Dans la Hongrie d'Orban, le pape prône "l'ouverture" aux autres

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Le pape François rencontre le Premier ministre Viktor Orban (g) et le président Janos Ader (c), le 12 septembre 2021 à Budapest, en Hongrie
Le pape François rencontre le Premier ministre Viktor Orban (g) et le président Janos Ader (c), le 12 septembre 2021 à Budapest, en Hongrie
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© AFP, Handout, VATICAN MEDIA

publié le dimanche 12 septembre 2021 à 18h51

Le pape François a lancé dimanche, en clôture d'une visite éclair à Budapest, un appel à s'ouvrir aux autres, après avoir rencontré le dirigeant souverainiste Viktor Orban, dont il ne partage pas la politique anti-migrants. 

"J'ai demandé au pape de ne pas laisser périr la Hongrie chrétienne", a rapporté de son côté le Premier ministre sur son compte Facebook, où il a publié une photo de sa poignée de main avec le chef des 1,3 milliard de catholiques.

M. Orban, qui se présente comme le rempart numéro un en Europe contre "l'invasion musulmane", a par ailleurs offert à François la copie d'une lettre de 1250 d'un roi hongrois envoyée au pape de l'époque, implorant l'aide de l'Occident contre les guerriers tatars menaçant la Hongrie chrétienne.

Sur les images diffusées par la chaîne télévisée officielle du Vatican, qui a évoqué une rencontre "cordiale" de quarante minutes, le souverain pontife est apparu dimanche tout sourire, M. Orban semblant légèrement plus réservé. 

Le président Janos Ader, placé face au pape dans une immense salle du musée des Beaux-Arts, et deux des plus hauts responsables de la Curie romaine étaient également présents.

Nulle mention des sujets qui fâchent dans le communiqué du Vatican, mais connu pour son franc-parler, François a-t-il abordé la question des migrants et la tolérance envers les LGBT+, véritables pierres d'achoppement avec M. Orban ?

Si la réelle teneur de leurs discussions à huis clos n'a pas été divulguée, le pape de 84 ans a plus tard semblé indirectement répondre à son hôte en clôturant la messe du Congrès eucharistique international, la vraie raison de sa visite.

- "Enracinés et respectueux" -

"Le sentiment religieux est la sève de cette nation si attachée à ses racines", a-t-il remarqué devant une immense foule.

"Mais la croix, plantée en terre, en plus de nous inviter à bien nous enraciner, élève et étend ses bras vers tous (...) Mon souhait est que vous soyez ainsi: ancrés et ouverts, enracinés et respectueux", a-t-il intimé.

Devant les évêques, il a lancé un message similaire. Face à la "diversité", il a appelé à "s'ouvrir à la rencontre aux autres" plutôt qu'à "s'enfermer dans une défense rigide de notre soi-disant identité".

Jorge Bergoglio, lui-même issu d'une famille d'émigrés italiens venus en Argentine, n'a de cesse de rappeler à la vieille Europe son passé bâti par des vagues de nouveaux arrivants. 

Et sans jamais épingler des dirigeants politiques nommément, il fustige régulièrement "le souverainisme", déclinant selon lui des discours ressemblant à ceux d'Hitler.

Cet engagement, qui suscite parfois l'incompréhension dans les rangs mêmes des catholiques, lui a valu d'être traité "d'imbécile" par les médias pro-Orban. 

Et certains n'ont pas manqué de relever le passage éclair de sept heures du pape, reparti vers la Slovaquie voisine pour une véritable visite d'État jusqu'à mercredi.

- "Mèche de l'antisémitisme" -

"Je pense que le pape ne dit jamais rien sans raison. Ses paroles sont bien choisies et portent un message subtil", a réagi Zsuzsanna Pusztai, une retraitée de 75 ans, après la messe présidée par François sur la place des Héros.

Des dizaines de milliers de pèlerins ont assisté à la messe. D'autres ont suivi l'événement sur de grands écrans, pour cette première visite papale depuis la venue de Jean Paul II en 1996.

Dans la capitale hongroise, le pape a aussi rencontré des représentants de diverses confessions chrétiennes et de la communauté juive, la plus importante d'Europe centrale avec environ 100.000 membres.

A cette occasion, il a évoqué "la menace de l'antisémitisme qui circule encore en Europe et ailleurs", estimant qu'il s'agissait d'"une mèche qui doit être éteinte". 

"Le meilleur moyen de la désamorcer, c'est de travailler ensemble de manière positive", a ajouté le pape, grand défenseur du dialogue interreligieux.

Le 34e voyage international du pape François intervient environ deux mois après une opération au côlon. Il s'est excusé de rester assis pendant son entrevue avec les communautés religieuses. Mais "je n'ai plus 15 ans", a-t-il plaisanté.

Arrivé dans la capitale de Slovaquie, Bratislava, le pape a malgré tout enchaîné avec deux autres rencontres en fin de journée, se montrant au passage particulièrement élogieux sur le peuple slovaque et son "caractère doux et accueillant".

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