Colombie: un an d'accord de paix avec les Farc, un anniversaire discret

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 Le président colombien Juan Manuel Santos (g) et Rodrigo Londoño, alias "Timochenko", chef de l'ex-rébellion Farc, le 27 juin 2017 à Mesetas

Le président colombien Juan Manuel Santos (g) et Rodrigo Londoño, alias "Timochenko", chef de l'ex-rébellion Farc, le 27 juin 2017 à Mesetas

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© AFP, RAUL ARBOLEDA
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AFP, publié le vendredi 24 novembre 2017 à 07h03

Il y a un an, la Colombie signait un accord historique avec la puissante guérilla des Farc et s'engageait sur le chemin de la paix pour mettre fin à plus d'un demi-siècle d'une guerre fratricide, la plus ancienne du continent américain.

L'anniversaire est marqué vendredi à Bogota par une cérémonie au théâtre Colon, organisée cependant par des associations et qui n'a donc rien d'officiel. Elle doit malgré tout être ouverte par le président Juan Manuel Santos et Rodrigo Londoño, alias "Timochenko", chef de l'ancienne rébellion aujourd'hui reconvertie en parti politique.

M. Santos a indiqué jeudi qu'il s'entretiendra en outre à huis clos avec l'ex-commandant guérillero. Puis il se rendra en province pour un "acte symbolique" avec les habitants de Montañita (Caqueta, sud), particulièrement touchés par le conflit armé, qui a fait plus de huit millions de victimes entre morts, disparus et déplacés.   

Le 24 novembre 2016, c'est dans ce même théâtre Colon, non loin du palais présidentiel, que les deux hommes apposaient leurs noms au bas de l'accord de paix, long de quelque 300 pages et négocié pendant quatre ans à Cuba.

Cette sobre cérémonie n'avait déjà rien eu de commun avec le faste de la signature de la première mouture du texte, célébrée en grande pompe deux mois plus tôt dans la très chic Carthagène des Indes, sur la côte caraïbe.

- Bilan en demi-teinte -

Entretemps, l'accord qui, outre le désarmement des Farc, prévoit des réformes politiques, rurales et un dédommagement des victimes, avait été rejeté le 2 octobre lors d'un référendum non obligatoire, mais voulu par M. Santos, et marqué par plus de 60% d'abstention. 

La droite avait orchestré une virulente campagne, brandissant le spectre d'une prise de pouvoir par les marxistes des Farc et d'un "castro-chavisme" inspiré par les régimes cubain et vénézuélien.

Les deux parties avaient dû reprendre le chemin de La Havane pour réviser leur copie avant une nouvelle signature.

Un an plus tard, Farc et gouvernement dressent chacun un bilan contrasté: l'ex-guérilla ne dissimule pas sa déception face aux "manquements" de l'Etat; M. Santos défend l'accord, en attribuant les retards aux derniers "sursauts" de la guerre, mais sans cacher son inquiétude que les Colombiens "perdent l'espérance dans la paix".

"Nous avons rigoureusement tenu nos engagements. Le gouvernement en ce sens n'a pas tenu les siens", a dénoncé Pastor Alape, négociateur des Forces armées révolutionnaires de Colombie, devenues Force alternative révolutionnaire commune, sous le même acronyme Farc.

Lors d'un entretien à l'AFP, il a estimé que l'équipe de M. Santos "n'a pas de stratégie pour la mise en oeuvre de la paix", qu'elle n'avait qu'"une stratégie pour négocier la démobilisation de l'organisation, le désarmement".

En saluant ce "désarmement exemplaire" des 7.000 combattants des Farc, le chef de l'Etat a admis, jeudi devant la presse étrangère, des "retards" dans les processus de réincorporation des anciens guérilleros et de distribution de terres.

- Retards parlementaires -

Mais il en rejette un peu la responsabilité les ex-rebelles. "Il y a une différence entre la base de la guérilla et les leaders qui veulent les maintenir dans les zones" de réintégration, ajoutant que "les programmes de développement sont pour les zones rurales (...) pas pour les Farc".

Les Farc critiquent également le Parlement, où M. Santos ne dispose que d'une majorité instable et où plusieurs textes d'application sont embourbés. "Ce qu'ils ont fait au Congrès est pervers. Il est incompréhensible que des parlementaires (...) interfèrent pour que le pays revienne à des temps obscurs", a dénoncé M. Alape.

M. Santos a précisé que "94 textes, dont 7 réformes constitutionnelles" ont été présentés par le gouvernement. Mais seulement huit des 27 permettant de "faire de la paix une réalité" ont été votés, selon Ariel Avila de la Fondation Paix et Réconciliation. Et 55% des engagements pris par le gouvernement ne sont pas encore inscrits dans la loi, selon l'institut Kroc de l'université Notre-Dame. 

Les détracteurs de l'accord, menés par Alvaro Uribe, actuel sénateur et précédent président (2002-2010), ne désarment pas, d'autant plus qu'approchent les élections auxquelles participeront les Farc, en mars pour les législatives et mai-juin pour la présidentielle.

L'intensité du conflit a pourtant fortement diminué: de 3.000 morts en moyenne chaque année à 78 depuis début 2017, selon l'Unité des victimes.

"Les gens ont la mémoire très courte. Ils ont oublié comment c'était avant", a déploré M. Santos, qui veut une "paix complète" en négociant avec l'Armée de libération nationale (ELN).

Jusqu'au 9 janvier, la dernière guérilla de Colombie est en cessez-le-feu, une première en 53 ans de combat.

 
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