Déçus par les médias, des Turcs suivent l'#AffaireZarrab sur Twitter

Déçus par les médias, des Turcs suivent l'#AffaireZarrab sur Twitter

Reza Zarrab (C) photographié ici en décembre 2013 est le témoin à charge clé dans un procès potentiellement explosif pour Ankara

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AFP, publié le vendredi 01 décembre 2017 à 16h26

Les médias s'autocensurent ? Qu'à cela ne tienne : de nombreux Turcs se tournent depuis deux jours vers les réseaux sociaux pour glaner des informations sur un procès explosif se déroulant à New York qui embarrasse Ankara.

L'objet de leur attention : Reza Zarrab, un magnat de l'or turco-iranien qui plaide coupable dans cette affaire de contournement des sanctions américaines contre Téhéran et accuse des responsables turcs, dont le président Recep Tayyip Erdogan, d'être mouillés.

Devant le caractère sensible du dossier, la plupart des médias turcs jouent la prudence en rapportant avec parcimonie les propos de Zarrab, et s'intéressent plus à son accoutrement qu'au fond de ses accusations.

Ni la chaîne de télévision publique TRT, ni l'agence de presse étatique Anadolu n'ont fait mention des accusations les plus lourdes de Zarrab lors des deux premiers jours de son audition. Le procès a repris à New York vendredi matin.

Pour contourner la couverture médiatique minimaliste, de nombreux Turcs se rendent sur Twitter où ils suivent et commentent abondamment les déclarations de Zarrab postées en direct par des journalistes new-yorkais qui couvrent le procès.

Ainsi, Pete Brush (@PeteBrush), reporter au site spécialisé Law360, a vu passer le nombre de ses abonnés sur Twitter de 5.000 à plus de 27.000 dans la seule journée de jeudi. La plupart des internautes qui relaient ses publications liées à l'affaire portent des noms ou pseudonymes turcs.

Certains n'hésitent pas à interpeller "leur" journaliste entre les audiences : "Allez, Pete, assez dormi ! Au travail, la Turquie entière attend", "Allez Pete, balance la sauce", "Envoie-nous la facture de ton titre de transport, on s'en charge."

Un autre louait l'"objectivité" du journaliste qui fait cruellement défaut dans un pays où la liberté de la presse s'est érodée ces dernières années. 

- Guerre des hashtags -

Jeudi, Zarrab a laissé entendre que M. Erdogan savait tout du trafic qu'il opérait avec la banque publique turque Halkbank pour aider Téhéran à contourner les sanctions américaines, affirmant que celui-ci avait donné des "instructions" pour que d'autres banques participent au stratagème.

Mercredi, le "repenti" avait déclaré avoir versé plus de 50 millions d'euros de pots-de-vin à un ex-ministre de l'Economie, Zafer Caglayan.

Alors que les médias progouvernementaux ignoraient ces accusations, le mot-dièse #ZaferCaglayan était l'un des plus utilisés sur Twitter à l'échelle mondiale mercredi, signe de l'intérêt pour l'affaire dans le pays.

Ce procès new-yorkais embarrasse profondément Ankara, qui nie tout viol des sanctions, et fait planer sur la Turquie le risque de lourdes sanctions contre le secteur bancaire, alors que l'économie reste fragile.

Depuis le début du procès, les réseaux sociaux, partisans et détracteurs du président turc s'écharpent à coups de hashtags : #NousSommesAvecToi pour les premiers, #REZAlet (jeu de mots avec "rezalet", qui signifie "scandaleux") pour leurs adversaires.

Le journal d'opposition Cumhuriyet est l'un des seuls quotidiens nationaux à rapporter les accusations de Zarrab contre M. Erdogan, auxquelles il a même consacré sa une vendredi.

Cumhuriyet est considéré comme l'un des derniers journaux indépendants en Turquie, pays où de nombreux médias critiques ont été fermés. Le patron de Cumhuriyet et plusieurs journalistes sont d'ailleurs en procès pour "terrorisme".

Le journal le plus vendu du pays, Hürriyet, a consacré sa une aux révélations de Zarrab, jeudi, mais il essuie depuis un barrage de critiques.

Les réseaux sociaux sont l'un des derniers espaces d'expression encore relativement libres du fait de l'anonymat qu'ils permettent, même si les autorités veillent : la Turquie est ainsi en tête des pays réclamant le retrait de contenus ou la fermeture de comptes sur Twitter.

Vendredi, comme chaque jour depuis le début du témoignage de Zarrab, la "twittosphère" turque s'était mise à bouillonner à l'approche de la reprise du procès à New York.

Et le compte Twitter de M. Brush, le journaliste américain de Law360, croulait sous les messages d'internautes turcs impatients. L'un d'eux semblait d'ailleurs avoir bloqué sa soirée pour suivre le nouvel épisode de la saga : "Allez, Pete, à tout à l'heure".

 
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