Corée du Sud: d'anciennes esclaves sexuelles déboutées de leur plainte contre Tokyo

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La plaignante sud-coréenne Lee Yong-soo, ancienne esclave sexuelle, fait une déclaration aux médias à la sortie du tribunal de Séoul, le 21 avril 2021
La plaignante sud-coréenne Lee Yong-soo, ancienne esclave sexuelle, fait une déclaration aux médias à la sortie du tribunal de Séoul, le 21 avril 2021
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© AFP, Jung Yeon-je

publié le mercredi 21 avril 2021 à 12h06

Un tribunal sud-coréen a mis en avant mercredi l'immunité de juridiction du Japon pour débouter plusieurs femmes qui réclamaient à Tokyo des dédommagements après avoir été réduites à l'esclavage pendant la Seconde Guerre mondiale dans les bordels de l'armée impériale.

Cette décision a suscité la déception des plaignantes et de leurs familles, étant donné que le même tribunal du district central de Séoul avait en janvier ordonné à Tokyo de dédommager d'autres plaignantes. Sans précédent, cette premièere décision avait été dénoncée par le Japon. 

Il s'était agi du premier dossier civil présenté à la justice en Corée du Sud contre Tokyo par celles qui étaient appelées dans un euphémisme "femmes de réconfort", et qui étaient les esclaves sexuelles des militaires japonaises.

Une des plaignantes a promis de contester la décision du tribunal, mais un expert a estimé qu'elle pourrait favoriser une amélioration des relations entre deux capitales qui sont des alliées proches de Washington.

Mercredi, le tribunal du district central de Séoul a débouté les plaignantes en considérant que "le gouvernement japonais devait bénéficier du principe d'immunité souveraine", selon des documents judiciaires consultés par l'AFP.

Cette décision est cohérente avec les accords diplomatiques bilatéraux et doit permettre la bonne tenue d'éventuelles discussions, indique le texte.

Cette décision pourrait ouvrir la voie à un dégel entre Tokyo et Séoul, deux alliés très proches de Washington, dans une région dominée par la Chine et confrontée à la menace d'une Corée du Nord dotée de l'arme nucléaire.

- Traité de 1965 -

Les relations entre Tokyo et Séoul sont plombées par les vieux contentieux hérités de la période où la péninsule était colonie japonaise (1910-1945). Elles se sont envenimées depuis l'élection en 2017 du président sud-coréen Moon Jae-in, avocat de centre-gauche engagé dans les dossiers des droits de l'Homme.

Une des plaignantes, aujourd'hui âgée de plus de 90 ans, s'est dite stupéfaite de la décision des juges, quittant le tribunal avant même la fin de l'audience.

"C'est vraiment scandaleux", a dénoncé Lee Yong-soo devant les journalistes. "Je porterai l'affaire devant la Cour internationale de justice."

Son avocat Lee Sang-hui a affirmé que les plaignantes et leurs conseils devaient encore arrêter leur décision sur l'opportunité de faire appel.

Selon la majorité des historiens, jusqu'à 200.000 femmes - principalement originaires de Corée mais également d'autres pays asiatiques y compris la Chine - ont été forcées à se prostituer dans des bordels militaires japonais.

Tokyo a toujours refusé de comparaître devant les tribunaux sud-coréens, soutenant que le contentieux avait été vidé par le traité de 1965 qui impliquait le versement de réparations. 

Il stipulait en outre que toutes les réclamations entre les Etats et leurs ressortissants se trouvaient "réglées complètement et définitivement".

Le président américain Joe Biden a rencontré ce week-end pour la première fois depuis son investiture le Premier ministre japonais Yoshihide Suga. Il rencontrera le mois prochain M. Moon.

Des experts considèrent que cette décision de justice sera un atout pour améliorer les relations entre les deux voisins.

"D'un point de vue diplomatique, cela peut être un appui pour placer les relations sur la voie de l'amélioration", a déclaré Lee Won-deog, de l'université Kookmin.

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