Covid-19 : les déboires du vaccin AstraZeneca

Covid-19 : les déboires du vaccin AstraZeneca©LOIC VENANCE / AFP

, publié le dimanche 11 avril 2021 à 15h00

CHRONOLOGIE. Pourquoi est-il le mal aimé des vaccins contre le coronavirus ? Le produit de la firme anglo-suédoise, mis au point par des chercheurs de l'université britannique d'Oxford, accumule les incidents et les critiques. 

- Le 9 septembre 2020, le laboratoire annonce une "pause" dans les essais cliniques de ce vaccin élaboré à partir d'un adénovirus du chimpanzé, à la suite de l'apparition d'une maladie non expliquée chez un volontaire.

Après analyses et vérifications, les essais de phase 3, réalisés sur des dizaines de milliers de volontaires au Royaume-Uni et dans d'autres pays, reprennent rapidement. 




- En novembre, dans des résultats intermédiaires, le fabricant annonce que son vaccin est en moyenne efficace à 70%, contre plus de 90% pour Pfizer-BioNTech et Moderna. Mais son efficacité est de 90% chez les volontaires ayant reçu une demi-dose, puis une dose complète un mois plus tard. Elle n'est que de 62% chez ceux ayant reçu les deux doses réglementaires. L'injection d'une demi-dose était une erreur, ce qui suscite critiques et inquiétudes, et pousse le laboratoire à effectuer une étude supplémentaire pour vérifier les résultats.

- Le 30 décembre, ce vaccin est approuvé par l'agence britannique du médicament (MHRA). Peu coûteux, facile à stocker et à transporter, il commence à être massivement utilisé en janvier au Royaume-Uni. 

Au sein de l'Union européenne, il suscite plus de méfiance : son efficacité chez les plus de 65 ans est mise en doute et plusieurs pays suspendent temporairement les injections chez les seniors. Une étude menée en Angleterre montre toutefois une protection entre 60% et 73% contre les formes symptomatiques chez les plus de 70 ans avec une seule dose.

Sur le continent européen, les retards de livraison du vaccin suscitent de fortes critiques, alors que l'entreprise fournit au Royaume-Uni les doses promises (Londres en a commandé 100 millions). En janvier, la firme reconnaît ne pouvoir livrer au premier trimestre qu'un tiers des 120 millions de doses promises aux 27 Etats membres de l'UE.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen hausse le ton, soulignant qu'AstraZeneca a livré "moins de 10%" des doses commandées entre décembre et mars. Un mécanisme européen de contrôle des exportations de vaccins produits dans l'UE est mis en place. Le différend devient de plus en plus vif. 

- Le 25 mars, Ursula von der Leyen prévient que le géant pharmaceutique "devra d'abord rattraper son retard" et honorer son contrat avant de pouvoir exporter hors du continent. Bruxelles et Londres décident ensuite de régler leur litige par la négociation.

- Le 12 mars, l'Agence européenne des médicaments (EMA) annonce que des allergies sévères devraient être ajoutées à la liste des effets secondaires possibles du vaccin, après l'identification de réactions au Royaume-Uni. Cette annonce fait suite à "l'examen de 41 rapports d'anaphylaxie (réaction allergique aiguë, NDLR) possible observés parmi environ 5 millions de vaccinations au Royaume-Uni", explique l'agence basée à Amsterdam.




- Le 11 mars, après des suspensions ciblées de lots du vaccin dans certains pays, le Danemark interrompt l'administration du sérum à la suite de "rapports de cas graves de formation de caillots sanguins". Un certain nombre de pays, dont la France, l'Italie, l'Allemagne, l'Espagne et la Thaïlande, lui emboîtent le pas par précaution. 

- Le 18 mars, l'EMA juge ce sérum "sûr et efficace". Le lendemain, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que "les bénéfices l'emportent sur les risques".

La plupart des pays reprennent alors son utilisation, en le réservant parfois aux seniors (les plus de 55 ans en France, plus de 60 ans en Allemagne...). Quelques pays maintiennent toutefois sa suspension jusqu'à mi-avril (Danemark, Norvège).

- Le 6 avril, l'université d'Oxford annonce une pause des essais du vaccin sur les enfants. Le lendemain, les autorités scientifiques britanniques recommandent de limiter le sérum aux plus de 30 ans, après le signalement de 79 cas rares de caillots sanguins, dont 19 décès.

- De son côté, le régulateur européen confirme un lien avec des caillots rares, tout en estimant toujours que les bénéfices l'emportent sur les risques. En revanche, le même jour, l'OMS estime ce lien "plausible mais non confirmé". 

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