Dans un quartier misérable de Roms, le pape prône "l'intégration" face au "ghetto"

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Le pape François le 14 septembre 2021 dans un quartier délabré de la communauté Rom à Kosice, dans l'est de la Slovaquie
Le pape François le 14 septembre 2021 dans un quartier délabré de la communauté Rom à Kosice, dans l'est de la Slovaquie
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© AFP, Handout, VATICAN MEDIA

publié le mardi 14 septembre 2021 à 19h14

Le pape François a prôné "l'intégration", lors d'un déplacement mardi dans un quartier délabré de la communauté Rom à Kosice, dans l'est de la Slovaquie, jugeant que "mettre les personnes dans un ghetto ne résout rien". 

Peu avant cette visite hors norme du souverain pontife, la route d'accès a été asphaltée à Lunik IX, quartier totalement excentré de la ville, en proie à de profonds problèmes sociaux. 

"Mettre les personnes dans un ghetto ne résout rien. Quand on alimente la fermeture, tôt ou tard la colère s'enflamme. La voie vers une coexistence pacifique c'est l'intégration", a lancé le pape argentin, après avoir attentivement écouté les témoignages de membres de la communauté.

Misère et surpopulation sont des maux chroniques à Lunik IX, où 4.500 habitants vivent massés dans un espace prévu pour moitié moins. De nombreuses barres d'immeubles insalubres n'ont ni électricité, ni chauffage, ni gaz, ni eau courante, coupés en raison de factures impayées. 

Sur les façades misérables à la peinture délavée et écaillée, des traces noires de feux attestent de moyens de chauffage de fortune. Seule touche d'optimisme, des fleurs géantes fraichement peintes sur un mur blanc.

"Chers frères et soeurs, trop souvent, vous avez été objet de préjugés et de jugements impitoyables, de stéréotypes discriminatoires, de paroles et de gestes diffamatoires", a déploré le pape François.

Il a conseillé à cette communauté isolée de faire "des choix courageux" pour leurs enfants, notamment en matière d'éducation "pour qu'ils grandissent bien enracinés dans leurs origines, mais en même temps sans exclure aucune possibilité".

Il l'a aussi encouragée à "dépasser les peurs" à travers "un travail honnête dans la dignité pour gagner son pain quotidien".

"Il nous a fait sentir que nous sommes égaux avec tous les autres peuples du monde", a confié à l'AFP Igor Sivak, 32 ans, habitant du quartier. "Sa présence va certainement changer les choses", veut-il croire, qualifiant la venue du pape de "un coup de tonnerre".

Emil Balogh, un chômeur de 51 ans, a écouté le pape avec "admiration".  

"Le pape François comprend que nous avons subi des discriminations, que des préjugés sont présents dans la société contre les Roms", a-t-il réagi. 

Pour Rado Chalupka, qui vient enseigner les mathématiques à Lunik IX, le message papal visait la population slovaque majoritaire qui "devrait mieux faire pour accepter les Roms et vivre ensemble en paix".

Une grande part des habitants a semblé être tenue quelque peu à distance, derrière des barrières de sécurité ou accoudés aux fenêtres des immeubles, sous haute surveillance policière jusque sur les toits. Et si aucun bain de foule n'était au programme, le pape a toutefois pu profiter des chansons roms et des applaudissements à tout rompre lors de son passage.

La partie orientale de la Slovaquie, pays de l'UE de 5,4 millions d'habitants, se classe parmi les lieux les plus démunies d'Europe, avec un PIB par habitant très bas, aux côtés de certaines zones de Bulgarie et de Roumanie. 

La communauté rom de Slovaquie compte 400.000 personnes, dont près de 20% vivent dans le plus grand dénuement dans plus de 600 bidonvilles, principalement dans le sud et dans l'est.

- "A contre-courant" -

Nikola et René Harakaly, 28 et 29 ans, un couple qui a deux enfants et qui a grandi à Lunik IX, ont fait leurs études grâce à l'aide des frères salésiens. Depuis, ils ont tous deux trouvé un travail et acheté un appartement ailleurs. 

"Nos parents nous ont encouragés à aller à contre-courant", ont-ils confié directement au pape, en laissant planer un air d'espoir.

"Aujourd'hui, grâce à tout cela nous offrons à nos enfants une vie plus heureuse, plus digne et plus en paix", ont-ils raconté.

Le père Peter Besenyei, dirigeant de la communauté salésienne locale de Lunik IX et responsable de la pastorale des Roms dans l'archidiocèse de Kosice, a salué "ceux qui donnent un travail adéquat et un salaire régulier aux Roms, les aidant ainsi à avoir une vie digne". Quelques mariages mixtes contribuent "à faire tomber les préjugés", a-t-il aussi expliqué au pape.

Selon Iveta Duchonova, responsable du bureau du délégué gouvernemental pour les Roms, "en 2016, une enquête de l'UE sur les minorités et la discrimination a révélé que 54% des Roms en Slovaquie ont été victimes de discrimination en raison de leur appartenance ethnique".  

Le pape a terminé sa journée en compagnie de 25.000 jeunes réunis dans un stade de la ville.

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