Egypte: huit ans après Rabaa, 12 islamistes dans le couloir de la mort

Chargement en cours
Des forces de sécurité égyptiennes encadrent la tribune du public alors que des membres des Frères musulmans comparaissent dans le box des accusés en cage lors d'une audience de leur procès en juillet 2018
Des forces de sécurité égyptiennes encadrent la tribune du public alors que des membres des Frères musulmans comparaissent dans le box des accusés en cage lors d'une audience de leur procès en juillet 2018
1/4
© AFP, Khaled DESOUKI

publié le mercredi 18 août 2021 à 10h54

Huit ans après la dispersion sanglante du rassemblement islamiste sur la place Rabaa al-Adawiya au Caire, 12 membres des Frères musulmans, mouvement considéré comme "terroriste" en Egypte, sont dans l'attente de leur exécution, une condamnation dénoncée par Amnesty et qui désespère leurs proches.

A l'occasion du 8e anniversaire du "massacre" de Rabaa, le 13 août 2013, Amnesty a publié un communiqué dans lequel elle juge "de plus en plus clair que les autorités égyptiennes veulent dédouaner les forces de sécurité" dans la dispersion sanglante de ce sit-in.

A l'inverse, le pouvoir a "choisi la vengeance contre les survivants" et leurs proches, a commenté Lynn Maalouf, une responsable régionale de l'ONG, au sujet des 12 condamnés à mort.

Ceux-ci sont "détenus dans des conditions cruelles (...), après un procès politique de masse", a-t-elle ajouté, en appelant Le Caire "à annuler ces condamnations".

Agés d'une vingtaine d'années, Mahmoud et Adam confirment être hantés à l'idée que leur père, qui figure parmi les condamnés, puisse être exécuté à tout moment.

"La douleur de son absence" ces dernières années "a empiré" depuis que sa condamnation à mort a été récemment confirmée, dit Adam, qui témoigne, comme son frère, sous pseudonyme.

"Il va mourir, quoi qu'il advienne", glisse-t-il, alors que la cour de cassation a rendu le verdict définitif en juin dernier.

- "Effondré" -

Fondés en 1928, les Frères musulmans ont longtemps été le principal mouvement d'opposition en Egypte, malgré la répression rampante, jusqu'à remporter les premières élections libres, durant le Printemps arabe.

Très critiqué sur sa gestion du pays et confronté à des manifestations monstre, le président issu de la confrérie, Mohamed Morsi, a toutefois été renversé par l'armée début juillet 2013.

A compter de cette date, l'organisation "terroriste" a été laminée par le pouvoir d'Abdel Fattah al-Sissi.

Le 13 août 2013, des centaines de militants pro-Morsi, accusés d'être armés, ont été tués dans la dispersion de leur sit-in à Rabaa al-Adawiya.

Puis, l'année suivante, s'est ouvert un procès de masse au terme duquel 75 des 739 accusés ont été condamnés à mort, pour "meurtre de policiers", complicité avec "des bandes criminelles" ou encore "possession d'armes à feu" et de "matériel de fabrication de bombes".

Si beaucoup ont vu leurs peines commuées, 12 d'entre eux se trouvent dans les couloirs de la mort depuis la fin de ce procès qualifié de "parodie de justice" par l'ONU.

Alors, en apprenant le jugement définitif rendu en juin, Adam dit s'être "complètement effondré". "Ils pensent que c'est normal de l'exécuter", dit-il.

Son frère Mahmoud dénonce un procès de masse "grotesque". Il déplore notamment que son père, qui croupit depuis huit ans à l'isolement à la prison de Tora (banlieue sud du Caire), n'a jamais pu s'entretenir avec ses avocats.

Sollicités par l'AFP, des juges en charge du dossier ont refusé de s'exprimer sur cette affaire.

- "Dommages" -

"Nos vies sont entre les mains (des autorités), qui jouent avec comme avec un yoyo", lance Mahmoud, qui dit n'avoir pu rendre visite à son père depuis 2016.

Mère de famille, Imane, témoignant aussi sous pseudonyme, s'estime elle chanceuse d'avoir pu revoir en juillet son époux condamné à mort.

Il "garde le moral car il se sait innocent", assure la trentenaire.

Elle précise que son mari s'occupe en dessinant pour passer le temps dans sa cellule de deux mètres carrés partagée avec trois autres détenus, et "envoie des lettres à ses enfants".

"Depuis le début, mon époux m'a dit qu'il fallait qu'on s'en sorte en limitant les dommages psychologiques. (...) Alors il m'a encouragée à vivre avec les enfants aussi normalement que possible. C'est pour cela qu'on a tenu aussi longtemps", explique Imane.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.