Crise des visons: la Première ministre danoise plaide la bonne foi

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La Première ministre danoise Mette Frederiksen arrive au tribunal de Frederiksberg, le 9 décembre 2021 à Copenhague
La Première ministre danoise Mette Frederiksen arrive au tribunal de Frederiksberg, le 9 décembre 2021 à Copenhague
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© AFP, Mads Claus Rasmussen, Ritzau Scanpix
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publié le jeudi 09 décembre 2021 à 14h46

Convoquée devant une commission d'enquête, la Première ministre danoise a assuré jeudi ignorer l'illégalité de sa décision de faire abattre l'an dernier l'immense cheptel danois de 15 millions de visons pour éviter des mutations du Covid-19.

Premier exportateur et deuxième producteur mondial de peaux de visons destinées au secteur du luxe, le Danemark avait précipitamment en novembre 2020 anéanti ce secteur clé de son agriculture locale, après la découverte d'une mutation problématique du coronavirus chez le vison - capable tant d'être contaminé par le Covid-19 que de contaminer l'homme.

Plus que la décision sanitaire de précaution, c'est l'absence de base légale de l'ordre d'abattage de tous les visons qui a ensuite rattrapé la Première ministre et sur laquelle la commission enquête.

Interrogée sur le fait de savoir si elle avait été informée à l'époque d'une discussion sur le manque de base légale de sa décision annoncée en urgence, Mme Frederiksen a assuré que non. 

"Je peux complètement nier", a assuré la Première ministre devant les députés.

Si elle avait été informée de ce souci juridique, elle aurait simplement expliqué que la mesure "nécessitait l'adoption en urgence d'un projet de loi. Cela aurait pris 30 secondes", a-t-elle plaidé, durant l'audition.

Pour la Première ministre, dès lors que la mesure arrivait au stade de la décision finale, il était évident que "la question de sa légalité était réglée".

Arrivée sous les huées d'une centaine de manifestants massés devant le tribunal de Frederiksberg à Copenhague, Mette Frederiksen pourrait à terme être menacée d'un procès devant une cour spéciale s'il s'avère qu'elle ne pouvait ignorer le manque de fondement juridique de sa décision controversée.

Cette illégalité avait été rapidement mise au jour, entraînant la démission du ministre de l'Agriculture.

A l'époque, la loi permettait l'abattage de cheptels uniquement dans les zones où la mutation avait été dépistée, alors que l'ordre initial couvrait tout le pays.

"A mon avis, il était crucial que nous réagissions rapidement", a également plaidé la Première ministre devant la commission.

Une nouvelle législation a finalement été adoptée, interdisant l'élevage de ces mammifères.

Dès le début de son audition, la Première ministre a fait valoir que "les décisions sont prises par les ministres selon leur portefeuille". Elle a expliqué avoir été mise au courant de la gravité potentielle de la mutation début novembre 2020.

Jusqu'à présent, "nous n'avons vu aucune preuve que la Première ministre était au courant de l'illégalité" de son acte, constate Frederik Waage, professeur de droit à l'Université du Danemark du Sud.

La cheffe du gouvernement était "personnellement très impliquée dans le traitement de l'affaire" et "il est évidemment important d'entendre sa propre version des événements", a-t-il souligné à l'AFP. 

- Des SMS disparus -

A l'automne, l'affaire a pris un nouveau tournant quand la presse a révélé la disparition des SMS de la cheffe du gouvernement, ceux-ci ayant été automatiquement effacés après 30 jours, selon son cabinet - pour raisons de sécurité.

Une affirmation accueillie avec scepticisme par la classe politique: seulement deux des 51 ministres et ex-ministres interrogés par la télévision publique DR ont indiqué avoir mis en place un tel procédé, qui a depuis été supprimé.

Sollicités par la commission, les techniciens de la police puis le renseignement militaire n'ont pas réussi à récupérer les SMS. 

Pour le commentateur politique Hans Engell, les réponses parfois un brin agacées de Mme Frederiksen sont désormais un sujet en soi.

"Il est clair que le gouvernement et Mette Frederiksen sont très irrités", a-t-il souligné dans le quotidien Berlingske.

La commission d'enquête épluche depuis avril tous les documents afférents à la décision prise par la cheffe du gouvernement.

Elle interroge également les témoins, décortiquant sur la place publique les mécanismes de décision avant de rendre ses conclusions en avril 2022.

Contrairement aux variants Delta ou Omicron, la mutation liée aux visons a disparu. Après des mesures de confinement drastiques dans la région du Jutland du Nord, dans le nord-ouest du pays, elle a été déclarée éteinte quelques semaines plus tard.

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