Discrimination anti-asiatique: début du procès contre Harvard

Discrimination anti-asiatique: début du procès contre Harvard
L'entrée de l'université d'Harvard, à Cambridge dans le Massachusetts, le 30 août 2018

AFP, publié le lundi 15 octobre 2018 à 22h35

Harvard discrimine-t-elle les étudiants d'origine asiatique? Le processus d'admission de la prestigieuse université américaine est au coeur d'un procès qui s'est ouvert lundi à Boston, avec dans le viseur la politique de "discrimination positive" des universités américaines dénoncée par les conservateurs.

Les débats se sont ouverts au tribunal fédéral de Boston devant la juge Allison Dale Burroughs, sans jury. Ils sont censés durer environ trois semaines, détaillant tous les aspects d'un dossier qui a toutes les chances de remonter jusqu'à la Cour suprême.

D'un côté, la plus vieille et sans doute la plus célèbre université des Etats-Unis, qui nie toute discrimination anti-asiatique mais revendique des critères plus larges que l'excellence académique, y compris des critères de personnalité, au nom du maintien de la "diversité" de son campus.

Harvard fait aussi valoir que la proportion d'étudiants américains d'origine asiatique a augmenté substantiellement depuis 2010, pour représenter aujourd'hui près de 23% des quelque 2.000 étudiants admis en première année, contre 15% de Noirs et 12% d'Hispaniques, sur quelque 40.000 candidats.

De l'autre, une organisation baptisée "Students for Fair Admissions" ("Eudiants pour des admissions justes"), dirigée par le militant conservateur blanc Edward Blum, qui a déjà attaqué en justice la politique d'"action positive" de l'université du Texas.

La Cour suprême américaine lui a donné tort en 2016, avalisant la politique de l'université, mais la décision est loin d'avoir mis fin au débat. 

Lundi, l'avocat de M. Blum, Adam Mortara, a affirmé que les critères de personnalité de Harvard avaient pour effet d'éliminer nombre d'étudiants d'origine asiatique, au profit des Noirs, des Hispaniques et des Blancs.

Harvard a "laissé le loup de la discrimination raciale entrer par la grande porte", a affirmé à l'ouverture du procès M. Mortara, cité par le Boston Globe.

Mais selon l'avocat de l'université Bill Lee, Havard ne saurait atteindre ses objectifs pédagogiques sans inclure les origines ethniques dans sa réflexion.

- Un sujet qui divise -

Conscient de la mauvaise publicité que le procès pourrait valoir à l'université son président Larry Bacow, à peine arrivé en poste, a envoyé une lettre à tous les étudiants et personnels de Harvard rappelant le droit de l'université à tenir compte des origines ethniques dans ses efforts pour maintenir une population aussi variée que possible.

"Harvard serait très ennuyeux (...) si nous avions tous les mêmes expériences, centres d'intérêts, et attentes les uns envers les autres", disait-il dans cette lettre, diffusée peu avant l'ouverture du procès.   

Il a aussi rappelé que la Cour suprême américaine avait à deux reprises validé la politique de Harvard, sur la base d'une décision de 1978 qui autorise les universités à faire des origines ethniques un des critères d'admission, au nom de la diversité des campus.

Mais l'administration Trump a apporté son soutien fin août à la plainte de M. Blum, affirmant que le processus d'admission de Harvard "désavantageait de manière significative" les étudiants d'origine asiatique. 

Les ministères de l'Education et de la Justice ont aussi ouvert une enquête sur la politique d'admission de l'université de Yale, qu'elle soupçonne, pour des raisons similaires, de discriminer les étudiants d'origine asiatique.

Preuve que le sujet divise, le président Bacow a appelé chacun, malgré les divergences d'opinion, "au respect mutuel" dans les prochaines semaines. 

Et à la veille du procès dimanche, des dizaines d'étudiants des deux camps ont organisé des manifestations rivales, l'une sur le campus et l'autre sur une place de Boston.     

Quelle que soit l'issue du procès, tout le monde s'attend à ce que ce débat ultra-sensible sur le rôle de l'ethnicité dans les admissions universitaires, qui oppose depuis des années conservateurs et démocrates, remonte jusqu'à la Cour suprême.

Cela viendrait tester la nouvelle majorité conservatrice obtenue avec l'arrivée récente du juge Brett Kavanaugh au sein de la plus haute instance judiciaire américaine.

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