Colombie: l'armée annonce la mort de l'un des principaux chefs de l'ELN

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Le chef de l'ELN Ogli Angel Padilla Romero alias « Fabian » à son arrivée à Cali, en Colombie, le 27 septembre 2021, sur une capture d'une vidéo diffusée par les Forces armées colombiennes
Le chef de l'ELN Ogli Angel Padilla Romero alias « Fabian » à son arrivée à Cali, en Colombie, le 27 septembre 2021, sur une capture d'une vidéo diffusée par les Forces armées colombiennes
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© AFP, -, Colombian Armed Forces

publié le mardi 28 septembre 2021 à 18h58

L'un des principaux commandants de l'Armée de libération nationale (ELN), dernière guérilla encore active en Colombie, est mort mardi, plus d'une semaine après avoir été blessé dans un bombardement de l'armée et être resté caché dans la jungle pour échapper aux militaires, selon l'armée colombienne.

Ogli Angel Padilla Romero, alias "Fabian", avait été la cible avec plusieurs de ses hommes d'un bombardement le week-end du 18 septembre qui avait fait six morts et plusieurs blessés dans le département du Choco (Nord-Ouest), sur la côte pacifique, l'un des bastions de la guérilla guévariste.

"Il a été retrouvé blessé hier (lundi), caché sous des arbustes et la végétation. Il était très proche de l'endroit où le bombardement a eu lieu", a expliqué au cours d'une conférence de presse le ministre de la Défense Diego Molano.

Récupéré par les militaires, "il est mort ce matin à 5H20 (locales) de ses blessures dans un hôpital de Cali", a-t-il précisé.

Les autorités soupçonnaient sa présence sur les lieux du bombardement après avoir retrouvé des affaires lui appartenant parmi les victimes.

"C'était un criminel très dangereux, auteur de nombreux meurtres, enlèvements (...), un trafiquant de drogue" et responsable du déplacement de "milliers de personnes", a ajouté le ministre.

"Fabian" faisait l'objet de plusieurs mandats d'arrêt pour crimes de rébellion, enlèvement, trafics d'armes et homicide notamment.

Sa mort constitue le coup le plus sévère porté à l'ELN depuis le décès, en octobre 2020, du commandant "Uriel", l'un des dirigeants emblématiques de cette guérilla. Uriel, de son vrai nom Andres Vanegas, avait été tué, à 41 ans, lors d'une opération de l'armée dans cette même région du Choco.

Fabian, comme Uriel, incarnait la nouvelle génération au sein de l'ELN, une organisation née en 1964 et dirigée par des guérilleros âgés aujourd'hui en moyenne de plus de soixante ans.

"Ce bandit (...) était devenu un objectif de haute valeur pour la sécurité nationale", a expliqué le commandant en chef de l'armée, le général Luis Fernando Navarro.

"L'opération a requis une complémentarité des forces de sécurité, un grand travail de renseignement (...) qui a permis de le localiser dans la jungle", avec une "action des forces aériennes, un assaut des forces spéciales, dans le respect du droit international, pour une opération qui a duré plus de dix jours".

"Sur renseignement, nous avons pu finalement retrouver cet individu (lundi) après-midi, puis l'évacuer par hélicoptère médicalisé vers un hôpital de Cali" où il est décédé. "Avec la mort de ce personnage, le Front occidental est complètement désarticulé", a conclu le patron de l'armée.

- "La grand-mère" -

"Fabian" avait "sous son contrôle dans le Choco six structures de l'ELN: quatre fronts et deux compagnies, avec près de 450 guérilléros", a précisé le chef de la police, le général Jorge Luis Vargas.

"L'unique raison pour laquelle l'ELN est dans le Choco est pour le narco-trafic, avec de graves conséquences pour les communautés de cette région", a accusé le général Vargas, qui a offert une récompense de plus de 200.000 euros pour la capture du successeur présumé de "Fabian", Emilcen Oviedo Sierra, alias "La Abuela" (la grand-mère).

Inspirée par le révolutionnaire Ernesto "Che" Guevara, la révolution cubaine et la théologie de la libération, l'ELN reste la dernière guérilla, constituée comme telle, encore active dans le pays, depuis la signature de l'accord de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes) en 2016.

Des centaines de dissidents des FARC continuent cependant le combat dans plusieurs régions, où ils se livrent au trafic de drogue, à l'exploitation minière illégale et à l'extorsion, selon les renseignements militaires.

Ils se disputent ces lucratifs revenus avec l'ELN, les groupes paramilitaires d'extrême-droite et les narcotrafiquants. 

Récemment, le gouvernement a attribué à l'ELN, qui compterait près de 2.300 combattants avec des réseaux de soutien dans les zones urbaines, plusieurs attaques meurtrières contre les forces de sécurité. Tous ses chefs font l'objet de multiples mandats d'arrêt.

Le président colombien Ivan Duque a rompu en 2019 les négociations que son prédécesseur Juan Manuel Santos (2010-2018) menait avec l'ELN à Cuba, après un attentat en janvier 2019 contre l'école de police de Bogota, dans lequel 22 cadets avaient été tués. Il exige que Cuba livre la délégation de l'ELN restée depuis dans l'île, ce que La Havane refuse.

La Colombie est actuellement confrontée à la pire vague de violence qu'elle ait connue depuis le désarmement des FARC.

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