Covid en Inde: des bénévoles de toutes confessions aux côtés des familles endeuillées aux funérailles

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Un homme de religion sikhe prie avant la crémation d'une victime du Covid-19, à New Delhi, le 12 mai 2021
Un homme de religion sikhe prie avant la crémation d'une victime du Covid-19, à New Delhi, le 12 mai 2021
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© AFP, Arun SANKAR

publié le lundi 17 mai 2021 à 10h36

Emergeant d'entre les fumées en tenue de protection bleue, dans un crématorium de New Delhi, Suneet Sharma, bénévole sikh, soutient chaque jour des familles de victimes du Covid-19 défuntes à l'heure des derniers adieux: "Pour l'humanité. C'est tout".  

Cet homme de 48 ans fait partie d'un contingent de volontaires d'une association sikh de la capitale indienne. Ces deux derniers mois, il en a fleuri de partout et de toutes confessions à travers le pays en vue de venir en aide aux familles éperdues de douleur et de peur, une fois que leurs proches ont succombé à la maladie.

Dans les crématoriums et les cimetières de New Delhi, depuis des semaines, l'afflux de dépouilles est incessant et, à l'instar de Suneet Sharma, les bénévoles de toutes confessions passent leurs journées auprès des êtres endeuillés, vacillant d'émotion et d'épuisement, et les soutiennent au moment d'accomplir les rites mortuaires. 

"Nous le faisons pour (...) l'humanité. C'est tout. Parfois, c'est très, très douloureux", confie Suneet Sharma à l'AFP, entre les fumées, tandis que derrière lui crépitent les flammes des bûchers où des familles, vêtues elles aussi de tenues de protection contre le virus, se recueillent en silence. 

Suneet Sharma n'a pas vu sa famille depuis deux mois, craignant d'être contaminé par le virus et de le transmettre, alors il préfère dormir dans sa voiture. 

"Nous incinérons une cinquantaine de corps chaque jour mais nous ne pleurons jamais. Sauf, aujourd'hui, c'était une petite fille. Aujourd'hui, nous avons pleuré", ajoute-t-il, la voix étreinte.

- Sens de la mission religieuse -

Syed Ibrahim, lui, appartient à une organisation caritative musulmane de Chennai (l'ancienne Madras) dans le sud-est du pays, et est porté par le sens de la mission religieuse.

"Bien sûr, j'ai peur. C'est une maladie extrêmement contagieuse", dit-il à l'AFP, mais "dans notre religion, on dit que Dieu nous destine à certaines choses (...) alors bravement, nous nous occupons des enterrements et sommes à disposition pour tout ce dont les gens peuvent avoir besoin". 

Les "Mercy Angels", un groupe de bénévoles chrétiens, hindous et musulmans de Bangalore dans l'Etat du Karnataka (sud), aident à transférer les corps dans les cimetières et crématoriums, en raison du prix astronomique que représente la prise en charge ambulancière pour un nombre infini de familles aux pauvres ressources.

Ils préparent également les tombes et participent aux derniers adieux adaptés aux rites religieux du défunts. "Nous sommes là (...) pour tout le monde, qu'ils soient (hindous), musulmans ou chrétiens", explique à l'AFP, un "Mercy Angel" musulman, Mohammed Sadiq, chauffeur.

- Des gisants à l'abandon -

Toutefois, certaines familles préfèrent éviter le contact avec la dépouille de leur proche et de s'occuper des funérailles par crainte de contracter le virus qui a emporté plus de 270.000 vies en Inde depuis le début de la pandémie, même si ce chiffre est, selon certains experts, sans doute fortement sous-évalué.

Cela fait un an maintenant que Mahdi Raza, musulman de 30 ans, à Lucknow, dans l'Etat de l'Uttar Pradesh (nord), aide aux funérailles des victimes du Covid-19. Mais ces derniers mois, il a eu la surprise de voir son aide également sollicitée par des communautés non musulmanes. 

"Le défunt (...) gisait depuis déjà huit heures dans une maison tandis que les membres de la famille et les voisins refusaient de l'incinérer. Quelqu'un nous a finalement contacté et nous avons levé le corps que nous avons emporté au crématorium", raconte ce patron de café à l'AFP. 

A Delhi, Suneet Sharma a bon espoir de voir bientôt la crise s'apaiser, car il note une baisse du nombre d'enterrements quotidiens depuis le pic de 120 morts fin avril, passé ensuite de 80 à 50. "Il n'y a eu que 25 morts jusqu'à présent aujourd'hui", remarque-t-il, "et c'est un soulagement".

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