Droit à l'avortement menacé: la Californie se prépare à un afflux de patientes

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Un cintre et une pancarte "plus jamais" pendant une manifestation contre les restrictions à l'avortement, le 21 mai 2019 à West Hollywood, en Californie
Un cintre et une pancarte "plus jamais" pendant une manifestation contre les restrictions à l'avortement, le 21 mai 2019 à West Hollywood, en Californie
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© AFP, Robyn Beck

publié le jeudi 09 décembre 2021 à 12h42

La Californie se prépare à accueillir un afflux de femmes souhaitant bénéficier d'une interruption volontaire de grossesse si la Cour suprême des Etats-Unis modifie prochainement, comme beaucoup s'y attendent, le cadre légal qui garantit depuis 1973 le droit à l'avortement.

Encouragées par le gouverneur Gavin Newsom et d'autres élus démocrates, une quarantaine d'organisations de défense des droits civiques, de promotion de la santé publique et de planning familial ont formulé mercredi une liste de recommandations très précises pour que la Californie soit en mesure de répondre aux demandes d'IVG de toutes les femmes, qu'elles vivent dans l'Etat ou ailleurs.

Le gouverneur Newsom s'était publiquement félicité de la création, fin septembre, de ce "Conseil pour l'avenir de l'avortement" pour "étendre l'accès à la santé sexuelle et reproductive, y compris l'avortement au lendemain de restrictions dangereuses, néfastes et anticonstitutionnelles mises en place au Texas". Cet Etat du Sud, majoritairement conservateur, interdit depuis le 1er septembre les IVG dès six semaines de grossesse.

Les défenseurs du droit à l'avortement s'inquiètent désormais d'une autre menace: la Cour suprême semble disposée à donner son feu vert à une loi adoptée en 2018 par le Mississippi qui interdit d'avorter après 15 semaines de gestation. 

Cette loi viole le cadre de l'arrêt historique "Roe v. Wade" de 1973, dans lequel la Cour suprême a estimé que la Constitution américaine garantissait le droit des femmes à avorter tant que le fœtus n'est pas "viable", soit vers 22 à 24 semaines de grossesse, et son entrée en vigueur a pour l'instant été bloquée à ce titre.

Si le temple du droit, qui doit rendre sa décision d'ici fin juin, valide cette loi locale, de nombreux autres Etats conservateurs souhaitant en finir avec l'avortement pourraient s'engouffrer dans la brèche.

Signe du profond clivage sur le sujet aux Etats-Unis, le Mississippi compte un seul centre pratiquant des interruptions de grossesse tandis que la Californie, Etat le plus peuplé, en recense plus de 150.

Selon l'Institut Guttmacher, si la Cour suprême tranche en faveur du Mississippi, 26 Etats américains décideraient "certainement ou probablement" d'interdire l'IVG sur leur territoire. 

En fait, si l'arrêt "Roe v. Wade" était cassé ou "significativement affaibli", 21 Etats ont déjà en place des lois ou des amendements qui leur permettraient de passer à l'acte très rapidement, souligne cet institut de recherche sur la santé reproductive.

Conséquence: des dizaines de milliers de femmes ne pouvant se faire avorter chez elles chercheraient une solution dans les Etats voisins, qui risqueraient d'être débordés.

- "Liberté reproductive" pour tous -

Sur le terrain, les associations ressentent déjà les effets de l'interdiction décrétée au Texas début septembre. Le réseau du planning familial en Californie voit par exemple arriver désormais deux à trois patientes chaque jour en provenance du Texas.

L'ONG californienne Access Reproductive Justice, qui fournit une aide administrative et financière aux femmes souhaitant avorter, fait elle aussi état d'une "hausse des appels en provenance du Texas". "Nous savons que les obstacles ont tendance à être plus grands pour les gens qui ne viennent pas de Californie parce qu'ils doivent payer l'avion ou le bus", explique à l'AFP Jessica Pinckney, la directrice de l'ONG.

Elle cite des "cas souvent poignants de femmes qui ne se sont pas rendu compte qu'elles étaient enceintes avant six ou sept semaines, qui n'ont pas accès aux soins dans leur Etat et qui ne peuvent bénéficier de leur assurance pour couvrir le coût", pouvant varier d'après elle de 200 à 6.000 dollars selon les cas.

"Globalement, elles sont forcées de mener à bien une grossesse non désirée ou de prendre des décisions radicales pour quitter leur Etat", déplore Mme Pinckney.

Bastion démocrate et fer de lance de l'opposition à la politique ultra-conservatrice de l'ancien président Donald Trump, la Californie s'était officiellement proclamée en mai 2019 Etat garantissant "la liberté reproductive" pour tous, s'engageant solennellement à défendre le droit à l'avortement.

En 2014 déjà, elle avait adopté une législation contraignant les employeurs et les assurances privées à inclure dans leur couverture santé le remboursement des IVG.

Lorsque Donald Trump avait tenté de faire pression sur la Californie l'an dernier pour annuler cette disposition, le gouverneur Newsom avait dénoncé un "acte politique mesquin", rappelant que "la santé des femmes, c'est la santé publique".

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