Élection présidentielle en Colombie : Petro et Duque au second tour

Élection présidentielle en Colombie : Petro et Duque au second tour
Le candidat de droite Iván Duque (à droite) est le favori des sondages depuis deux mois face à l'ex maire de Bogotá Gustavo Petro (à gauche), qui porte l'espoir des électeurs de gauche.

leparisien.fr, publié le lundi 28 mai 2018 à 08h37

Iván Duque (avec 39,1 %) et Gustavo Petro (25,1 %) sont arrivés en tête du premier tour du scrutin, dimanche, et s'affronteront dans les urnes le 17 juin prochain.

Le second tour de l'élection présidentielle désignera le 17 juin le successeur de Juan Manuel Santos à la tête du pays le plus septentrional d'Amérique du Sud. Qui d'Iván Duque, pour le Centre Démocratique, ou de Gustavo Petro, du mouvement Colombie humaine, accédera au palais de Nariño le 7 août 2018 ?

Alors que 40 % des électeurs s'étaient déplacés aux urnes en 2014, le chiffre de la participation a atteint dimanche un niveau record dans le pays avec 53 % de votants.

L'ex-maire de Bogotá, porteur des espoirs de la gauche, a été talonné de près par Sergio Fajardo (Coalition Colombie) qui a obtenu 23,7 % des votes et la préférence des Bogotains. Mais depuis son investiture en mars par le parti d'Alvaro Uribe, président de la République durant deux mandats (2002-2010), c'est bien Iván Duque, 41 ans, qui tient la corde de toutes les enquêtes.

Ce résultat illustre la polarisation de l'électorat colombien, partagé entre le benjamin des candidats, à droite, opposé à plusieurs dispositions des accords de paix avec les Farc signés en octobre 2016, et l'ex militant du M19 (mouvement guérillero démobilisé en 1990) de 58 ans, qui rêve d'en finir avec l'oligarchie des présidents libéraux et conservateurs qui se partagent le pouvoir au plus haut niveau.

Climat de peur

Les deux hommes ont toutefois un point commun. La véhémence des attaques à leur égard et les fake news devenues virales sur les réseaux sociaux. Les opposants de Petro, surfant sur ses relations avec Hugo Chávez aux premiers temps de la Révolution bolivarienne, ont agité le spectre du « castrochavisme » et d'une Colombie sur les traces du Venezuela voisin.

Les détracteurs d'Iván Duque n'ont eu de cesse de rappeler sa proximité avec Alvaro Uribe en qui il reconnaît son mentor. Un ancien président faisant l'objet d'une enquête de la Cour suprême de justice au sujet d'une possible manipulation de témoins et pour lequel le « New York Times » a révélé vendredi des documents déclassifiés à la demande de la NSA (agence nord-américaine de renseignements) évoquant un lien suspect avec des narcotrafiquants entre 1992 et 1995.

La peur a été omniprésente tout au long de la campagne. Frayeur pour les uns de voir la Colombie tomber dans le chaos comme le Venezuela voisin, crainte des autres du retour d'Alvaro Uribe à la tête du pays à travers un homme de paille.

Les ex-guérilleros à l'isoloir

Au cours de cette élection présidentielle, des citoyens ont exercé leur droit de vote pour la première fois. C'est le cas de Rodrigo Londoño, 59 ans, plus connu sous le nom de Timoleón Jimenez alias Timochenko, son identité de combattant à l'époque où il faisait partie de l'Etat major des Farc. « Je vais donner ma voix au candidat qui est vu par la majorité des Colombiens comme celui qui garantira la continuité de ce beau processus pour la réconciliation et ainsi construire une nouvelle Colombie », avait-il précisé auparavant à la radio Nationale d'Espagne.

L'ex-commandant en chef des Farc, Rodrigo Londoño alias Timochenko, a voté pour la première fois de sa vie à 59 ans./Service presse Farc

Timochenko avait renoncé le 8 mars dernier à mener à terme sa candidature pour la Farc - Force alternative révolutionnaire du commun, issue des Farc, Forces armées révolutionnaires de Colombie - après son opération consécutive à un infarctus, dans un climat de rejet total de la population (il n'était crédité que de 1 % des intentions de vote).

A sa sortie des urnes, tôt dimanche matin, il a déclaré qu'il avait malgré tout déjà voté dans le cadre de ses activités avec les Farc « car dans notre organisation, nous votions souvent ».

