Deux militants palestiniens, stars de la toile, interpellés à Jérusalem

Chargement en cours
Des boules de feu jaillissent d'un bâtiment qui abritait les locaux de médias internationaux, pulvérisé par une frappe israélienne, le 15 mai 2021 à Gaza
Des boules de feu jaillissent d'un bâtiment qui abritait les locaux de médias internationaux, pulvérisé par une frappe israélienne, le 15 mai 2021 à Gaza
1/3
© AFP, Mahmud Hams

publié le dimanche 06 juin 2021 à 18h40

Deux jeunes jumeaux au coeur d'une campagne sur les réseaux sociaux pour contrer la possible éviction de familles palestiniennes du quartier de Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, ont été interpellés dimanche par la police israélienne, au lendemain de l'arrestation musclée sur place d'une journaliste d'Al-Jazeera.

Dimanche matin, Mona el-Kurd, 23 ans, a été "emmenée au poste de police" à Jérusalem, a indiqué son père à l'AFP, après avoir été arrêtée à son domicile à Cheikh Jarrah, ce qui a aussitôt suscité une vague de protestations dans les milieux palestiniens et sur les réseaux sociaux, où le nom de ce quartier est devenu viral.

Son frère jumeau, Mohammed, star de la cause palestinienne avec plus de 550.000 abonnés sur Instagram et 180.000 autres sur Twitter, était absent au moment de l'interpellation mais a reçu une convocation et s'est présenté dans l'après-midi à un commissariat de Jérusalem-Est, partie annexée par Israël de la Ville sainte.

Fin avril, des manifestations en soutien à des familles palestiniennes de Cheikh Jarrah menacées d'expulsion ont embrasé Jérusalem-Est, puis l'esplanade des Mosquées, puis des villes mixtes israéliennes, avant de donner lieu à 11 jours de guerre entre le mouvement islamiste palestinien Hamas au pouvoir à Gaza et l'armée israélienne.

Nasser Odeh, l'avocat de la famille el-Kurd, a confirmé que la police avait arrêté Mona el-Kurd -- libérée en fin de journée -- pour "troubles à l'ordre public", incluant la participation à des "émeutes", et indiqué que son frère était toujours sous enquête, sans plus de détails.

Contactée par l'AFP, la police israélienne a confirmé que Mona el-Kurd avait fait l'objet d'une décision de justice et qu'elle était "soupçonnée d'avoir participé à des émeutes et d'autres incidents récents à Cheikh Jarrah".

- "Faire taire les voix des jeunes" -

Selon Nabil el-Kurd, le père des deux jeunes militants, ces arrestations font partie d'une "opération" visant à "faire taire les voix des jeunes qui se sont élevées dans le quartier".

"Notre arme est la parole et la caméra (...) Mohammed et Mona ont permis au monde entier de s'intéresser à notre cause", a-t-il lancé devant un commissariat de police où des accrochages avec la police ont fait six blessés -- quatre par des balles de caoutchouc, deux par des grenades assourdissantes -- selon le Croissant-Rouge palestinien.

Les deux militants mènent quotidiennement en anglais et en arabe une intense campagne sur les réseaux sociaux autour du mot-clé #SheikhJarrah afin d'attirer l'attention du monde sur le sort de familles palestiniennes menacées d'expulsions ou déjà expulsées de leur maison au profit de colons israéliens.

Selon la loi israélienne, si des juifs peuvent prouver que leur famille vivait à Jérusalem-Est avant la guerre israélo-arabe de 1948, déclenchée à la création de l'Etat d'Israël, ils peuvent demander à ce que leur soit rendu leur "droit de propriété". Une telle loi n'existe toutefois pas pour les Palestiniens ayant perdu leurs biens pendant la guerre ou ayant dû fuir.

Le ministère israélien des Affaires étrangères considère cette affaire comme un "conflit foncier entre particuliers" et avait condamné une campagne visant à en faire "une cause politique afin d'inciter à la violence à Jérusalem".

- "Ciblage systématique" de journalistes -

Samedi soir, la correspondante arabophone d'Al-Jazeera, Givara Budeiri, a également été interpellée et retenue plusieurs heures par la police israélienne alors qu'elle couvrait des manifestations dans ce quartier, a indiqué la chaine qatarie dans un communiqué, précisant que le matériel du caméraman qui l'accompagnait avait été détruit.

La reporter, qui portait une veste pare-balle siglée du mot "press" au moment de son interpellation, a dit avoir été libérée à la condition de ne pas retourner dans le quartier de Cheikh Jarrah pour les 15 prochains jours.

"Le ciblage systématique de nos journalistes est en violation complète des conventions internationales", a réagi le directeur général par intérim de la chaîne, Mostefa Souag.

Au cours des dernières semaines, plusieurs journalistes, dont un photographe de l'AFP, ont fait état de violences contre la presse à Jérusalem-Est. 

Le 15 mai, l'immeuble qui abritait notamment les équipes de la chaîne d'information qatarie Al-Jazeera et l'agence de presse américaine Associated Press (AP) à Gaza avait été pulvérisé par des frappes de l'armée israélienne, qui avait demandé préalablement l'évacuation de l'immeuble.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.