Dans le Nord syrien, un ramadan au goût amer pour les déplacés

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Une famille de déplacés, qui a fui la Ghouta orientale près de Damas, rompt le jeûne du ramadan le 26 mai 2018 dans une maison à Maaret Masrin, dans la province d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie
Une famille de déplacés, qui a fui la Ghouta orientale près de Damas, rompt le jeûne du ramadan le 26 mai 2018 dans une maison à Maaret Masrin, dans la province d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie
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© AFP, OMAR HAJ KADOUR

AFP, publié le jeudi 31 mai 2018 à 11h07

Après avoir survécu à des années de siège implacable imposé par le régime syrien, Oum Samer peut enfin préparer un vrai repas pour rompre le jeûne du ramadan. Mais loin de sa ville natale, le mois sacré a un goût amer.

Accroupie près d'un petit réchaud dans une maison en terre dans le nord-ouest de la Syrie, cette femme de 51 ans découpe une aubergine pour confectionner l'iftar, le repas de rupture du jeûne pris au coucher du soleil. 

"Il y a beaucoup de nourriture ici mais être loin de chez soi est vraiment difficile", lâche-t-elle, en allusion à Zamalka, une ville de la Ghouta orientale, une région près de Damas où se trouvait un important fief rebelle repris en avril par le régime après plusieurs semaines d'offensive.

Oum Samer, son mari et ses cinq enfants - dont deux handicapés - sont arrivés il y a environ deux mois dans un camp situé près de Maaret Masrin, dans la province d'Idleb. Comme des dizaines de milliers de personnes, ils ont fui l'offensive meurtrière du régime contre le bastion rebelle assiégé depuis 2013 par l'armée.

Pour eux, les souvenirs de cette période demeurent vivaces: déluge de feu, malnutrition accrue, pénuries de médicaments et d'aliments abordables, inflation vertigineuse. 

- Précarité -

A l'époque, Oum Samer faisait son possible pour tenter de conjurer la faim de ses enfants avec des gorgées d'eau, des radis, des épinards ou du persil. 

Les jours fastes, la famille mangeait une infime portion de boulghour ou un morceau de pain à base d'orge.

Les soirées du ramadan ne différaient pas des autres jours de l'année. La famille mangeait des radis et des feuilles comestibles pour rompre le jeûne. 

"Parfois, nous attendions même deux jours avant de rompre le jeûne parce qu'il n'y avait rien à manger", raconte Oum Samer. 

"Nous ne pouvions même pas nous procurer des biscuits pour les enfants", se souvient-elle encore. 

À travers le monde musulman, le mois du ramadan est un temps de prière et d'empathie envers les plus pauvres, mais aussi de rassemblement familial. 

Dans la Ghouta orientale, les bombardements du régime, qui ont tué lors de l'offensive plus de 1.700 civils selon une ONG, avaient rendu cette tradition impossible, confie Oum Samer.   

"Lorsque nous préparions l'iftar, les bombardements commençaient", raconte-t-elle.  

"Cette année à Idleb, c'est très différent", affirme la mère de famille, assise dans une maison composée d'une seule pièce.  

Sous une grappe de piments rouges accrochée au mur, les sept membres de la famille sont assis en tailleur sur une natte autour d'un repas composé de riz au safran, de viande, de salade et de légumes mijotés. 

Mais ce repas copieux ne fait pas oublier la dureté de leur vie, dominée par la précarité, après des années de grandes souffrances. 

- "Notre terre" -

Pour Oum Samer, redémarrer une nouvelle vie loin chez elle et de surcroît sans revenu est difficile. "Là-bas, on se sentait bien parce que c'était notre ville, notre maison, notre terre", dit-elle. 

Ici, "il n'y a pas de travail", déplore-t-elle. 

La famille compte sur les aides, notamment d'associations caritatives qui distribuent chaque jour pendant le ramadan des dizaines de repas aux déplacés.

Arrivée à Maaret Masrin il y a un peu plus d'un mois avec ses quatre enfants et son mari, Oum Mohamad dit enfin pouvoir manger à sa faim grâce à ces aides. 

Dans la Ghouta orientale, "nous avons passé onze jours sans que je mette une seule fois une casserole sur le feu", raconte cette quinquagénaire, dont la famille a également survécu aux bombardements du régime. "Avant la guerre, personne ne faisait de plat à base de radis", dit-elle. 

"Mais nous étions assiégés et tout ce que nous avions sous la main faisait l'affaire". 

Aujourd'hui, elle se réjouit de pouvoir s'offrir un iftar comme il se doit, mais celui-ci est célébré en l'absence de ses deux fils, tués dans les combats.

"Mes fils me manquent", lâche la femme au regard triste, la gorge nouée.

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