Colombie: trois fausses informations virales de la campagne présidentielle

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Un homme tient un bulletin de vote lors du second tour de la présidentielle en Colombie, le 17 juin 2018
Un homme tient un bulletin de vote lors du second tour de la présidentielle en Colombie, le 17 juin 2018
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© AFP, LUIS ROBAYO
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AFP, publié le dimanche 17 juin 2018 à 17h58

La Colombie n'a pas échappé aux fausses informations pendant la campagne de la présidentielle, qui décide dimanche du retour de la droite dure ou de l'élection du premier président de gauche de ce pays.

Voici les trois mensonges qui se sont le plus propagés sur les réseaux sociaux avant ce second tour entre Ivan Duque, ex-sénateur de droite, et Gustavo Petro, ancien maire de Bogota et ex-guérillero du M-19 dissout.

- Mensonge n°1: "Si Duque gagne, la Farc relance la guerre"

L'avenir de l'accord de paix signé en novembre 2016 par la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) et le président sortant Juan Manuel Santos a été au coeur de la campagne.

Duque, dauphin de l'ex-président Alvaro Uribe (2002-2010), a été l'opposant le plus radical à ce pacte, qui a permis le désarmement de 7.000 guérilleros et la reconversion de la rébellion dans la politique légale.

Le site Tiempo 12 a publié un extrait d'une interview de Rodrigo Londoño, plus connu par le pseudonyme Timochenko, chef de l'ex-guérilla et du désormais parti Force alternative révolutionnaire commune (Farc), réalisée par France 24.

Sous le titre "Menace! Timochenko: si Duque gagne, nous retournons à la guerre!", l'article cite Londoño, affirmant que "dans la dernière étape du gouvernement Santos le processus de paix est en danger".

Il n'incluait pas la vidéo originale de l'entretien et utilisait partiellement la déclaration de l'ancien chef rebelle, hors contexte. Quand Alvaro Sierra, directeur de France 24 Espagnol, lui demande si le processus de paix serait en danger en cas de victoire de la droite, Londoño répond: 

"Si la société colombienne, les secteurs colombiens et la communauté internationale ne s'unissent pas pour accompagner ce processus, je ne veux pas dire que nous allons à nouveau vers la guerre, mais oui, cela peut semer les graines d'un nouveau conflit en Colombie. Nous, nous l'avons dit, l'avons signé et le respecterons: il n'y a pas de marche arrière".

Londoño a démenti l'article de Tiempo 12 sur Twitter, ajoutant: "Notre engagement avec la Paix est inébranlable".

- Mensonge n°2: Petro dit vouloir reproduire le modèle vénézuélien 

Les réseaux sociaux sont pleins de messages accusant Petro d'être "castrochaviste" et de défendre un programme qui conduirait la Colombie vers une crise similaire à la faillite vénézuélienne.

Son passé d'ex-guérillero du M-19 est souvent rappelé, comme le fait qu'il ait accueilli Hugo Chavez en 1994, quatre ans avant son élection à la présidence du pays voisin.

De faux tweets ont été reproduits par des personnalités aussi populaires qu'Alvaro Uribe, suivi par cinq millions d'abonnés.

"Mon plus grand souhait est d'arriver au pouvoir pour continuer l'héritage de Bolivar, de Hugo Chavez", a été l'un des messages retweetés depuis un faux compte de Petro. 

Un photomontage montrant des leaders de la Farc portant des T-shirts avec le slogan "Petro président" et le logo de son mouvement Colombie Humaine a également été diffusé.

L'image, tweetée par le sénateur uribiste Alfredo Rangel avec la phrase "La direction des Farc avec Petro. Le castrochavisme s'unit", a en fait été prise pendant la dernière Conférence guérillera en septembre 2016, avant la signature de la paix. Sur la photo originale, les chefs rebelles portent un T-shirt différent. Le sénateur a supprimé son tweet.

Petro, qui s'est distancié du successeur de Chavez, Nicolas Maduro, s'est défendu en disant que "le castrochavisme" n'existe pas et que le projet politique du M-19 était libéral et démocratique.

Il a écarté l'instauration du socialisme en Colombie, assuré qu'il privilégierait l'agriculture sur l'exploitation pétrolière. Avant le second tour, il a renoncé à l'idée de convoquer une Assemblée constituante.

- Mensonges n°3: de supposés exemples de fraude électorale

A l'issue du premier tour du 27 mai, où Duque a obtenu 39% des voix et Petro 25%, le hashtag #FraudeElectoral est apparu sur les réseaux, dénonçant une manipulation des formulaires de comptage.

Les images reprises de la page du Registre électoral montraient des modifications favorisant certains candidats, en particulier Duque.  

Des vidéos manipulées, des audios anonymes et des mèmes affirmaient que la Mission d'observation électorale (MOE) indépendante confirmait la fraude. 

Quatre jours plus tard, la MOE a précisé qu'il y avait eu des anomalies pour 363 formulaires sur un échantillon de 13.135 bureaux de vote, soit 2,8%.

Le Conseil national électoral (CNE), qui a reçu des plaintes de l'équipe de campagne de Petro, a précisé le 8 juin qu'elles concernaient 495 votes, ce qui ne changeait pas significativement les résultats. 

Le Registre électoral a procédé à un nouveau comptage, ajoutant 238 votes à Petro et en ôtant 257 à Duque.

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