Coronavirus: rencontre derrière une vitre entre mère et fille dans un hôpital confiné

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Eunice Schleier (g) parle à travers une vitre à sa mère Olivie Schleier, 81 ans, hospitalisée pour des problèmes cardiaques à l'hôpital Premier de Sao Paulo, le 28 mai 2020 lors de l'épidémie de coronavirus au Brésil
Eunice Schleier (g) parle à travers une vitre à sa mère Olivie Schleier, 81 ans, hospitalisée pour des problèmes cardiaques à l'hôpital Premier de Sao Paulo, le 28 mai 2020 lors de l'épidémie de coronavirus au Brésil
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© AFP, NELSON ALMEIDA

, publié le vendredi 29 mai 2020 à 08h58

Eunice, 56 ans, avait l'habitude de rendre visite quotidiennement à sa mère, Olivie, 81 ans, hospitalisée pour des problèmes cardiaques dans un hôpital de Sao Paulo. 

Mais depuis que l'établissement a été placé en confinement en mars avec la propagation du nouveau coronavirus, la mère et la fille ont remplacé les câlins par des rendez-vous séparées par une vitre.

Les 46 patients de l'hôpital Premier, dans un quartier de classe moyenne, sont dans le groupe à risque, et c'est ce facteur qui a incité le centre médical à adopter un confinement total le 25 mars, un jour après que l'État eut déclaré une mise en quarantaine partielle. 

"Un employé peut partir, mais à son retour, il doit passer par une phase d'isolement", explique Ruan Oliveira, le conseiller en communication de l'hôpital, qui a volontairement décidé de rejoindre l'isolement. 

"J'ai compris que mon rôle ici en tant que communicateur est d'enregistrer ce qui se passe", explique le jeune homme de 26 ans, qui affirme être déjà habitué "à dormir et à se réveiller au travail". 

La routine quotidienne à l'hôpital Premier n'est pas très différente de celle d'avant la quarantaine, explique Olivie Schleier. 

"C'était plus difficile au début, mais nous avons déjà réussi à sortir au solarium, nous avons discuté, nous avons joué à des jeux de société." 

"Nous n'avons pas toutes les activités d'avant, mais pour être honnête, c'est très bien ici", explique, animée, Mme Schleier, qui ce jeudi reçoit sa fille Eunice et son petit-fils Alexandre à travers la vitre sur laquelle, les patients et leurs familles séparés, placent leurs mains faute de contact physique. 

La tendresse échangée par la mère et sa fille est telle que lorsqu'elles approchent leurs visages, on oublie qu'elles sont séparées par une vitre. 

"J'ai toujours été très proche de ma mère, je l'ai amenée à cet hôpital juste pour la voir tous les jours. C'est difficile, mais je suis rassurée puisqu'elle est protégée", confie Eunice, la voix pleine d'émotion. 

Sur l'ensemble du personnel de l'hôpital, la moitié a accepté de se placer en isolement, mais "personne n'a perdu son salaire", explique Ruan Oliveira. 

Un chef s'est déclaré volontaire pour s'occuper de la cuisine. Certains employés ont fait appel à leurs talents personnels et enseignent le yoga et autres activités physiques. 

Le confinement sera en vigueur jusqu'au jusqu'au 30 juin. 

Olivie Schleier, une descendante d'Allemands, a vécu une enfance difficile dans un Brésil marqué par l'après-guerre. 

"Ce n'est pas la première crise que j'ai connue", dit-elle, évoquant des souvenirs du passé. "Je pense que nous devons la surmonter sereinement", conseille cette petite femme toujours souriante. 

La fenêtre de la chambre de Mme Schleier fait face à la rue et là, Eunice, l'aînée de ses trois enfants, vient souvent lui "rendre visite", bien que "de manière informelle". 

Olivie Schleier dit espérer que la "nouvelle normalité" d'après la crise sanitaire sera plus humaine avec plus de respect pour "les employés, pour l'ouvrier qui ramasse les ordures, car ce sont eux qui mènent le combat".  

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