Covid-19 : l'OMS dénonce la ruée des pays riches vers une 3e dose de vaccin

Covid-19 : l'OMS dénonce la ruée des pays riches vers une 3e dose de vaccin
Un soignant prépare une dose de vaccin contre le Covid-19, le 30 juillet 2021 à Lille.

publié le jeudi 19 août 2021 à 13h51

Injecter une troisième dose maintenant revient à "distribuer des gilets de sauvetage supplémentaires à des personnes qui en ont déjà un, pendant que nous laissons d'autres personnes se noyer sans le moindre gilet de sauvetage", a estimé le directeur des urgences de l'OMS.

Alors que la France doit lancer en septembre une campagne de rappel pour les plus vulnérables, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a dénoncé mercredi 18 août la ruée des pays riches vers une troisième dose de vaccin contre le Covid-19, estimant notamment que les données scientifiques n'avaient pas démontré la nécessité d'un rappel à ce stade.



"Nous pensons clairement que les données actuelles n'indiquent pas que les rappels sont nécessaires", a déclaré la scientifique en chef de l'OMS, Soumya Swaminathan, en conférence de presse. Il faut "attendre que la science nous dise quand les rappels sont nécessaires, quels groupes de personnes et quels vaccins ont besoin de rappels", a-t-elle expliqué.

D'un point de vue "moral et éthique", il n'est également pas bon à ses yeux que les pays riches injectent la troisième dose "quand le reste du monde attend sa première injection", a-t-elle déclaré. Injecter une troisième dose maintenant revient à "distribuer des gilets de sauvetage supplémentaires à des personnes qui en ont déjà un, pendant que nous laissons d'autres personnes se noyer sans le moindre gilet de sauvetage", a renchéri Mike Ryan, directeur des urgences de l'OMS, pendant la conférence de presse.

Malgré cette prise de position de l'OMS, les Etats-Unis ont annoncé mercredi une campagne de rappel des vaccins anti-Covid de Pfizer et de Moderna fin septembre, les autorités sanitaires s'inquiétant de la baisse de la protection immunitaire conférée par les vaccins avec le temps. Cette campagne de rappel reste toutefois suspendue à l'autorisation d'une dose supplémentaire par l'Agence américaine des médicaments (FDA).

De son côté, Israël a déjà lancé une campagne en faveur d'une troisième dose de vaccin pour les personnes les plus âgées, malgré l'appel de l'OMS en faveur d'un moratoire sur cette pratique. La France, qui doit commencer sa campagne de rappel pour les plus âgés et les plus fragiles mi-septembre, n'avait pas réagi jeudi à l'appel de l'OMS. 

Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a appelé les dirigeants à regarder au-delà d'"objectifs nationalistes étroits". "J'ai été stupéfait par les informations selon lesquelles les vaccins de Johnson and Johnson assemblés et conditionnés en Afrique du Sud quittent le continent et vont en Europe", s'est-il insurgé, demandant à ce laboratoire américain de donner de toute urgence la priorité à l'Afrique.

Il a également fait part de son inquiétude après la récente mise en garde du groupe pharmaceutique Roche concernant l'approvisionnement en tocilizumab (commercialisé sous le nom d'Actemra ou RoActemra), un antagoniste de l'interleukine 6 (IL6) dont l'OMS a recommandé en juin l'utilisation pour traiter les formes graves du Covid.

"Si nous saluons et reconnaissons que Roche a annoncé des mesures pour remédier à la pénurie, nous demandons à l'entreprise d'assurer une répartition équitable des stocks actuels de ce médicament pour tous les pays, y compris les pays à revenu faible ou intermédiaire", a indiqué l'OMS dans un communiqué.
 

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