Dans Mossoul au coeur détruit, les grands ensembles périphériques fleurissent

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Vue aérienne du quartier de Zayouna en construction dans la banlieue sud de Mossoul, le 18 janvier 2021
Vue aérienne du quartier de Zayouna en construction dans la banlieue sud de Mossoul, le 18 janvier 2021
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© AFP, Zaid AL-OBEIDI

, publié le jeudi 28 janvier 2021 à 12h46

De temps en temps, Saad Gergis revient sur les ruines de sa maison dans la Vieille ville de Mossoul. Des décombres, cet Irakien a sorti tout ce qu'il pouvait revendre pour refaire sa vie... à quelques kilomètres dans les nouveaux quartiers en plein boom.

A l'été 2017, alors que les autorités célébraient en grandes pompes la "libération" de l'ex-"capitale" du groupe Etat islamique (EI) dans le nord de l'Irak, les résidents de la Vieille ville découvraient leurs quartiers éventrés et leurs maisons à terre.

Incapables de reconstruire dans une zone toujours minée et sans un sou après la perte de leur toit, ils ont dû patiemment réunir un pécule pour repartir de zéro ailleurs.

Saad Gergis, 62 ans, son épouse et leurs quatre enfants ont loué un appartement dans la périphérie Est de Mossoul en attendant de finir de construire leur nouvelle maison sur un terrain qu'ils ont acheté.

Il ne veut plus revenir vivre dans le Vieux Mossoul car cela lui rappelle "les tueries, les explosions, les exécutions" de l'EI.

- Odeurs pestilentielles -

L'Irak traverse sa pire crise financière, à cause de la chute des cours du pétrole et la pandémie de coronavirus. Le dinar irakien a été dévalué de 25%.

"Depuis des mois, j'essaye de vendre ma maison de la Vieille ville comme terrain à bâtir car elle est entièrement endommagée, mais personne n'en veut car tout autour, d'autres maisons dégagent des odeurs pestilentielles", celles de corps en décomposition toujours sous les gravats ou d'égouts éventrés, explique-t-il à l'AFP.

Et s'il parvient à vendre sa propriété, "elle ne vaut même plus le quart de son prix aujourd'hui, comme tout dans la Vieille ville", déplore Saad Gergis, qui avait acheté sa maison "bien avant la guerre pour 60 millions de dinars", environ 40.000 euros.

Maher al-Naqib, agent immobilier, assure voir de plus en plus d'habitants du Vieux Mossoul acheter dans les grands ensembles qui se construisent en périphérie, historiquement moins chers mais aujourd'hui mieux dotés en infrastructures.

"Dans la Vieille ville, les prix ont chuté parce que l'Etat n'a pas dédommagé, ni rétabli les services publics ou rouvert les administrations", détaille-t-il à l'AFP. 

Selon les autorités locales, 90.000 dossiers, -- 50.000 pour des propriétés et 40.000 pour des pertes humaines --, ont été instruits mais Bagdad, étranglé financièrement, n'a dédommagé jusqu'ici que 2.500 familles.

Alors, dans les vergers qui bordaient Mossoul -- carrefour commercial historique du Moyen-Orient de près de deux millions d'habitants -- les cultures ont été remplacées par de nouveaux quartiers.

Quartiers Zayyouna, Fellah-2, Jamiyate... les nouveaux noms fleurissent et avec eux rues asphaltées, lignes de courant, conduites d'eau et... agences immobilières!

- Deux fois plus de surface -

Younès Hassoun, 56 ans, engrange chaque jour de nouveaux appartements dans la sienne. "Les grands ensembles sont plus faciles à enregistrer auprès des autorités que les terrains anciens", dit-il à l'AFP.

En plus d'être plus simple administrativement, l'achat dans les nouveaux quartiers est surtout plus intéressant financièrement.

"Le mètre carré de terrain se vend entre 100.000 et 300.000 dinars", environ 60 à 180 euros, affirme M. Hassoun. Un prix en hausse qui a fait réaliser des plus-values, ajoute-t-il.

Donc, partout, des engins de chantier vont et viennent: des écoles privées, des magasins, des cliniques voient le jour...

Oudaï Hamid, 42 ans, a acheté il y a plus d'un an un terrain où se dresse désormais sa nouvelle maison. 

"Quand j'ai acheté, tout était vide", se rappelle ce père de cinq enfants qui vend des vêtements d'occasion. "Ici, on peut acheter 200 mètres carrés pour 15 à 20 millions de dinars, alors que pour la même somme, j'aurais eu 100 mètres carrés dans le centre de Mossoul".

La municipalité rappelle régulièrement que les terres agricoles ne sont pas constructibles, mais dans un pays où 1,2 million d'habitants sont toujours déplacés, personne n'est prêt à s'embarrasser avec la légendaire bureaucratie irakienne.

Les autorités locales, elles, ont bien un plan pour construire immeubles et banlieues nouvelles, assure le maire de Mossoul, Zouheir al-Araji, à l'AFP.

Mais près de quatre ans après la libération, il est toujours "à l'étude".

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