Colombie: de cheffe de guerre à cheffe de paix, à la tête d'un escadron de démineurs

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Angela Orrego marche durant une présentation dans la commune de Montanita, le 8 octobre 2019
Angela Orrego marche durant une présentation dans la commune de Montanita, le 8 octobre 2019
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© AFP, JUAN BARRETO

, publié le mardi 19 novembre 2019 à 07h28

Ex-commandante des Farc, Angela Orrego en est la plus ancienne cheffe guérillera vivante. Dans la jungle colombienne, elle avait une cinquantaine de combattants sous ses ordres. Aujourd'hui, elle dirige la première organisation de démineurs issue d'un accord de paix.

"Etre femme a ses défis. Et tenir un rôle directeur en étant femme implique peut-être de redoubler d'effort. Mais on y parvient!", lance-t-elle du haut de son 1,50 m.

Malgré sa frêle constitution, Angela a survécu aux 34 de ses 50 ans dans les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). Elle a rendu son fusil, comme 7.000 autres guérilleros après le pacte du 24 novembre 2016, mais n'a pas déposé ses armes de leader.

A la veille du troisième anniversaire de l'accord, elle mène un autre combat: contribuer à éliminer les mines anti-personnel de son pays, le plus affecté du monde par ces explosifs, après l'Afghanistan.

Elle dirige Humanicemos DH, "première organisation de déminage humanitaire issue d'un accord de paix et dont les membres sont en cours de réinsertion" sur la base d'Agua Bonita, à La Montañita (Caqueta, sud).

- "Fléau du conflit" -

Ce n'est que motivée par cette "mission" qu'elle a accepté de parler à l'AFP. Jusque-là, elle n'avait accordé que quatre interviews: à Cuba pendant les pourparlers où, membre de la Commission du genre, elle veillait au respect de l'égalité dans l'accord.

L'ONG qu'elle a contribué à fonder, financée par l'ONU et l'Union européenne, entraîne depuis l'an dernier une centaine d'ex-combattants des Farc à désamorcer ces engins qu'ils ont parfois placés.

"Les mines sont une plaie, un fléau issu du conflit", regrette Angela.

Disséminées dans 31 des 32 départements du pays par tous les acteurs d'une guerre de plus d'un demi-siècle: rébellions, paramilitaires, forces de l'ordre, les mines ont fait près de 12.000 victimes, en tuant 20%, depuis 1985.

Elles sont encore utilisés par l'Armée de libération nationale (ELN), dernière guérilla, par des dissidents des Farc, et par les narco-trafiquants autour des plantations de marijuana et de coca, matière première de la cocaïne.

Née dans une famille pauvre de huit enfants dans l'Uraba, au confluent des départements d'Antioquia, Cordoba et Choco, Angela combattra dans cette zone nord-occidentale, stratégique entre l'océan Pacifique et les Caraïbes.

- Faute d'argent, la guérilla -

"Mes parents étaient communistes, harcelés à cause de leurs idées", se souvient-elle, évoquant déplacements et séparations d'avec sa famille jusqu'à son entrée dans la guérilla marxiste à 14 ans.

En quête d'argent pour ses études, elle va trouver les Farc où deux de ses frères étaient déjà. Leur chef lui propose plutôt de les rejoindre. "Il n'avait rien d'autre à m'offrir. Plus tard, il m'en a demandé pardon".

Radio-opératrice, puis infirmière de combat, elle soignera "les camarades, mais aussi les militaires prisonniers". "Ma mission était de les maintenir en vie. Le fait qu'ils soient blessés, vulnérables, annulait toute haine", assure-t-elle.

Dès 18 ans, après la naissance de sa fille élevée loin d'elle par des proches, Angela assumera des fonctions de cheffe. Si elle admet avoir dirigé "une cinquantaine de combattants", y compris lors d'affrontements meurtriers, elle se dit "sûre de n'avoir tué personne" de sa main.

Commander à une majorité d'hommes "n'a jamais été un problème", affirme-t-elle.

La rébellion comptait 44% de femmes et revendiquait une proportion équivalente de cheffes de rang intermédiaire. Aucune toutefois n'a jamais intégré sa haute direction. Un déséquilibre que la Force alternative révolutionnaire commune (Farc), parti fondé après la paix, dit vouloir corriger.

- Aider à la réconciliation -  

Malgré les retards dans l'application de l'accord, les assassinats de plus de 170 ex-guérilleros depuis le pacte, et les gardes-du-corps qui veillent en permanence sur elle, Angela est confiante.

"La société n'était pas préparée au changement (...) L'important est que nous soyons sûrs et sûres (...) que le pas que nous avons franchi est le meilleur. C'est essentiel pour la construction de la paix", estime-t-elle, heureuse de voir grandir ses deux petites-filles.

Regrettant de n'avoir pu devenir médecin, elle a renoué avec son rêve d'"aider les gens" et a entamé des études de psychologie pour "ouvrir les chemins de la réconciliation", en parallèle à Humanicemos DH, dont le bureau se trouve à Bogota.

"La psychologie, estime-t-elle, peut aider beaucoup (...) au dialogue, à comprendre les motivations des gens, pourquoi ils ont choisi d'être ici ou là, de quelque côté que ce soit" pendant la guerre.

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