Election présidentielle en Colombie : Duque dans la dernière ligne droite

Election présidentielle en Colombie : Duque dans la dernière ligne droite
Bogotá, le 29 mai. Iván Duque, sorti en tête du premier tour (avec 39,1 % des voix), multiplie les visites à travers le pays.

leparisien.fr, publié le mardi 05 juin 2018 à 15h30

Le 17 juin, un nouveau président sera élu en Colombie. Le candidat de droite, Iván Duque, favori depuis des mois, le reste à l'issue du premier tour avec une avance de 20 points sur Gustavo Petro, à l'autre bout de l'échiquier politique.

Fort de l'appui de 4 589 695 électeurs au premier tour de l'élection présidentielle le 27 mai dernier, Sergio Fajardo a exprimé quatre jours plus tard ses intentions pour le second tour le 17 juin prochain. Le « troisième homme » a annoncé qu'il votera blanc dans un communiqué de presse où il a réitéré des propos tenus durant sa campagne « ni Duque, ni Petro », en précisant qu'aucun des deux ne représentait « ce que nous voulons pour la Colombie ». Les pro-Duque et pro-Petro qui s'affrontent sur la toile depuis des mois ont multiplié les appels et slogans dans l'espoir que leur favori récupère la plus grosse partie de ses 23 % d'électeurs.

Sans donner de consigne de vote et en affirmant son mouvement « Coalition Colombie » comme une force sur laquelle il faudra compter jusqu'aux prochaines élections de 2019, l'ancien maire de Medellín a indiqué : « Nous voulons un pays qui tourne le dos à la politique traditionnelle pour lutter sérieusement contre la corruption, une société qui respecte les accords de paix, une politique qui ne dise pas n'importe quoi pour gagner. »

Les reports vers Petro

Une partie des électeurs de Fajardo particulièrement sensibles à la défense des accords de La Havane et à la recherche d'une autre politique que celle menée par la classe politique traditionnelle se tournera vers Gustavo Petro. C'est le cas de Claudia, 47 ans, ingénieur système : « J'ai voté pour Fajardo car il me paraissait plus équilibré que les deux finalistes du second tour. Mais surtout parce qu'il est très centré sur les questions d'éducation et qu'il vient du Parti des Verts. Aucun des deux candidats qui restent ne me convient. Je vais maintenant me diriger vers Petro, car il représente le changement. La gauche n'est pas forcément dangereuse. Je n'aime pas qu'on utilise la manipulation et la tromperie pour gagner une élection. »

Les « ni Duque ni Petro » grossiront eux les rangs du vote blanc, qui pourrait atteindre 10 % selon le sondage du Centre national de consultation le 30 mai. Javier, 57 ans, ingénieur mécanicien, sera l'un d'eux : « Même si le vote blanc ne servira pas à départager l'un ou l'autre des candidats, c'est mon choix pour envoyer le message qu'aucun des deux modèles proposés par les deux candidats populistes, de gauche comme de droite, ne représente ce dont a besoin notre pays, pour son équilibre entre croissance et égalité. »

Ils rejoignent Duque

Les autres rejoindront Iván Duque, crédité de 55 % des voix. Ricardo, 32 ans, designer, sera de ceux-là. « Le modèle socialiste, ça ne fonctionne pas, alors je vais me reporter sur Duque. Ce n'est pas mon choix initial puisque j'ai voté pour Fajardo au premier tour, mais indiscutablement je ne veux pas de socialisme. La gestion de la capitale par Petro n'a pas été acceptable. De plus il prétend en finir avec les fonds de pension privés, ce qui serait une erreur. Il veut augmenter les impôts des entreprises pour financer des programmes sociaux, ce qui étranglerait les entrepreneurs. Je vais donc voter pour Duque pour des raisons économiques. De toute façon, Petro ne pourrait pas gouverner, car il aurait le Congrès (NDLR : à droite) contre lui. »

Rosa, elle hésite encore. « J'étudie la question, je lis les déclarations des uns et des autres, je ne me suis pas encore totalement décidée. »

Quelle que soit la redistribution des électeurs de Fajardo vers Duque, qui devrait par ailleurs bénéficier d'un bon report des suffrages des partisans du centre droit, Germán Vargas Lleras (7,2 % au premier tour), l'ex sénateur du Centre démocratique, affiche une certaine sérénité pour le second tour.

Avec un peu moins de 400 000 votes, les intentions des électeurs du premier tour d'Humberto de La Calle, qui a également annoncé son intention de voter blanc, ne pèseront pas lourd dans la balance. Ecartelés entre la position de celui qui a mené les accords de paix et la décision surprenante du Parti Libéral - auquel il appartient - d'appuyer Duque, ils risquent de toute façon de s'éparpiller.

Des démobilisés inquiets pour leur avenir

Alirio, ex-chef de front des Farc, vit toujours dans un « espace territorial de formation et de réincorporation » (ETCR) avec d'autres démobilisés depuis plus d'un an et demi dans le sud-ouest du pays : « Nous sommes très préoccupés par le devenir des accords de paix. C'est comme si nous avions signé notre arrêt de mort » s'inquiète-il quand on évoque la possible arrivée au pouvoir du leader de la droite.

« Ici, il existe un plan pour assassiner certains de nos camarades », et de citer les identités des démobilisés menacés, dans l'espoir de les protéger. « Ceux qui nous menacent se cachent derrière l'acronyme de l'EPL, (NDLR : l'armée populaire de libération dont la plupart des membres ont rendu les armes en 1991), mais ce sont en réalité d'anciens paramilitaires qui font partie de cette guerre sale promue par certains agents corrompus de l'Etat ».

Carlos, lui, a voté au consulat de Colombie, en France. « Pour Petro. J'en ai marre que ce soit toujours la même dynastie des familles colombiennes qui aient le pouvoir et gouvernent notre pays. Petro est respectueux de notre diversité ethnique et humaine et propose des actions pour les personnes les plus vulnérables. Et c'est aussi un exemple de réconciliation. »

Un écart difficile à remonter

Edwin, chauffeur de taxi, votera pour Iván Duque comme il l'a fait lors du premier tour. « Nous sommes dans la dernière ligne droite. Duque va nous rendre la possibilité de voyager partout dans notre pays et d'y investir en toute sécurité. Nous ne voulons pas des propositions populistes de Petro ni de la décadence du Venezuela. C'est un leader reconnu. Il a promu des programmes internationaux avec l'ONU en faveur de la Colombie, augmenté la durée du congé maternité. Il a soutenu bien plus de projets de loi au sénat que ne l'a fait Petro. »

A quelques jours du second tour, les sondages montrent un écart de 20 points entre les deux finalistes. Iván Duque multiplie les visites à travers le pays. Sans oublier les coins les plus reculés. Comme le 3 juin, à Leticia, à la pointe extrême sud de la Colombie, en Amazonie, où aucune route ne mène.

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