Espoirs et déceptions

Perla, 26 ans, est assistante sociale dans une structure qui vient en aide à des enfants qui travaillent dans la rue. « J'ai voté pour Petro, car je n'ai pas peur du changement. Il propose que les immenses terres en possession d'un si faible nombre de propriétaires produisent pour le bien de tous. Il est favorable aux énergies renouvelables et s'engage contre la corruption. Malgré les critiques dont il a fait l'objet après son administration de Bogotá, il a fait en sorte que beaucoup de personnes aient accès à l'eau courante, a créé des écoles et jouit d'un bilan très positif. Pour le second tour, les électeurs de Fajardo, De la Calle et Petro doivent réunir leurs votes. Les propositions de ces trois candidats ne sont finalement pas si éloignées face à la candidature d'Iván Duque. »

Luz a glissé un bulletin Sergio Fajardo dans l'urne à Cali où elle réside. Déçue, la quadragénaire qui enseigne en primaire a réagi : « Il est clair que comme il y a 8 ans, nous sommes très nombreux à vouloir le changement. Nous ne sommes pas prêts encore à dire Non à la corruption, c'est triste, mais nous n'en resterons pas là. Je vais écouter et observer les comportements de Petro et de Duque avant de faire mon choix pour le second tour. »

Carlos aussi a voté Fajardo, car il ne se reconnaît « ni dans la droite radicale de Duque, ni dans l'extrême gauche de Petro ». « Les mêmes qui nous gouvernent depuis des années ne peuvent pas continuer. On nous fait peur avec la perspective de devenir comme le Venezuela mais ici, en Colombie, il y a beaucoup de familles qui n'ont que 2 ou 3 dollars par jour pour alimenter parents et enfants ».

Ramiro, lui, est satisfait. Son candidat caracole en tête du premier tour. Cet avocat de 63 ans a voté pour Iván Duque principalement dans l'espoir de « réformer les avantages donnés à la Farc après le processus de paix mené durant le mandat de Juan Manuel Santos ».

Iván Duque pose avec sa femme et ses trois enfants après avoir rempli son devoir de citoyen : « Nous devons apprendre à nos enfants que voter est une responsabilité », a-t-il déclaré à ses partisans./Centro Democrático

Diana, 27 ans, sans emploi, évite en général de parler politique. Cette mère de famille qui vit chez ses parents a longtemps hésité : « Duque veut suivre la politique d'Uribe mais je n'y suis pas favorable car il promet des choses qu'il ne tiendra pas. Je suis plus séduite par Petro, qui a fait de belles choses pour le pays, mais Fajardo était aussi une bonne option. C'est un enseignant, il connaît bien le pays, il aurait pu avoir des idées intéressantes pour nous sortir de l'ornière. »

Une participation en hausse

Si Iván Duque conserve une solide avance devant le candidat de la gauche, Gustavo Petro a tout de même réussi le pari d'arriver au second tour de l'élection, ce qui était inimaginable il y a seulement six mois. Sa position à part - il n'est pas issu d'une famille de politiques ou de riches entrepreneurs - et son discours anti-corruption ont séduit une partie de l'électorat.

La prochaine marche semble toutefois bien haute à franchir. S'il est élu, Iván Duque sera le plus jeune président de Colombie depuis la constitution actuellement en vigueur.

POUR EN SAVOIR PLUS

36,2 millions de Colombiens étaient appelés à voter dans le pays ou à l'extérieur. Selon l'OIM (organisation internationale pour les migrations), près de 10 % des Colombiens vivent en dehors de leur pays d'origine.

Le président est élu au suffrage universel pour un mandat de 4 ans. Il se présente à l'élection avec son vice-président, les électeurs votent donc pour une « formule » présidentielle de deux personnes.

Le perdant du second tour aura automatiquement une place au Sénat de la république et son colistier (aspirant à la vice-présidence) un siège à la Chambre des représentants.

La « loi sèche » a été prononcée de samedi 18h à lundi matin 6h, autrement dit, la vente l'alcool est interdite durant cet intervalle. Et les frontières terrestres et fluviales avec le Venezuela, l'Equateur, le Pérou et le Brésil ont été fermées comme il est de coutume au cours des élections présidentielles. L'élection s'est déroulée dans le calme.

L'Union européenne a envoyé deux émissaires indépendants dans le cadre de la vérification du processus électoral.

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