Coiffeuse, tireuse d'élite et "prête à mourir" pour le Venezuela

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Ismaira Figueroa, coiffeuse et tireuse d'élite dans la Milice bolivarienne, le 15 février 2021 lors d'un exercice à Caracas, au Venezuela
Ismaira Figueroa, coiffeuse et tireuse d'élite dans la Milice bolivarienne, le 15 février 2021 lors d'un exercice à Caracas, au Venezuela
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© AFP, Yuri CORTEZ

, publié le jeudi 04 mars 2021 à 12h59

"Je suis prête à mourir pour mon pays". Coiffeuse à Caracas, Ismaira Figueroa, 43 ans, est aussi tireuse d'élite dans la Milice bolivarienne, un corps composé de civils rattaché à l'armée vénézuélienne.

"J'ai la conviction d'être née pour ça et si je dois en mourir, que ça arrive vite, d'un coup !", lance-t-elle, fusil calé entre la joue et l'épaule, visage peint avec de la boue, lors d'exercices militaires près de Caracas simulant une "invasion armée".

Lorsqu'elle ne s'exerce pas au tir de précision, cette mère célibataire de quatre enfants travaille dans un salon de coiffure. Elle est aussi bénévole au sein de son quartier et fait partie d'un groupe de motards. Pendant son temps libre, la sergent-chef dit également aimer tricoter.

Dans sa maison du quartier de La Palomera à Caracas trône une photo du défunt président socialiste Hugo Chavez (1999-2013) qu'elle idolâtre.

C'est pour lui qu'elle a rejoint la Milice bolivarienne créée en 2009, avoue-t-elle, joliment maquillée.

Elle se rappelle avoir essayé à 16 ans de l'apercevoir, sans succès, à sa sortie de prison en 1994. Une autre fois, juchée sur un arbre, elle a réussi à lui "toucher le doigt". En 2002, elle est descendue dans la rue pour "sauver" Hugo Chavez après le coup d'Etat qui l'a renversé pendant deux jours.

La Milice bolivarienne comprend aujourd'hui 4,5 millions de civils. Elle est considérée, avec l'armée, comme le principal soutien du régime de l'actuel président Nicolas Maduro.

Le successeur d'Hugo Chavez affirme régulièrement que les Etats-Unis et la Colombie, ses plus grands rivaux régionaux, fomentent des projets d'attentat pour l'assassiner et que le pays a déjà déjoué une tentative d'"invasion par voie maritime".

Il a mis à plusieurs reprises la Milice bolivarienne en état d'"alerte maximale" afin de faire face à d'éventuelles intrusions dans le pays.

"La Milice, c'est un vendeur de légumes ou une femme qui promène son chien... c'est un professeur, un chauffeur de taxi, une infirmière", vante Ismaira Figueroa qui, lorsqu'elle a rejoint ce corps armé en 2010, n'envisageait pas de devenir tireuse d'élite. Son commandant d'unité l'a convaincue.

"C'est un monde essentiellement masculin", note-t-elle. "Les hommes n'aiment pas vraiment quand vous êtes dans leur zone, quand vous êtes meilleur tireur d'élite qu'eux... ça suscite de la jalousie".

- "Jamais lâcher" -

Dans un dossier, elle conserve précieusement ses diplômes et une cible: celle sur laquelle elle a tiré pour décrocher en 2016 son diplôme de tireuse d'élite.

"Avant d'appuyer sur la gâchette, il faut vider son esprit et se concentrer sur sa respiration", explique-t-elle. "Il faut se détendre et laisser le tir vous surprendre".

Ismaira n'est pas autorisée à parler des opérations auxquelles elle a participé. Elle assure n'avoir "pris la vie de personne" mais se dit prête à le faire.

Avant de devenir membre de la Milice, elle a appartenu aux Cercles bolivariens, créés eux aussi par Hugo Chavez pour soutenir sa "révolution", mais aujourd'hui moins répandus et accusés d'attaques violentes contre les opposants au régime, ce qu'elle nie.

Sur la Plaza Bolivar à Baruta, un quartier de Caracas qui où se mélangent différents milieux sociaux, Ismaira salue des voisins, la police et les motards qui passent.

Elle dit qu'elle a généralement de bonnes relations tant avec les chavistes qu'avec leurs opposants, bien qu'elle assure avoir déjà perdu un emploi à cause de son soutien à Hugo Chavez.

Se verrait-elle conseillère municipale ou maire de quartier ? "Jamais de politique", répond-elle spontanément.

Elle aspire plutôt à gravir les échelons au sein de la Milice, où elle gagne moins de 4 dollars par mois.

Elle ne se plaint pas de sa maigre rémunération, salue les "primes sociales" que le gouvernement distribue, et attribue la grave crise économique que traverse le pays aux sanctions internationales, dont un embargo américain sur le pétrole vénézuélien.

"Plus j'ai faim, plus j'aime la révolution. Ce n'est pas être masochiste, c'est que dans une bataille, il ne faut jamais lâcher", dit-elle crânement.

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