Cisjordanie : tout comprendre aux colonies israéliennes

Cisjordanie : tout comprendre aux colonies israéliennes
La colonie israélienne de Givat Harsina, le 5 février 2017 à Hébron, dans les Territoires palestiniens

leparisien.fr, publié le jeudi 24 mai 2018 à 16h46

Israël a annoncé ce jeudi la construction de 2 500 logements dans les colonies, en Cisjordanie occupée. Une information qui suscite de vives réactions côté palestinien dix jours après la répression sanglante de manifestations à la frontière de Gaza.

La dernière annonce du genre, en mars 2017, avait déjà refroidi les relations avec l'Occident. Cette fois, c'est en plein regain de tensions à la frontière israélo-palestinienne qu'un ministre de l'Etat hébreu a fait savoir ce jeudi son intention de faire autoriser la construction de 2 500 nouveaux logements en Cisjordanie occupée, à destination des colons israéliens. De quoi craindre de vives réactions dix jours après la répression sanglante de manifestations à la frontière de Gaza, mais aussi de nouvelles entraves au processus de paix.

Les colonies israéliennes, qu'est-ce que c'est ?

Ce sont des concentrations de population israélienne installées dans des villes ou des villages construits en territoires palestiniens, soit en dehors de la frontière officielle de l'Etat hébreu. Schématiquement, ce sont des taches sur la carte de l'espace où vivent historiquement les Palestiniens. Selon l'ONG israélienne La Paix maintenant, 132 colonies sont sorties de terre depuis 1967, date à laquelle la ligne de démarcation entre forces israéliennes et force arabes a été établie par plusieurs accords d'armistice, après la guerre dite des Six Jours. Toujours selon l'ONG, environ 400 000 colons vivent ainsi entourés de près de 3 millions de Palestiniens, principalement en Cisjordanie. Des bus permettent de faciliter les liaisons avec Tel Aviv ou Jérusalem. Au fil du temps, certains bassins de vie israéliens sont devenus de véritables villes, à l'instar d'Ariel et ses quelque 20 000 habitants. Israël a également établi des colonies dans la bande de Gaza - avant qu'elles ne soient évacuées - ainsi que dans les hauteurs du Golan, conquis aux voisins syriens au nord-est.

Pourquoi les Israéliens s'y installent ?

Côté israélien, on appelle ces colonies des « implantations ». Si on associe souvent ces installations à une quête religieuse (vivre dans les terres bibliques, près de Hébron et son caveau des Patriarches) ou à une volonté de conquête de nouveaux territoires, il s'agit d'abord de mouvements de populations pour des raisons économiques et sociales. En Israël, le coût élevé de la vie a en effet poussé de nombreux juifs à l'exode. On se souvient notamment du Mouvement israélien pour des logements accessibles de l'été 2011, aussi appelé « révolte des tentes », qui protestait contre le mal-logement. Alors que les prix de l'immobilier en Israël ont flambé cette dernière décennie, bon nombre de citadins ont répondu favorablement aux incitations du gouvernement pour aller habiter ailleurs. Certaines colonies proches de Jérusalem sont vues par ses habitants comme une simple banlieue de la Ville Sainte. Le Conseil de Yesha (acronyme de Judée, Samarie, Gaza, les noms hébreux de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, ndlr) représente ces Israéliens qui habitent hors de l'Etat officiel. Composé d'élus, le Conseil est un groupe d'influence qui fait pression sur le gouvernement pour s'opposer au désengagement des territoires occupés réclamé par la communauté internationale.

Est-ce légal ?

L'ONU ne reconnaît pas la légalité de ces implantations, ni en Cisjordanie occupée ni même à Jérusalem-Est annexée. La communauté internationale considère que chaque nouvelle salve de constructions est une entrave au processus de paix car il est de fait très compliqué de séparer le territoire en deux Etats si les Israéliens percent des couches de plus en plus vastes dans les zones contestées.

En revanche, l'Etat d'Israël assume les colonies. Il distingue toutefois juridiquement celles qui ont obtenu toutes les autorisations nécessaires des autorités et celles qui n'ont pas eu le feu vert du gouvernement, qualifiées de colonies sauvages. Mais selon l'ONG La Paix maintenant, 6 742 projets de construction de logements ont été approuvés dans les colonies en 2017. La même année, le gouvernement a également donné son feu vert à la construction d'une nouvelle colonie, une première depuis 1991. Même Donald Trump, qui a récemment ravivé les tensions en déplaçant symboliquement son ambassade américaine à Jérusalem, avait alors appelé Israël à la retenue. Car aux yeux du droit international, autorisées par Israël ou non, ces colonies sont illégales.

Quelles sont les conséquences ?

Ces constructions cristallisent les tensions entre les deux peuples mais également avec les puissances internationales. En effet, cette décision d'entamer de nouveaux travaux en Cisjordanie fait suite à une série de prises de position américaines, dont la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d'Israël et l'annonce du transfert de l'ambassade, que c'était toujours refusé le prédécesseur de Donald Trump, Barack Obama. Si les Israéliens se sentent donc chaudement soutenus par la première puissance mondiale, l'Autorité palestinienne a elle suspendu les contacts avec les officiels américains.

Par ailleurs, certains observateurs s'interrogent sur le timing de cette annonce du chef de la diplomatie israélienne Avigdor Liberman au lendemain de révélations de médias israéliens affirmant que l'Etat hébreu envisagerait de proposer un cessez-le-feu à long terme au Hamas, le mouvement islamiste qui dirige Gaza. Selon la Dixième chaîne d'Israël, le gouvernement s'est en effet dit prêt à aider à la reconstruction de certaines infrastructures qui font défaut dans l'enclave de la bande de Gaza en échange de l'arrêt de construction de tunnels souterrains par le Hamas et le rapatriement de dépouilles de soldats israéliens. Une perspective qui pourrait n'avoir pas plus du tout à Lieberman, classé à l'extrême-droite. Quoi qu'il en soit, « la poursuite de la colonisation, les déclarations de soutien de la part de responsables américains et les incitations à la haine de la part des ministres israéliens ont signé la fin de la solution à deux Etats et de tout rôle américain dans la région », a réagi ce jeudi le porte-parole de la présidence palestinienne.

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