Colombie: une année de paix et manquements, le bilan amer des Farc

Colombie: une année de paix et manquements, le bilan amer des Farc

Pastor Alape, lors d'une interview avec l'AFP, le 15 novembre 2017 à Bogota

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AFP, publié le jeudi 23 novembre 2017 à 08h23

Théâtre Colon, 24 novembre 2016. Pastor Alape applaudit la signature qui met fin à 53 ans de lutte guérillera en Colombie. Un an après, l'ex-négociateur des Farc ne cache pas son malaise. La paix n'avance pas comme les rebelles l'espéraient.

"Le gouvernement et l'Etat n'ont pas tenu leurs promesses envers le pays. Nous les Farc, avons fait tout ce que nous pouvions et même plus", estime Pastor Alape, négociateur de l'accord qui a transformé la puissante guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie en Force alternative révolutionnaire commune, parti politique avec le même acronyme "Farc".

Tout aussi critiqué que défendu, ce texte de plus de 300 pages a un an. Les rebelles ont rendu leurs armes et demandé pardon. Mais le Congrès, où le gouvernement dispose d'une majorité instable, n'a toujours pas voté la loi créant le tribunal spécial de paix pour juger les crimes graves du conflit.

Il est prévu que guérilleros comme militaires qui avouent leurs crimes, dédommagent les victimes et s'engagent à ne plus recourir à la violence, bénéficient de peines alternatives à la prison.

Les réformes rurales et politiques mentionnées dans l'accord, renégocié en partie après son rejet lors d'un référendum en octobre 2016, sont aussi dans les limbes. 

De son côté, la FARC se prépare à son premier scrutin électoral en 2018 avec des sondages contraires (79% d'opinions défavorables selon Gallup) et l'inquiétude de milliers de ses ex-combattants dans les zones rurales. 

Dans un hôtel de Bogota, Pastor Alape, 58 ans, s'est exprimé sur ce bilan, soulignant qu'en dépit du risque de crise, la guerre est terminée pour les Farc. Il a créé la surprise en ne défendant pas une formule socialiste pour la Colombie. Extraits de son entretien avec l'AFP:

- Avez-vous tenu vos engagements? 

"Nous avons rigoureusement tenu nos engagements. Le gouvernement en ce sens n'a pas tenu les siens et il ne l'a pas fait par faiblesse, parce qu'il n'y a pas d'unité, il n'y a pas de vision claire. Cela signifie qu'il n'a pas de stratégie pour la mise en oeuvre de la paix. Il avait une stratégie pour négocier la démobilisation de l'organisation, le désarmement".

- Avez-vous déposé les armes trop tôt?

"Les Farc ont aujourd'hui un avantage éthique face à l'Etat, face aux dirigeants de ce pays qui montrent chaque jour leur incompétence, leur perversité dans leur façon de gouverner".

- Perversité?

"Ce qu'ils ont fait au Congrès est pervers. Il est incompréhensible que des parlementaires élus pour mener le pays vers de meilleures conditions interfèrent pour que le pays revienne à des temps obscurs".

- Comment va le moral des ex-combattants?

"Il y a beaucoup de préoccupation, non seulement parmi les ex-combattants, mais aussi dans la communauté en général en raison de cette espérance d'un nouveau moment de l'histoire où nous soyons capables de réincorporer l'Etat dans ses fonctions sociales, politiques, économiques, et pas dans son rôle militaire historique".

- Si l'application de l'accord échoue, la guerre reprend? 

"Ici, il n'y a plus d'espace pour la guerre. Ici, l'espace est pour la paix et à cette fin, nous réitérons tous les jours que notre meilleure décision a été de nous impliquer dans la construction de la paix, d'affronter tous les obstacles (...) mais nous le faisons avec beaucoup de persévérance, beaucoup de fermeté et de conviction".

- Que pensez-vous du président Juan Manuel Santos?

"Je crois que c'est un homme qui, en ce qui concerne la paix, a fait de grands efforts, mais avec une politique économique et sociale très impopulaire, ratée, dirais-je".

- Et des Etats-Unis?

"Ils ont commencé par soutenir ce processus. Maintenant ce gouvernement (de Donald Trump) s'est empêtré et nous pensons qu'il n'a pas une lecture claire du développement de la paix en Colombie, mais nous pensons qu'il va devoir redéfinir sa politique".

- Qu'allez-vous proposer pour les élections?

"Nous sommes très objectifs et clairs quant au moment politique. Le socialisme ne peut se construire si nous n'avançons pas sur les conditions sociales de conscience, de culture et sur le plan productif (...) Le plus urgent est que ce pays modernise ses moyens productifs (...) en d'autres termes, construire une civilisation, c'est cela que nous devons faire".

- Donc pas de programme socialiste?

"Nous sommes entrés dans le pragmatisme politique et c'est ce dont a besoin le pays, ce dont nous avons besoin, indépendamment du fait que le projet soit le socialisme. De manière urgente, pour les 10, 20 ans à venir, nous avons besoin de rétablir l'Etat dans ses capacités de gestion des territoires qui ont été isolés".

 
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