Dominic Cummings, puissant conseiller de Boris Johnson et Brexiter controversé

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Dominic Cummings, conseiller de Boris Johnson, à Londres le 13 novembre 2020
Dominic Cummings, conseiller de Boris Johnson, à Londres le 13 novembre 2020
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© AFP, DANIEL LEAL-OLIVAS

, publié le vendredi 13 novembre 2020 à 12h46

Il soufflait à l'oreille de Boris Johnson, qui l'avait introduit au coeur du pouvoir: Dominic Cummings, son influent conseiller, cerveau de la campagne pour le Brexit, n'aura eu de cesse de jouer le rôle de perturbateur provoquant la polémique.

Ce stratège politique au large front dégarni, qui aura 49 ans le 25 novembre, avait été choisi par le chef du gouvernement conservateur comme conseiller spécial lors de son arrivée au pouvoir en juillet 2019.

Depuis, avec sa rhétorique acerbe et le poids considérable qu'il a pris, il a été au coeur de nombreuses polémiques, s'attirant de nombreux ennemis, y compris au sein du Parti conservateur, dont il n'est pas membre.

Son départ annoncé interviendrait après la démission en novembre d'un allié proche, le directeur de la communication de Downing Street, victime de luttes intestines, signe précurseur de l'affaiblissement du camp "Leave" au sein du gouvernement du Premier ministre Boris Johnson. 

Entre autres controverses, Dominic Cummings est soupçonné d'avoir été à l'origine d'une série de licenciements d'assistants ministériels accusés de ne pas défendre avec assez de vigueur la cause du Brexit, et même d'avoir causé le départ en février du ministre des Finances Sajid Javid, qui a refusé de se séparer de tous ses conseillers au profit de ceux de Downing Street.

Il est aussi à couteaux tirés avec les fonctionnaires, en raison de son désir de refaçonner la fonction publique et de diversifier ses profils y compris, selon ses mots, avec des "tordus" et des "marginaux".

Surtout, celui qui raillait l'élitisme a été accusé au printemps d'avoir enfreint le confinement destiné à lutter contre le nouveau coronavirus et de mépriser des règles s'appliquant à tous, puis de sous-estimer la colère provoquée par son comportement.  

- "Psychopathe patenté" -

Dans un téléfilm, "Brexit: The Uncivil War" (Brexit, la guerre incivile), Dominic Cummings, interprété par Benedict Cumberbatch, est dépeint en agitateur déployant des tactiques tirées de "L'art de la guerre" du maître chinois Sun Tzu.

Qualifié de "psychopathe patenté" par l'ancien Premier ministre conservateur David Cameron, il a aussi été déjà comparé à Steve Bannon, l'ex-conseiller controversé du président américain Donald Trump. 

Le magazine masculin GQ a décerné à cet adepte des bonnets de laine, T-Shirt informes et vestes polaires le titre d'homme le plus mal habillé du monde.

"Dominic Cummings est le perturbateur en chef - il est stratégiquement résolu et idéologiquement iconoclaste", estime Tim Bale, professeur de politique à l'Université Queen Mary de Londres, dans son livre "Le Parti conservateur: de Thatcher à Cameron".

Né à Durham (nord de l'Angleterre), d'un père gestionnaire d'un projet de plateforme pétrolière et d'une mère institutrice, il a fréquenté une école privée, puis la prestigieuse université d'Oxford. 

Russophile, passionné par l'écrivain Dostoïevski, Dominic Cummings a vécu en Russie après ses études, où il a contribué, dans les années 1990, au lancement d'une compagnie aérienne, qui n'a finalement pas décollé.

De retour au Royaume-Uni, il a fait ses armes en politique en menant plusieurs campagnes, notamment contre l'adoption de l'euro.

En 2002, il a été nommé directeur de la stratégie du Parti conservateur mais il a quitté ses fonctions huit mois plus tard, jugeant "incompétent" le chef des Tories de l'époque, Iain Duncan Smith. Il est ensuite devenu conseiller spécial du ministre de l'Education, Michael Gove, devenu entre-temps le bras droit de Boris Johnson.

Directeur de la campagne pro-Brexit "Vote Leave", il a joué un rôle décisif en menant une offensive basée sur les réseaux sociaux et la collecte de données personnelles. Les méthodes de "Vote Leave" ont été mises en cause depuis, en particulier l'utilisation de slogans trompeurs et de publicités politiques ciblées.

Mais le succès du référendum pour le camp du Brexit, qui l'a emporté à près de 52%, défiant tous les pronostics, a consacré son statut de stratège, sans toutefois faire l'unanimité autour de lui. Ses nombreux ennemis, de tous les côtés au sein du parti conservateur, auront fini par avoir sa peau.

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