De quelle Europe voulez-vous ? Les citoyens invités à s'exprimer

De quelle Europe voulez-vous ? Les citoyens invités à s'exprimer©FREDERICK FLORIN / AFP

, publié le jeudi 11 mars 2021 à 17h45

Les conclusions de la concertation, qui doivent déboucher sur des propositions de réforme et d'action, sont attendues au printemps 2022,

De quelle Europe voulez-vous ? Pendant un an, tous les citoyens européens sont invités à "prendre la parole. A dire dans quelle Europe ils veulent vivre et à joindre leurs forces pour nous aider à la construire", a indiqué mercredi 10 mars la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, après avoir donné, avec les différents chefs de l'Union européenne, le coup d'envoi de la "Conférence sur l'avenir de l'Europe".

Prévu durer un an, cet exercice démocratique a une grande inconnue : la participation des citoyens.



"Nous écouterons et ensuite nous agirons", a promis Ursula von der Leyen lors d'une brève cérémonie aux côtés du président du Parlement européen, David Sassoli et d'Antonio Costa, Premier ministre du Portugal, qui occupe actuellement la présidence tournante de l'UE.

La Conférence démarre avec un an de retard, en raison de la pandémie de coronavirus, mais aussi de la question ultra-sensible de sa présidence, objet d'âpres tractations entre les trois institutions européennes : le Conseil (réunissant les 27 Etats membres), le Parlement et la Commission. Elle sera finalement placée sous leur autorité conjointe, un triumvirat formé des chefs du Parlement, de la Commission et du dirigeant à la tête de la présidence tournante. Pour la bonne marche des travaux, ils seront assistés d'un conseil exécutif composé de neuf représentants à part égale des trois institutions et d'un groupe d'observateurs. Une organisation déjà taxée d'"usine à gaz".

Les Européens seront consultés sur des défis jugés cruciaux pour le Vieux continent : changement climatique, questions économiques et sociales, transformation numérique, renforcement démocratique des institutions de l'UE, sans oublier les leçons à tirer de la pandémie.

"Il y a un besoin de parler franchement de l'avenir de l'Europe dans un environnement international incertain. Ce débat est rendu encore plus nécessaire par le Covid-19", estime Janis Emmanouilidis de l'European policy centre (EPC). Ce sera aussi "un moyen de pression" sur les institutions et les Etats membres pour qu'ils tiennent leurs promesses comme celle du Green Deal", ajoute-t-il.


Contrairement à la consultation citoyenne de 2018 qui s'est perdue dans les limbes, les trois institutions sont parties prenantes dès le départ et se sont engagées à en tirer des orientations politiques. La pandémie risque cependant de peser sur l'organisation de débats physiques souhaités au niveau national, régional et même local. Un événement symbolique doit avoir lieu le jour de la fête de l'Europe, le 9 mai à Strasbourg... si la crise sanitaire le permet. Une plateforme multilingue est prévue.

La grande question sera celle de la participation avec l'espoir qu'elle ne se réduise pas au classique face-à-face entre pro et anti-européens. "Les gens vont participer s'ils pensent que leur voix compte. S'ils ont l'impression que cette conférence est une feuille de vigne, un prétexte qui ne conduira pas à des résultats concrets, il y aura une frustration", avertit l'expert de l'EPC, notant que les Etats joueront un rôle clé dans le processus. Selon une étude du cabinet Kantar, 51% des personnes interrogées dans les 27 pays se disent prêtes à participer. Les plus enthousiastes, les Irlandais, les Belges ou les Slovènes et les moins les Portugais, les Bulgares, les Finlandais ou les Français.

Les conclusions de la conférence qui doivent déboucher sur des propositions de réforme et d'action sont attendues au printemps 2022, au moment où la France en  pleine campagne présidentielle, occupera la présidence tournante de l'UE. "Un élément positif pour obtenir des résultats concrets", estime Eric Maurice de la fondation Schuman.

L'initiative rappelle la "Convention sur l'avenir de l'Europe" lancée en 2002 sous l'autorité de l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing, dont l'échec reste un souvenir cuisant pour les défenseurs du projet européen. Avec l'ambition de rendre l'UE plus efficace et plus démocratique (pour accompagner son élargissement aux pays de l'ex-bloc de l'Est) cette convention avait accouché en 2003 d'un projet de Constitution européenne qui s'est fracassé sur le "non" des référendums français et néerlandais. Mais l'objectif affiché n'est pas cette fois de changer les traités et les débats sont cadrés dès le départ par les trois institutions. "Ce ne sont pas les citoyens qui vont seuls décider du résultat", souligne l'expert de la fondation Schuman.
 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.