Covid-19 : faut-il vacciner les enfants de moins de 12 ans ?

Covid-19 : faut-il vacciner les enfants de moins de 12 ans ?
Les États-Unis comptent vacciner les 28 millions d'enfants de 5 à 11 ans dès que les autorités sanitaires (FDA et CDC) auront donné leur feu vert.
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publié le dimanche 24 octobre 2021 à 15h00

Si les autorités sanitaires américaines donnent leur feu vert début novembre, les États-Unis commenceront à vacciner les enfants de 5 à 11 ans avec le produit de Pfizer. De nombreux pays vaccinent les adolescents, mais très peu ceux de moins de 12 ans.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) ne recommande pas la vaccination des plus petits, qui n'est pas à l'ordre du jour en France

La Maison Blanche compte commencer à vacciner dès le mois prochain les 28 millions d'enfants américains âgés de 5 à 11 ans avec le remède de Pfizer contre le Covid-19, une fois l'autorisation donnée par les autorités sanitaires. "Nous serons prêts à commencer les injections dans les jours qui suivront une recommandation finale" des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), a indiqué Washington, mercredi 20 octobre. 




Un comité d'experts des CDC doit se réunir sur la question les 2 et 3 novembre, et la recommandation de l'agence devrait suivre très rapidement après cette date. Auparavant, un comité consultatif de l'Agence américaine des médicaments (FDA) étudiera les données fournies par Pfizer le 26 octobre. Si sa recommandation est positive, la FDA donnera son feu vert officiel, afin d'ouvrir la voie aux CDC. 

Chez le pédiatre ou à l'école, avec des aiguilles plus petites 

Les vaccins seront disponibles dans les cabinets de pédiatres, les hôpitaux pédiatriques mais aussi dans les écoles. L'emballage des doses a été modifié pour être plus facile à utiliser par ces petites structures, avec des paquets de 10 flacons, contenant chacun 10 doses. Le gouvernement fournira également les équipements nécessaires aux injections, y compris des aiguilles plus petites. Le gouvernement assure que les États-Unis se sont procuré assez de doses pour vacciner tous les enfants de cette tranche d'âge. 

Les laboratoires Pfizer et BioNTech ont demandé à la FDA, mais aussi à l'Agence européenne des médicaments (EMA) d'autoriser leur vaccin pour les enfants à 5 à 11 ans. Ils ont également soumis une demande au Canada. 

Bonne réponse immunitaire, selon les labos 

Pfizer s'appuie sur les données d'essais menés sur 2.000 enfants de 5 à 11 ans. Pour cette classe d'âge, le dosage a été abaissé à 10 microgrammes par injection (trois fois moins que la dose standard). Pfizer et BioNTech assurent que le vaccin est bien toléré par ces jeunes enfants et déclenche une réponse immunitaire "robuste", "comparable" à celle observée chez les 16 à 25 ans. 

La vaccination des enfants suscite des questions à travers le monde. De nombreux pays vaccinent les adolescents à partir de 12 ans, mais très peu le font en dessous de cet âge. Cuba a commencé, le 15 septembre, à injecter aux enfants de 2 à 11 ans ses vaccins nationaux Abdala et Soberana, qui ne sont pas reconnus au niveau international. 

Cambodge, Afrique du Sud, Émirats... 

Le 17 septembre, c'est le Cambodge qui a commencé à vacciner les enfants dès l'âge de 6 ans, avec le vaccin chinois Sinovac. Ce dernier a été approuvé pour les adultes dans plus de 50 pays, mais jusqu'alors, seule la Chine avait autorisé son utilisation chez les enfants de plus de 3 ans. Sinovac a en outre lancé le 10 septembre des essais cliniques de son vaccin sur 14.000 enfants âgés de six mois à 17 ans, au Chili, au Kenya, en Malaisie, aux Philippines et en Afrique du Sud.

C'est un autre vaccin chinois, celui du laboratoire Sinopharm, qu'ont utilisé les Émirats arabes unis pour vacciner les enfants et adolescents de 3 à 17 ans depuis début août. Début septembre, le Venezuela a annoncé qu'il allait vacciner les enfants et ados de 3 à 18 ans à partir d'octobre.

"La vraie question, c'est le bénéfice-risque"

De son côté, Israël avait décidé fin juillet d'ouvrir la vaccination avec Pfizer à certains enfants de 5 à 11 ans : ceux considérés comme fragiles ou à risque élevé (maladies pulmonaires chroniques graves, immunodépression sévère, troubles du développement neurologique, insuffisance cardiaque...). 

"La vraie question, c'est le bénéfice-risque", explique Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l'Institut Pasteur et membre du Conseil scientifique. Autrement dit, il s'agit de définir à quel point le bénéfice apporté par la vaccination dans cette classe d'âge est supérieur aux risques liés à de potentiels effets indésirables. 

La vaccination des jeunes enfants, utile aux États-Unis, pas forcément en Europe 

Aux États-Unis, cette balance semble pencher du côté de la vaccination, selon le professeur Fontanet : "Le risque d'hospitalisation pour un enfant infecté y est 10 fois plus élevé que pour un enfant d'Europe occidentale", en raison de facteurs aggravants répandus dans la population américaine (surpoids, obésité, diabète...). Dans les États du sud des États-Unis, où la couverture vaccinale est moins élevée, il y a "des tensions fortes dans les services hospitaliers pédiatriques", note le Pr Fontanet. 

De son côté, l'OMS martèle depuis des mois que l'urgence est de vacciner la population des pays pauvres, avant les enfants et adolescents des pays riches. "Le besoin potentiel de vacciner les jeunes enfants à l'avenir dépendra de l'évolution épidémiologique et des preuves sur la sûreté et l'efficacité des vaccins dans ce groupe d'âge", a résumé l'instance le 8 octobre, dans un rapport sur sa stratégie pour rendre les vaccins accessibles. 

Les États-Unis serviront de test à grande échelle 

Les pays d'Europe occidentale seront vraisemblablement "beaucoup plus attentistes" que les États-Unis pour abaisser encore l'âge de la vaccination, prévoit le Pr Fontanet. Tout d'abord, "les données dont on dispose confirment la relative bénignité de l'infection" chez les 5-11 ans, y compris avec le variant Delta désormais dominant. Parallèlement, la vaccination des adultes les plus âgés et fragiles progresse : cela diminue donc le risque que l'épidémie les touche après être partie des enfants, selon l'épidémiologiste. Se pose en outre la question toujours sensible de la réticence à la vaccination. Pour des enfants si jeunes, "on s'attend à ce que les parents soient plus frileux", reconnaît-il.

La vaccination de millions d'enfants aux États-Unis aura donc valeur de test pour les autres pays : elle permettra de repérer d'éventuels effets indésirables qui pourraient être passés inaperçus durant les essais de Pfizer. "On a tout intérêt à ne pas se précipiter et à regarder les données qui sortiront de la vaccination à large échelle aux États-Unis", juge Arnaud Fontanet. "Sur la base de ces données, on pourra connaître la balance bénéfice-risque pour les enfants".

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