Dans une volte-face, l'Iran admet avoir abattu "par erreur" l'avion ukrainien

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Des étudiants iraniens  rassemblés à Téhéran pour rendre hommage aux victimes du crash d'un avion ukrainien, abattu "par erreur" par l'Iran, le 11 janvier 2020
Des étudiants iraniens rassemblés à Téhéran pour rendre hommage aux victimes du crash d'un avion ukrainien, abattu "par erreur" par l'Iran, le 11 janvier 2020
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© AFP, Atta KENARE

, publié le samedi 11 janvier 2020 à 21h06

L'Iran a reconnu samedi avoir abattu "par erreur" à l'aide d'un missile un avion civil ukrainien avec 176 personnes à bord, l'Agence européenne de la sécurité aérienne recommandant d'éviter le ciel iranien "jusqu'à nouvel ordre", sur fond de vives tensions dans la région.

Au Canada, dont un grand nombre de ressortissants figurent parmi les victimes, le Premier ministre Justin Trudeau a annoncé avoir demandé à l'Iran de faire "toute la lumière" sur les raisons du drame survenu mercredi et annoncé l'arrivée dans les prochaines heures à Téhéran d'une équipe d'enquêteurs canadiens.

A Téhéran, la police a dispersé des étudiants lors d'un rassemblement à la mémoire des victimes, majoritairement des Iraniens et des Canadiens dont des binationaux, selon l'agence iranienne Fars. Ils ont scandé des slogans "antirégime", selon la télévision d'Etat.

Tout en présentant ses "excuses" après le drame, le chef de la diplomatie Mohammad Javad Zarif a déploré une "erreur humaine en des temps de crise causée par l'aventurisme américain (qui) a mené au désastre".

Le Moyen-Orient est le théâtre de fortes tensions entre les Etats-Unis et l'Iran, ennemis jurés, surtout depuis l'élimination le 3 janvier du puissant général Qassem Soleimani, architecte de la stratégie iranienne au Moyen-Orient, dans un raid américain à Bagdad.

L'Iran a juré de venger sa mort et mercredi avant l'aube, le jour du vol fatal du Boeing 737, ses forces armées ont tiré des missiles sur des bases abritant des soldats américains en Irak, sans y faire de victimes.

Le vol PS752 de la compagnie Ukraine Airlines International (UAI) s'est écrasé avant l'aube très vite après son décollage de Téhéran. Parmi les victimes figurent aussi des Afghans, des Britanniques, des Suédois et des Ukrainiens.

Dans une spectaculaire volte-face, l'Iran a reconnu avoir abattu "par erreur" le Boeing 737 après avoir catégoriquement nié la thèse, privilégiée par plusieurs pays dont le Canada, selon laquelle l'avion ukrainien aurait été touché par un missile.

"L'enquête des forces armées a conclu que de manière regrettable des missiles lancés par erreur ont provoqué le crash de l'avion ukrainien", a affirmé le président Hassan Rohani, parlant d'une "grande tragédie" et d'une "erreur impardonnable".

- "Cela n'aurait jamais dû arriver" -

Le guide suprême d'Iran Ali Khamenei a été prévenu vendredi qu'une erreur humaine était à l'origine de la catastrophe et a donné l'ordre que la vérité soit révélée, selon Fars.

Dans un communiqué, les forces armées ont expliqué que l'appareil avait été pris pour une "cible hostile". 

Le général de brigade Amirali Hajizadeh, commandant de la branche aérospatiale des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, a endossé la "responsabilité totale" du drame.

"J'aurais préféré mourir plutôt que d'assister à un tel accident. La nuit de l'accident (...) l'état d'alerte était au niveau guerre", à cause des menaces américaines, a-t-il déclaré à la télévision.

Le soldat chargé de tirer a pris l'avion pour un "missile de croisière", a dit le général. Il a alors cherché à contacter ses supérieurs pour "obtenir une vérification" de la cible mais il n'a pu le faire car son système de communications a "apparemment été perturbé".

"Il avait 10 secondes" pour décider et il "a pris la mauvaise décision", a-t-il ajouté. Le missile a explosé près de l'appareil.

Selon l'état-major, "le coupable" doit être traduit "immédiatement" en justice.

Dans ce contexte explosif, l'Agence européenne de la sécurité aérienne a recommandé aux compagnies européennes d'éviter de survoler l'Iran "jusqu'à nouvel ordre". Une nouvelle évaluation sera faite au début de la semaine prochaine.

De nombreuses compagnies aériennes, dont Air France et Lufthansa, avaient déjà annoncé la suspension de leur survol des espaces aériens iranien et irakien voisin.

"Cela n'aurait jamais dû arriver, même dans une période de tension accrue", a dit le Premier ministre canadien à propos du drame.

- Etudiants en colère à Téhéran -

M. Trudeau a affirmé avoir dit, lors d'une conversation téléphonique avec M. Rohani, que "les aveux de l'Iran étaient un pas important en vue d'apporter des réponses aux familles", mais qu'il fallait "faire toute la lumière sur les raisons" de la tragédie.

Et Kiev a indiqué que M. Rohani avait promis de punir les coupables.

A Téhéran, des centaines d'étudiants se sont rassemblés en soirée à l'Université Amir Kabir de Téhéran, pour rendre hommage aux victimes du crash, selon des journalistes de l'AFP sur place. 

Le rassemblement s'est transformé en manifestation de colère et la foule a lancé des slogans dénonçant "les menteurs" et réclamant des poursuites contre les responsables du drame et ceux qui, selon elle, ont tenté de le couvrir.

Les étudiants ont déchiré une affiche en l'honneur de Qassem Soleimani, selon Fars.

Il s'agit de la pire catastrophe connue par l'aviation civile en Iran depuis le drame de l'Airbus d'Iran Air (290 morts) que l'armée américaine avait assuré avoir abattu par erreur en 1988.

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