Covid-19 : vaccin, traitement, où en sont les recherches ?

Covid-19 : vaccin, traitement, où en sont les recherches ? ©MARIO TAMA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

, publié le dimanche 18 octobre 2020 à 07h00

Deux laboratoires pharmaceutiques américains ont suspendu leurs essais cette semaine - l'un sur un vaccin, l'autre sur un traitement -, tandis qu'en France, l'Inserm va mener des tests sur 25.000 volontaires. Mais les cas de réinfection posent la question de l'efficacité d'un vaccin. 

Selon l'OMS, 176 candidats vaccins étaient en cours de développement dans le monde début septembre, dont 34 sont au stade des essais cliniques, ce qui signifie qu'ils ont commencé à être testés sur des humains. 

Dix vaccins expérimentaux sont en dernière phase d'essais cliniques dans le monde, dont deux sont actifs aujourd'hui aux Etats-Unis : Moderna et Pfizer.

Le gouvernement américain table sur la disponibilité de ces deux là d'ici la fin de l'année.



Cette semaine, les laboratoires pharmaceutiques américains Johnson and Johnson et Eli Lilly ont suspendu des essais cliniques, respectivement d'un vaccin et d'un traitement expérimental contre le Covid-19, le temps d'évaluer d'éventuels effets secondaires chez des participants. 

Retards dans la bataille contre le virus

On ignore la nature exacte des alertes sanitaires qui ont déclenché les pauses dans les essais, ni combien de temps il faudra aux sociétés pour enquêter et décider, ou non, de reprendre les essais, qui sont parmi les plus attendus et surveillés au monde. 

Mais même s'il s'agit d'une fausse alerte, ces pauses causent des retards malvenus dans la bataille contre le coronavirus. Un projet de vaccin parmi les plus prometteurs, celui d'AstraZeneca et Oxford, était bien avancé lorsqu'une maladie inexpliquée chez un participant est apparue début septembre. L'essai s'est arrêté quelques jours au Royaume-Uni et dans d'autres pays, mais il reste suspendu aux Etats-Unis, sans qu'on sache pourquoi.

Johnson and Johnson a annoncé lundi la pause de son grand essai vaccinal, commencé fin septembre, après l'apparition d'une maladie inopinée chez un participant le dimanche. 

Pause "temporaire" 

Conséquence, plus aucun participant à l'essai ne reçoit le vaccin ou le placebo jusqu'à nouvel ordre. Un comité d'experts indépendants étudie les données pour voir si la "maladie inexpliquée" peut ou non être liée au vaccin. 

La direction du groupe insiste sur le caractère "temporaire" de cette pause et indique qu'il faudra "quelques jours" avant d'avoir davantage d'informations sur ce qui a causé la maladie du participant, dont on ignore même s'il avait reçu le vaccin ou un placebo. 

Dans ce type d'essais, la survenue d'une maladie inattendue "peut avoir quelque chose à voir ou pas du tout avec le médicament ou le vaccin étudié", selon le directeur de la recherche, Mathai Mammen. Johnson and Johnson prévoyait de recruter 60.000 volontaires dans huit pays dont les Etats-Unis.

De bons résultats pour le traitement de Trump

Mardi, c'était au tour d'Eli Lilly d'annoncer la suspension d'un essai de son traitement expérimental aux anticorps contre le Covid-19 chez des malades hospitalisés, pour des raisons de sécurité non détaillées.

Le traitement est similaire à ce que Donald Trump a reçu, peu après l'apparition de ses symptômes de Covid-19, le 2 octobre. Ce sont des anticorps de synthèse injectés en intraveineuse, et qui sont fabriqués spécifiquement pour neutraliser le coronavirus responsable de la maladie, assistant le système immunitaire. 

Donald Trump a reçu des anticorps fabriqués par la société américaine Regeneron, et vanté leur efficacité après sa sortie d'hôpital. Il a promis de les autoriser pour l'ensemble des malades et de les distribuer gratuitement. De fait, ces anticorps dit "monoclonaux" ont donné de bons résultats préliminaires lors des phases d'essais initiales.

En France, l'Inserm recrute des volontaires 

Les deux sociétés, Eli Lilly et Regeneron, ont demandé à l'Agence américaine du médicament (FDA) une autorisation en urgence de leurs traitements. Mais celle-ci doit vérifier leur sécurité et l'éventualité d'effets secondaires graves.

Et en France ? L'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) est en train de recruter 25.000 volontaires de tous âges pour tester de potentiels vaccins. 

Les essais cliniques de grande ampleur envisagés en France sont de deux types, rappelle l'Inserm. Les essais de phase 2 visent à étudier finement la capacité des vaccins à produire une réponse immunitaire (immunogénicité) sur des personnes âgées, dont le système immunitaire est généralement affaibli et qui sont les plus à risque de développer des formes graves de la maladie.

Tests dans les régions où le virus circule le plus 

Les essais de phase 3, qui étudient l'efficacité et la sécurité à grande échelle des candidats vaccins prometteurs, sont également prévus. Ces essais cliniques pourraient démarrer d'ici la fin de l'année, en fonction de l'évolution de l'épidémie en France et des discussions en cours avec les industriels en charge du développement des vaccins, ajoute l'institut. 

Des essais de phase 3 sont déjà en cours à l'étranger, mais aucun en France où la circulation du virus n'était pas suffisante jusqu'alors. Pour évaluer l'efficacité, "les régions choisies seront celles où le virus circule le plus", explique Odile Launay, infectiologue à l'hôpital Cochin (AP-HP) à Paris et coordinatrice du projet. 

Et les réinfections ?

Plusieurs cas de réinfection (malades ayant eu le Covid-19 plusieurs fois) ont été identifiés, quelles conséquences cela peut-il avoir pour un futur vaccin ? "Le fait que des réinfections soient possibles pourrait vouloir dire qu'un vaccin ne serait pas totalement protecteur. Mais dans la mesure où le nombre de cas est minuscule, cela ne doit pas nous dissuader d'en développer", avance prudemment le Pr Brendan Wren (London School of Hygiene and Tropical Medicine), cité par l'organisme britannique Science Media Centre (SMC). 

"Malgré toutes ces inconnues, la vaccination reste notre meilleur moyen de protection, même s'il s'avère que les vaccins ne procurent pas une immunité à vie et que des rappels sont nécessaires", souligne pour sa part l'Alliance pour les vaccins (Gavi) sur son site internet. 

Ce coronavirus "restera avec nous jusqu'à la fin de l'humanité"

"Le problème avec les anticorps contre les coronavirus, c'est qu'ils déclinent vite et qu'on peut être réinfecté", déclare à l'AFP Lia van der Hoek, spécialiste de cette famille de virus à l'Université d'Amsterdam. "Il se pourrait donc qu'on ait besoin de répéter la vaccination tout le temps", poursuit-elle, en se risquant à une prédiction : ce coronavirus "restera avec nous jusqu'à la fin de l'humanité".

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