Dans l'est syrien, l'assaut décisif d'une coalition kurdo-arabe contre l'EI

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Des membres des Forces démocratiques syriennes, une coalition arabo-kurde engagée dans la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) près d'Al-Soussa, dans l'est syrien, le 13 septembre 2018
Des membres des Forces démocratiques syriennes, une coalition arabo-kurde engagée dans la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) près d'Al-Soussa, dans l'est syrien, le 13 septembre 2018
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© AFP, Delil souleiman

AFP, publié le vendredi 14 septembre 2018 à 21h53

Dans le désert de l'Est syrien, des combattants kurdes et arabes chantent pour se donner du courage. Avec le soutien de la coalition internationale antijihadistes emmenée par les Etats-Unis, ils sont repartis au combat contre le groupe Etat islamique (EI).

Près de la localité d'Al-Soussa, l'alliance kurdo-arabe des Forces démocratiques syriennes (FDS) a stationné des blindés et des véhicules militaires chargés d'obus et de roquettes.

A proximité, des soldats membres de la coalition internationale leur venant en appui chargent des obus dans un mortier et s'accroupissent quand part la frappe visant l'ultime réduit de l'EI, non loin de la frontière irakienne. Un épais champignon de fumée grise s'élève à l'horizon.

Hajine, Soussa et Al-Chaafa: c'est dans ces trois localités de la province de Deir Ezzor, sur la rive orientale du fleuve Euphrate, que sont désormais retranchés les jihadistes, mis en déroute après avoir régné en maîtres sur de vastes régions en Syrie et en Irak.

"L'EI a consolidé ses positions, on essaie de briser ses défenses et de mettre fin à sa présence à l'est de l'Euphrate", explique à l'AFP un commandant des FDS Ibrahim al-Dayri, barbe impeccablement taillée.

Lundi, ses hommes soutenus par la coalition internationale ont lancé la "phase III de l'opération Roundup", présentée comme l'ultime étape de l'offensive visant à mettre un terme à la présence de l'EI dans l'est de la Syrie.

Quelque 3.000 jihadistes, en grande partie étrangers, tenteraient de résister dans cette enclave de Hajine. Il y aurait parmi eux des dirigeants de "premier rang", principalement des Irakiens, selon les FDS.

Le sort du grand chef de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi, reste inconnu. Donné mort à plusieurs reprises, il serait pourtant encore vivant et se trouverait en territoire syrien, près de la frontière avec l'Irak, selon des responsables irakiens.

- "Jusqu'à la mort" -

"C'est une bataille décisive, pour nous mais aussi pour l'EI", assure le commandant Dayri, arborant bien vue sur l'épaule le blason jaune des FDS.

"Les éléments de l'EI se battent jusqu'à la mort", ajoute-t-il.

Autour de lui l'atmosphère reste pourtant détendue. Ses hommes vont et viennent fusil pendu à l'épaule, parfois vêtus d'un gilet pare-balles bourré de recharges de munitions. Certains sont installés sous une tente de fortune pour se protéger du soleil.

Depuis lundi, les combats ont toutefois tué 53 jihadistes et 37 membres des FDS, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Vendredi, durant une tempête de sable, 20 combattants des FDS ont été tués dans une embuscade de l'EI, selon l'OSDH, qui précise: "ils ont été encerclés, les éléments de l'EI ont utilisé des explosifs et ont ouvert le feu".

Après une montée en puissance fulgurante en 2014 et la proclamation d'un "califat" sur de vastes territoires en Syrie et en Irak, l'EI a perdu toutes les grandes villes qu'il contrôlait et se retrouve acculé dans d'ultimes réduits désertiques.

En Syrie, il ne tient plus que moins de 3% du territoire, selon l'OSDH. Dans la province pétrolière de Deir Ezzor, autrefois sous sa domination, il a été la cible de deux offensives distinctes.

Sur la rive Ouest du fleuve Euphrate, le groupe a battu en retraite face aux forces du régime syrien et de l'aviation de son allié russe.

Sur la rive Est, ce sont les combattants des FDS et les avions de la coalition internationale qui mènent la lutte depuis des mois.

Toujours dans les environs d'Al-Soussa, au milieu des palmiers et de champs labourés au tracteur par des paysans, des combattants des FDS ont investi une maison autrefois cossue. Désormais abandonnée, ses vitres explosées portant la trace de combats, elle leur sert de position militaire.

- "Les éliminer" -

Sur la route menant à Al-Soussa, les villages autrefois tenus par les jihadistes mais repris par les FDS affichent encore les slogans en arabe à la gloire de l'organisation extrémiste comme "le califat va rester", a constaté un correspondant de l'AFP.

La cellule d'opération commune des FDS et de la coalition a été installée dans le désert, non loin de la frontière irakienne. Les responsables suivent l'assaut de près.

"C'est le dernier bastion des mercenaires de l'EI. Tous les dirigeants et les émirs étrangers sont rassemblés dans les localités de Soussa, Hajine et Al-Chaafa", assure le commandant kurde Zaradecht Kobané.

"Nous allons les éliminer ici", assène-t-il.

L'avancée des combattants kurdes et arabes est toutefois ralentie par les mines plantées par les jihadistes, une stratégie que l'EI a utilisé dans toutes ses grandes batailles.

"On a progressé sur plus de sept kilomètres, mais il y a tellement de mines, ça nous entrave", reconnaît Abou Fahd, qui dirige un groupe de combattants.

Un foulard bleu noué sur le crâne, Nofal Ibrahim se dit "très heureux" de participer à l'offensive. "Malgré leur résistance, nous allons vaincre le terrorisme", lâche-t-il avec ferveur.

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