Covid-19 chez les visons : au moins six pays concernés, les scientifiques prudents

Covid-19 chez les visons : au moins six pays concernés, les scientifiques prudents
Des visons dans un élevage danois, le 6 novembre 2020.

, publié le samedi 07 novembre 2020 à 14h10

La mutation d'un virus est banale et souvent anodine, souligne la communauté scientifique, qui reconnaît que l'abattage est une saine précaution.

L'annonce a fait l'effet du bombe : les visons peuvent transmettre leur mutation du Covid-19 à l'homme. Le Danemark, à l'origine de ces révélations, mais aussi 4 autres pays européens et les États-Unis ont signalé des faits similaires. Mais il n'existe pas de preuve à ce stade que ce saut entre espèces aggrave l'épidémie, selon les scientifiques, prudents mais vigilants.

"A ce jour, six pays, à savoir le Danemark, les Pays-Bas, l'Espagne, la Suède, l'Italie et les Etats-Unis ont rapporté des cas de SRAS-CoV-2 chez des élevages de visons auprès de l'Organisation mondiale de la santé animale", a indiqué l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un communiqué publié samedi 7 novembre.

Cette annonce intervient après que la Première ministre danoise Mette Frederiksen a annoncé mercredi l'abattage de la totalité des plus de 15 millions de visons du pays, affirmant qu'une version mutante du SARS-Cov-2, qui pourrait menacer l'efficacité d'un futur vaccin, avait été transmise par ces animaux à douze personnes.

Les douze cas ont été identifiés à la pointe Nord du Jutland, dans l'ouest du Danemark, et remontent au mois de septembre. "Les cas étaient âgés de 7 à 79 ans, huit d'entre eux avaient un lien avec l'industrie de l'élevage de visons et quatre étaient de la communauté locale", a indiqué l'OMS.


La mutation d'un virus est banale et souvent anodine, selon la communauté scientifique. Mais dans le cas de cette souche, appelée "Cluster 5", elle implique, d'après les premières études, une moindre efficacité des anticorps humains, ce qui menace la mise au point d'un vaccin contre le Covid-19.

"Les premières observations suggèrent que la présentation clinique, la gravité et la transmission des personnes infectées sont similaires à celles des autres virus du SRAS-CoV-2 en circulation", relève l'OMS. "Toutefois, cette variante, appelée variante 'cluster 5', présente une combinaison de mutations ou de changements qui n'avaient pas été observés auparavant", ajoute l'agence spécialisée onusienne, en soulignant que "les implications des changements identifiés dans cette variante ne sont pas encore bien comprises". Les résultats préliminaires, note l'OMS, indiquent que cette variante particulière associée au vison, identifiée à la fois chez les visons et dans les 12 cas humains, présente une "sensibilité modérément réduite aux anticorps neutralisants".

"Je souhaiterais vraiment que cette tendance à faire de la science par communiqués de presse cesse. Il n'y a aucune raison que les données génomiques ne puissent pas être partagées pour permettre à la communauté scientifique d'évaluer ces affirmations", a dénoncé sur Twitter Angela Rasmussen, virologue à l'université de Columbia (New York). Les virus à ARN, comme le coronavirus apparu en Chine fin 2019, mutent tout le temps, sans nécessairement de conséquences significatives. Aucune étude scientifique ne démontre d'ailleurs à ce stade qu'une des nombreuses mutations du SARS-Cov-2 ait pu modifier sa contagiosité ou sa dangerosité.

"D'après les informations des autorités danoises, ce virus n'est pas plus pathogène ni plus virulent", indique Gilles Salvat, expert de l'agence sanitaire française Anses. Mais la crainte est qu'il "émerge comme second virus dominant dans la population (...). Faire un vaccin pour une souche est déjà compliqué, si on doit en faire contre deux, quatre ou six souches c'est encore plus compliqué", poursuit le spécialiste, qualifiant ainsi de "précaution" la décision d'abattage des visons.

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