Crise politique au Salvador après la destitution de juges de la Cour suprême

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Le président du Salvador Nayib Bukele lors d'une conférence de presse le 28 février 2021 à San Salvador
Le président du Salvador Nayib Bukele lors d'une conférence de presse le 28 février 2021 à San Salvador
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© AFP, STANLEY ESTRADA

publié le dimanche 02 mai 2021 à 13h04

Une tempête politique secoue le Salvador après le vote par le Parlement de la révocation des juges de la Cour suprême hostiles au président Nayib Bukele, une décision qualifiée de putsch par l'opposition et qui suscite des inquiétudes internationales.

Les alliés du président, qui ont ravi la majorité absolue depuis des élections en février, ont destitué, lors de leur investiture samedi, l'ensemble des magistrats de la chambre constitutionnelle de la Cour suprême pour avoir émis des jugements "arbitraires".

Les parlementaires ont aussi voté la destitution du procureur général du Salvador, Raul Melara, considéré comme proche d'un parti d'opposition.

"Et le peuple du Salvador, à travers ses représentants, a dit : DESTITUES !", s'est félicité M. Bukele, au pouvoir depuis 2019 dans ce pays d'Amérique centrale où il a bousculé la classe politique traditionnelle, discréditée par des affaires de corruption.

Populaire pour sa volonté de combattre le crime organisé et l'insécurité, le président de 39 ans s'était opposé plusieurs fois à la Cour suprême et au parquet général.

Les juges évincés, dont les remplaçants ont été aussitôt désignés par les parlementaires de la majorité, ont refusé de quitter leur poste, invoquant "l'inconstitutionnalité du décret de destitution".

Minoritaires au Parlement, le parti de droite Arena et l'ex-guérilla d'extrême gauche du Front Farabundo Martí pour la libération nationale (FMLN) ont dénoncé de concert une tentative de putsch.

"Ce qui s'est passé cette nuit à l'Assemblée législative avec une majorité que le peuple s'est donné à travers le vote est un coup d'Etat", a réagi René Portillo, élu d'Arena au Parlement. "En tant que groupe parlementaire, nous ne serons pas complices de ce coup d'Etat", a renchéri Anabel Belloso, une de ses collègues du FMLN.

- Avertissement américain -

Les Etats-Unis ont critiqué cette mesure et prévenu qu'elle pourrait porter atteinte aux relations du Salvador avec les Etats-Unis.

"L'existence d'une relation forte entre les Etats-Unis et le Salvador dépendra de la volonté du gouvernement du Salvador de défendre la séparation des pouvoirs et de soutenir les normes démocratiques", a affirmé sur Twitter Julie Chung, une responsable du département d'Etat.

"Ce n'est pas comme ça qu'on fait les choses", a pour sa part affirmé sur Twitter Juan Gonzales, le conseiller du président Joe Biden pour l'Amérique Latine.

"Je condamne les mesures prises par le pouvoir politique pour démanteler et affaiblir l'indépendance judiciaire des magistrats en révoquant des membres de la Chambre constitutionnelle", a tweeté pour sa part Diego Garcia-Sayan, rapporteur spécial de l'ONU sur l'indépendance des juges et des avocats.

Plusieurs ONG ont également tiré la sonnette d'alarme.

"C'est une situation qui comporte un risque profond. On est en train de jouer avec le feu et cela peut donner à cette crise une telle magnitude qu'on ne pourra pas en sortir", a confié Miguel Montengro, coordinateur de la Commission des droits humains.

Selon le directeur exécutif de Human Rights Watch, José Miguel Vivanco, "Bukele rompt avec l'Etat de droit et tente de concentrer tout le pouvoir dans ses mains".

Elu en 2019 pour un mandat de cinq ans, M. Bukele contrôle avec ses alliés depuis les élections parlementaires de février 61 des 84 sièges du Congrès unicaméral, une situation inédite depuis les accords de paix de 1992 qui ont mis fin à douze années de guerre civile.

Les penchants autoritaires du président Bukele - il était allé jusqu'à faire irruption voici un an au Parlement en compagnie de policiers et militaires armés jusqu'aux dents pour faire pression sur les députés - lui valent des critiques véhémentes de ses opposants.

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