Covid-19 : comment expliquer la perte d'odorat ?

Covid-19 : comment expliquer la perte d'odorat ?
(Photo d'illustration)

publié le dimanche 16 mai 2021 à 07h00

Dans une étude publiée la semaine dernière dans la revue Science Translational Medicine, des chercheurs français expliquent les mécanismes de la perte de l'odorat lié au Covid à court et à long terme et estiment qu'une anosmie durable est "attribuable" à la présence durable du Covid-19.

La perte d'odorat, ou anosmie, est l'un des symptômes les plus fréquents du Covid-19. Un phénomène longtemps inexpliqué, sur lequel se sont penchés plusieurs chercheurs français de l'Institut Pasteur.

Leurs travaux sur onze patients et sur des hamsters syriens dorés, parus la semaine dernière dans la revue Science Translational Medicine, explique les mécanismes de la perte de l'odorat lié au Covid à court et à long terme.



Guilherme Dias de Melo et ses collègues ont analysé le neuroépithélium olfactif - une muqueuse spécialisée et sensible aux odeurs à l'intérieur de la cavité nasale - chez sept patients atteints de Covid-19, ne nécessitant pas d'hospitalisation et qui ont signalé une perte d'odorat. Ils ont découvert que le coronavirus infectait et se répliquait dans les neurones olfactifs, les cellules immunitaires et d'autres types de cellules de la muqueuse olfactive, entraînant une inflammation et la mort de cellules.

Dans le détail, l'infection virale entraîne d'abord "la disparition des cils portés par les neurones sensoriels", ces cils qui "permettent la réception des molécules odorantes." Le virus se retrouve ensuite "dans les neurones sensoriels". De quoi provoquer "la désorganisation de l'organe sensoriel", qui se retrouve "déstructuré par l'infection au coronavirus". Puis, le Covid-19 pénètre "dans le premier relai cérébral du système olfactif", ce qui entraîne "la présence d'une neuro-inflammation et d'ARN viral dans plusieurs régions du cerveau".

L'infection des neurones olfactifs de la muqueuse olfactive nasale "pourrait constituer une porte d'entrée dans le cerveau et expliquer pourquoi certains patients développent diverses manifestations cliniques, d'ordre psychologique (troubles de l'anxiété, dépression) ou neurologiques (déclin cognitif, susceptibilité à développer une maladie neurodégénérative), qui doivent faire l'objet de nouvelles études", relève l'Institut Pasteur. 

La persistance de la perte d'odorat liée à la persistance du virus ?

L'étude montre par ailleurs que les tests classiques RT-PCR pratiqués à partir d'un prélèvement nasopharyngé à l'aide d'un long écouvillon peuvent se révéler négatifs alors même que le virus persiste au fond des cavités nasales, dans la muqueuse olfactive. Cette découverte montre qu'un diagnostic du coronavirus par brossage nasal peut être envisagé pour compléter le prélèvement nasopharyngé chez les patients ayant une perte d'odorat. 

Dans certains cas, l'anosmie peut durer plusieurs mois. "Cette persistance des signes cliniques est attribuable à la persistance du virus et de l'inflammation dans la muqueuse olfactive", commente Marc Lecuit (Pasteur, Inserm, AP-HP), co-auteur de l'étude.

Les chercheurs ne savent pas formellement si les patients sont contagieux. "S'ils le sont, c'est sans doute au pire très faiblement. Des études sont en cours pour le déterminer", a indiqué à l'AFP Hervé Bourhy (Pasteur), également co-signataire de l'étude. 
 

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