Donald Trump se risque à soutenir les hommes face à #MeToo

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Le président américain Donald Trump (G) serre la main du juge Brett Kavanaugh, choisi pour siéger à la Cour suprême le 9 juillet 2018 à Washington
Le président américain Donald Trump (G) serre la main du juge Brett Kavanaugh, choisi pour siéger à la Cour suprême le 9 juillet 2018 à Washington
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© AFP, SAUL LOEB

AFP, publié le mardi 25 septembre 2018 à 22h42

Les élections parlementaires américaines de novembre pourraient devenir une bataille entre les millions de femmes ayant dénoncé le harcèlement grâce au mouvement #MeToo et Donald Trump, qui soutient Brett Kavanaugh, son candidat à la Cour suprême accusé d'agression sexuelle.

M. Kavanaugh, qui dément les accusations et dénonce une campagne de diffamation, doit témoigner jeudi devant la commission judiciaire du Sénat.

Il sera entendu juste après son accusatrice, Christine Blasey Ford, qui affirme avoir été victime d'une tentative d'agression sexuelle par Brett Kavanaugh, alors âgé de 17 ans, lors d'une soirée arrosée dans les années 80.

Le juge, catholique et conservateur, est également accusé par une autre femme, Deborah Ramirez, d'avoir exhibé son sexe lors d'une soirée étudiante à l'université de Yale.

Ces accusations ont retardé une nomination qui semblait acquise il y a encore peu de temps. Elles ont aussi relancé le mouvement #MeToo, né du scandale Harvey Weinstein en octobre 2017. L'ancien producteur, accusé de multiples agressions sexuelles, aurait longtemps échappé aux poursuites grâce à sa toute-puissance à Hollywood.

- "Fausses accusations" -

Le président Trump s'est d'abord abstenu d'entrer dans le débat avant de lâcher ses coups. Mme Blasey Ford aurait dû porter plainte si les faits étaient aussi graves, a-t-il affirmé. Quant à Mme Ramirez, elle était "saoule" au moment des faits et "n'a rien" de concret contre le juge, a-t-il dit mardi.

Le magnat de l'immobilier a l'habitude de soutenir ses partisans, même s'il en paie le prix politique.

Avant M. Kavanaugh, il avait pris la défense de Roy Moore, candidat républicain au Sénat dans l'Alabama, accusé d'avoir agressé sexuellement des adolescentes lorsqu'il était trentenaire. M. Moore s'était incliné dans un Etat pourtant acquis.

En février, il avait dénoncé les "fausses accusations" qui "détruisent des vies" après la démission de deux employés de la Maison Blanche --Rob Porter et David Sorensen-- accusés de violences conjugales par leurs ex-femmes.

Donald Trump est lui-même accusé par une vingtaine de femmes d'agression sexuelle ou de harcèlement, et d'avoir trompé sa femme Melania avec une actrice porno et une ancienne playmate. Il nie catégoriquement les faits.

Signe, selon ses détracteurs, de sa misogynie, le milliardaire s'était vanté dans une vidéo diffusée en pleine campagne électorale en 2016 de pouvoir "attraper" les femmes par "la chatte" grâce à sa notoriété.

Il a par la suite qualifié ces commentaires de "discussion de vestiaire", une stratégie qui a finalement marché.

Mais la même stratégie marchera-t-elle pour le scrutin de novembre, crucial pour les républicains, alors que les militantes de la cause féministe se sont transformés en force politique?

Pourquoi pas, répond le conseiller politique républicain Evan Siegfried.

Selon lui, de nombreux américains conservateurs, notamment la base électorale de M. Trump, considèrent #MeToo comme le degré ultime du politiquement correct, qui peut détruire des réputations par de simples allégations.

Concernant Brett Kavanaugh, "la vaste majorité de la base conservatrice estime que les accusations sont très faibles et, même si c'était vrai, d'aucuns disent qu'il faut que jeunesse se passe", explique à l'AFP M. Siegfried.

- Retour de bâton -

Le problème pour M. Trump, nuance-t-il, est que les élections ne se gagnent pas seulement avec la base de l'électorat et que les républicains pourraient être "punis" en novembre.

"Nous avons un gros problème avec les électrices qui disent +y'en a marre+" des républicains, alors que l'administration Trump renforce le discours selon lequel il existe une guerre contre les femmes", dit-il.

Pour le politologue Larry Sabato, de l'université de Virginie, les femmes "ont déjà de manière très large choisi de voter pour les démocrates" et les déclarations de M. Trump "ne peuvent pas permettre aux républicains de gagner du terrain".

Emily Martin, du Centre national du droit des femmes, met aussi en garde les républicains.

L'élection de M. Trump a contribué à la naissance de #MeToo et son attitude face aux accusatrices de Brett Kavanaugh "ne fait que renforcer la volonté des femmes sur ces questions", dit-elle, avertissant d'un possible "retour de bâton".

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