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© AFP, JOSEPH EID

AFP, publié le jeudi 26 avril 2018 à 10h00

Si de nouveaux visages font campagne au Liban pour les législatives, les grandes familles dominent toujours le paysage politique mais récusent tout népotisme.

Gemayel, Joumblatt, Frangié... Depuis des décennies, ce sont les mêmes noms qui jouent un rôle incontournable dans la vie politique de ce petit pays du Proche-Orient, où la transmission héréditaire du pouvoir reste la norme.

Pour les législatives du 6 mai, les premières en neuf ans, de nombreux candidats en lice appartiennent à la troisième, voire quatrième génération de clans influents.

"Féodalité", "népotisme", dénoncent les détracteurs du phénomène, qui ne fait exception dans quasiment aucune des 18 communautés religieuses du pays. Face à ces accusations, les "fils de" mettent en avant leur volonté de réformes.

Nadim Gemayel, député et fils de Bachir Gemayel, ancien chef d'Etat assassiné en 1982, fait partie de ces candidats associés à un héritage politique.

"La raison de mon engagement est certes liée à l'assassinat de Bachir et aux valeurs pour lesquelles il a été tué, mais aussi à une frustration personnelle de voir mon pays aussi mal géré", explique le parlementaire de 36 ans.

"Etre +fils de+ n'est pas forcément quelque chose de négatif ou d'antiréformateur", assure-t-il. "Les nouvelles générations peuvent faire fructifier des projets d'intérêt public déjà bâtis par leurs aïeux. Et les adapter à l'évolution des temps", selon lui.

- "Féodalisme politique" -

Même son de cloche chez Zaher Eido, fils de Walid Eido, un député assassiné en 2007. Il refuse d'être associé à ce qui est souvent qualifié au Liban de "féodalisme politique".

"Certes, j'hérite d'un passé politique mais je m'intéresse avant tout à la chose publique", assure ce proche du Premier ministre Saad Hariri --lui-même fils de Rafic, ancien chef du gouvernement assassiné en 2005.

Banquier âgé de 44 ans, M. Eido veut mettre ses "compétences au profit de (...) la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme".

"En 11 ans, je me suis frayé un chemin et j'ai bâti ma propre carrière et personnalité (...). Et si je ne réussis pas à faire évoluer les choses, je démissionnerai", martèle-t-il.

D'autres candidats au profil similaire briguent un siège dans l'hémicycle.

Comme Tony Frangié, arrière petit-fils de Sleimane Frangié élu chef d'Etat en 1970, et fils d'un autre Sleimane Frangié, candidat malheureux à la présidence en 2016.

Ou encore Teymour Joumblatt, fils de Walid, figure incontournable de la scène politique. Son grand-père, Kamal, ancien chef emblématique de la communauté druze, avait fondé le parti socialiste progressiste (PSP).

Michelle Tuéni, fille du journaliste et ancien député Gebrane Tuéni, pourrait, quant à elle, succéder à sa soeur aînée Nayla, qui siège depuis neuf ans au Parlement à la suite de l'assassinat de son père en 2005.

Si certaines familles druzes du Mont-Liban, notamment les Joumblatt, "relèvent d'une féodalité stricte plusieurs fois centenaire, une pseudo-féodalité s'est installée chez les autres communautés après l'émergence du Liban moderne", explique Fadia Kiwan, professeur à l'Institut des sciences politiques de l'Université Saint-Joseph (USJ).

- "Antiméritocratique" -

En l'absence d'héritier masculin, le choix peut aussi tomber sur d'autres hommes du cercle familial. Un neveu et deux gendres du président de la République Michel Aoun sont ainsi en lice.

"Cela est tout simplement inacceptable, indépendamment des compétences des personnes en question", déplore Wadih al-Asmar, membre d'une coalition de mouvements réformateurs ("Koullouna Watani") qui présente près de 70 candidats à travers le pays.

"Hélas, cet alliage entre pouvoir hérité et népotisme concerne tous les partis politiques au pouvoir", poursuit-il.

Face à un régime "sclérosé (...) qui a montré ses limites", selon M. Asmar, plusieurs personnes de la société civile se sont lancées dans la bataille électorale.

"Notre combat vise à faire émerger une ère politique beaucoup plus progressiste et moderne", selon lui. "Il est temps d'éradiquer ce phénomène sociétal à caractère tribal totalement antidémocratique".

La plupart des fondateurs de ces dynasties ont dirigé les factions engagées dans la guerre civile qui a ravagé le pays de 1975 à 1990.

"Le système politique libanais n'est pas méritocratique. Il est même antiméritocratique, c'est un modèle alliant clientélisme et confessionnalisme", reconnaît Nadim Gemayel.

"Les familles et partis traditionnels doivent impérativement se moderniser pour ne pas louper le coche et finir aux oubliettes", poursuit-il. "Mais les choses ne peuvent pas changer du jour au lendemain".

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