Les propos d'Erdogan contre Macron suscitent un tollé en France et en Europe

Les propos d'Erdogan contre Macron suscitent un tollé en France et en Europe©Panoramic

, publié le lundi 26 octobre 2020 à 14h15

Le président turc a demandé à ses concitoyens de ne plus acheter les marques françaises et a comparé le traitement des musulmans d'Europe à celui des juifs avant la Seconde Guerre mondiale. Les réactions indignées et de soutien à la France se multiplient.

La tension entre la Turquie et la France monte d'un cran.

Dans un discours prononcé ce lundi 26 octobre à Ankara, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a notamment lancé un appel au boycott des produits français. Ce nouveau pas dans les rapports conflictuels entre la Turquie et la France intervient sur fond de dispute entre Paris et Ankara au sujet des traitements des musulmans de France.


"Tout comme en France certains disent 'n'achetez pas les marques turques', je m'adresse d'ici à ma nation : surtout ne prêtez pas attention aux marques françaises, ne les achetez pas", a clamé Recep Tayyip Erdogan. Avant lui, plusieurs pays, comme le Qatar et le Koweït, avaient déjà lancé des appels au boycott en réaction aux propos d'Emmanuel Macron sur le droit de caricaturer le prophète Mahomet. 

Des propos  "diffamatoires" et inacceptables"

Dans ce même discours, le président turc a également fait un parallèle entre le traitement des musulmans en Europe à celui des juifs avant la Seconde Guerre mondiale, dénonçant, au passage, le "fascisme" et le "nazisme" de certains dirigeants européens. Le porte-parole d'Angela Merkel a immédiatement qualifié ces propos "d'inacceptables" et de "diffamatoires", d'après RFI. Du côté des Pays-Bas, le Premier ministre Mark Rutte a pris position. "Les Pays-Bas défendent résolument aux côtés de la France les valeurs communes de l'UE. Pour la liberté d'expression et contre l'extrémisme et le radicalisme."

Sur son compte Twitter, le Premier ministre italien Giuseppe Conte a, lui aussi, défendu Emmanuel Macron. "Les propos adressés par le Président Erdogan au Président Macron sont inacceptables. Les invectives personnelles n'aident pas l'agenda positif que l'UE veut poursuivre avec la Turquie, mais éloignent au contraire les solutions. Pleine solidarité avec le Président Emmanuel Macron."


Ces derniers jours, Recep Tayyip Erdogan a multiplié les attaques contre Emmanuel Macron, allant même jusqu'à remettre en cause la santé mentale du président français. Il a estimé que ce dernier était "obsédé" par lui "jour et nuit". "C'est un cas, et en conséquence, il a vraiment besoin de subir des examens", avait-il rajouté samedi 24 octobre lors d'un discours. Le président de la Turquie conteste le traitement réservé à certaines personnes en France. "Tout ce qu'on peut dire d'un chef d'État qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c'est : allez d'abord faire des examens de santé mentale."

"Je condamne les insultes du président Erdogan contre le président Emmanuel Macron. Cela montre à nouveau que la Turquie s'éloigne de l'Union européenne et de nos valeurs communes", a commenté Sebastian Kurz, le chancelier autrichien, sur Twitter ce lundi matin. "Les insultes personnelles contre le président Macron et les discours de haine contre la France par les dirigeants turcs sont inacceptables, alimentent la haine religieuse et sapent la coexistence pacifique", a, de son côté, estimé le Premier ministre grec sur les réseaux sociaux.

La classe politique française unanime à l'exception de Jean-Luc Mélenchon

Face à ces attaques contre le président de la République, les personnalités politiques françaises ont fait front, à commencer par la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen. "Évidemment, face à cette attaque directe de Monsieur Erdogan, je défends le président de la République française", a-t-elle déclaré au micro du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI dimanche 25 octobre. Du côté des Républicains, le chef de délégation au Parlement européen François-Xavier Bellamy a exprimé auprès du Figaro lundi 26 octobre son "refus absolu de ce chantage d'Erdogan qui veut faire payer à Emmanuel Macron son opposition ferme à ses opérations de déstabilisation en Méditerranée."

À gauche, les réactions sont également fortes, mais un peu plus mitigées. Certains représentants du PS comme le député Boris Vallaud, invité de Sud Radio ce lundi matin, estiment que le président Erdogan "est dans une confusion des valeurs et des sentiments. Ses basses invectives n'impressionnent personne." Le son de cloche s'avère différent en ce qui concerne La France Insoumise. Son leader Jean-Luc Mélenchon considère, au micro de France Inter, qu'Emmanuel Macron a "perdu le contrôle de la situation" et qu'à cause de ses agissements, "la France est abaissée, humiliée et ridiculisée." 

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