Election présidentielle américaine : Trump cerné par le procureur Mueller

Election présidentielle américaine : Trump cerné par le procureur Mueller
Donald Trump fait l'objet, depuis un an, d'une enquête menée par le procureur Mueller pour déterminer notamment si les Russes avaient avantagé ou non le candidat Trump.

leparisien.fr, publié le jeudi 17 mai 2018 à 17h57

Depuis un an, Robert Mueller enquête sur l'ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine et sur l'implication de Donald Trump. Ce dernier, entré en guerre frontale avec le procureur, vient de renforcer son équipe d'avocats.

Cela fait un an, jour pour jour, qu'il mène l'enquête, pas à pas, et sans se laisser déstabiliser par les foudres de Donald Trump. Le procureur Robert Mueller a été chargé le 17 mai 2017 de déterminer si les Russes avaient avantagé ou non le candidat Trump, et si ce dernier et son équipe avaient fait ou non obstruction à la justice. De quoi faire enrager le président Trump qui ne cesse depuis un an de dénigrer Mueller presque quotidiennement, notamment à coups de messages furibards sur Twitter, son canal d'expression favori.

Mais l'ancien patron du FBI, âgé de 73 ans, ne s'en laisse pas conter. Il dirige une équipe d'une quinzaine de procureurs adjoints, que Trump assimile à des « démocrates endurcis, certains grands soutiens d'Hillary la crapule, et zéro Républicains ». Quelques dizaines d'enquêteurs travaillent exclusivement à leur service, leur nombre exact est tenu secret mais le procureur dispose d'un budget annuel d'environ 10 millions de dollars pour son enquête. Des personnalités russes ont déjà été inculpées, mais aussi d'anciens membres de l'équipe de campagne de Trump, qui se dit victime d'une « chasse aux sorcières ».

Très respecté pour son sérieux et son intégrité

Trump « espère s'en sortir avec sa tchatche et sa puissance médiatique, comme Bernard Tapie pendant l'affaire VA/OM en 1993 », estime Corentin Sellin, historien, spécialiste des États-Unis. Mais « il n'a pas bien appréhendé le fonctionnement des institutions américaines », ironise de son côté la politologue Nicole Bacharan.

Car l'inflexible procureur Mueller, très respecté par tous les camps politiques pour son sérieux et son intégrité, travaille de manière autonome avec son équipe. C'est aussi un redoutable manœuvrier, qui n'hésite pas à se servir des médias. Au début du mois de mai, fuitait par exemple dans la presse la liste des questions qu'il avait envoyées aux avocats du président américain. Un bon moyen de prendre l'opinion publique à témoin.

Trump passe son temps à démentir une ingérence russe

A défaut d'obtenir des réponses écrites, Mueller pourrait convoquer Trump pour lui demander de témoigner. Pour l'attendrir, il a d'ailleurs pris soin de préciser début avril que le président américain n'était pas une « cible » mais un simple « sujet » de son enquête. Une stratégie calculée, selon Nicolas Gachon, universitaire et spécialiste de la politique américaine : « En substance, il lui transmet un message : Si tu n'as rien à te reprocher, alors tu n'as rien à craindre et viens me parler. » Trump, qui passe son temps à démentir une ingérence russe, a plusieurs fois affirmé qu'il était prêt à témoigner sous serment... tout en dénonçant une enquête partiale.

«Giuliani va occuper les médias pour mordre dans les pieds de Mueller»

Mais Donald Trump semble avoir adopté récemment une position plus ferme, comme en témoigne sa nouvelle équipe de défense. Il y a quelques semaines, deux nouveaux avocats, au profil offensif, l'ont rejoint : l'ancien maire de New York, Rudy Giuliani, et Emmet Flood, qui conseillait Bill Clinton lorsque ce dernier était menacé d'impeachment. « Il y avait une contradiction entre un président qui dénonçait une chasse aux sorcières et ses anciens avocats qui plaidaient la collaboration totale avec Mueller », estime Corentin Sellin. « Giuliani va occuper les médias pour mordre dans les pieds de Mueller et Flood va contester tous les actes du procureur, comme il l'avait fait pour Clinton en 1998 », poursuit l'historien.

Et comme si cela ne suffisait pas, la Maison Blanche a répété plusieurs fois que le président avait « tout à fait le pouvoir » de limoger le procureur spécial. Un renvoi qui serait dévastateur politiquement et que redoutent même plusieurs élus républicains qui ont en tête le « massacre du samedi soir », lorsqu'en octobre 1973, l'ancien président Richard Nixon avait viré le procureur spécial, Archibald Fox, qui enquêtait sur le Watergate. La deuxième année du mandat du procureur Mueller s'annonce riche en rebondissements.

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