Chili: trois morts à Santiago, premières victimes des émeutes

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Une voiture incendiée durant de violentes manifestations à Santiago, le 19 octobre 2019
Une voiture incendiée durant de violentes manifestations à Santiago, le 19 octobre 2019
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© AFP, CLAUDIO REYES

AFP, publié le dimanche 20 octobre 2019 à 09h07

Trois personnes sont mortes tôt dimanche à Santiago dans l'incendie d'un supermarché en train d'être pillé, premières victimes des émeutes qui affectent la capitale chilienne depuis deux jours après une hausse des tarifs de transports suspendue samedi.

Le déploiement depuis samedi de militaires et policiers dans la capitale, soumise à couvre-feu jusqu'à dimanche 10H00 GMT, n'a pas empêché des attaques contre des stations de métro, des saccages de commerce et des manifestations de rue. C'est la première fois que des militaires patrouillent dans Santiago depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet en 1990.

"Trois personnes sont décédées dans un incendie dans un supermarché. Deux ont été brûlées et la troisième a été transportée dans un état grave dans un hôpital où elle est décédée", a déclaré la gouverneure de Santiago, Karla Rubilar.

L'incendie s'est produit dans un immense supermarché Lider, de la chaîne américaine Walmart, situé à San Bernardo en banlieue sud de la capitale, dont des centaines de personnes avaient forcé les entrées pour le piller, selon les pompiers.

Ce sont les premières personnes victimes des violences qui agitent depuis vendredi Santiago, déclenchées par des protestations contre une hausse des prix des tickets de métro.

- Couvre-feu -

Un couvre-feu total a été décrété samedi dans la capitale par le général Javier Iturriaga del Campo, en réponse selon lui aux "excès qui se sont produits aujourd'hui".

Peu avant l'annonce du couvre-feu, le président Sebastian Pinera a annoncé la suspension de la hausse des prix des tickets de métro à Santiago. "Je tiens à annoncer aujourd'hui que nous allons suspendre l'augmentation des tarifs du métro", a-t-il déclaré.

Dans la nuit de vendredi à samedi, M. Pinera avait confié au général Iturriaga del Campo la responsabilité d'assurer la sécurité et instauré l'état d'urgence pour 15 jours dans la capitale. 

Le couvre-feu est prévu de 22H00 à 07H00 locales (01H00 à 10H00 GMT dimanche), selon le général qui n'a pas précisé le nombre de jours pendant lesquels il s'appliquera.

Etat d'urgence et couvre-feu ont ensuite été étendus à la région de Valparaiso (centre) et à la province de Concepcion (sud), selon les autorités locales. Parallèlement, l'état d'urgence a été instauré dans la région de Coquimbo (nord), gagnée par les violences.

Le général Iturriaga del Campo avait précisé que l'armée patrouillerait dans la capitale, qui compte sept millions d'habitants. Selon le ministre de la Défense Alberto Espina, le gouvernement a déployé quelque 8.000 hommes et compte y ajouter 1.500 autres dans les heures qui viennent. 

Samedi, des milliers de personnes s'étaient rassemblées pour un concert de casseroles, mode de contestation apparu après le coup d'Etat mené par le général Pinochet fin 1973. Mais la manifestation a dégénéré en affrontements entre des personnes masquées et les forces de l'ordre.

Les journalistes de l'AFP ont vu cinq autobus incendiés en centre-ville, et les autorités ont décidé dans la journée d'interrompre totalement leur circulation.

- "Le Chili s'est réveillé" -

Des milliers de personnes sont également redescendues dans les rues d'autres villes pour y faire résonner des casseroles. 

A Valparaiso, au bord du Pacifique à 120 km a l'ouest de Santiago, des dizaines de manifestants ont incendié dans la soirée le siège d'El Mercurio, le plus vieux quotidien du pays, selon des images de télévision, ainsi qu'un supermarché et une concession automobile, dont le bâtiment s'est effondré.

A Santiago, face aux militaires déployés sur la place d'Italie, des manifestants ont brandi des photos de personnes disparues sous la dictature militaire (1973-1990), qui s'est soldée par plus de 3.200 morts ou disparus.

Avec des mots d'ordre tels que "Marre des abus" ou "Le Chili s'est réveillé", diffusés sur les réseaux sociaux, le pays fait face à une des pires crises sociales depuis des décennies. Celle-ci a été déclenchée par la simple annonce d'une hausse du prix des tickets de métro, de 800 à 830 pesos (environ 1,04 euro).

Les revendications ont ensuite débordé sur d'autres sujets, comme un modèle économique où l'accès à la santé et à l'éducation ressortent presque uniquement du secteur privé.

- "Cocotte-minute" -

Une photo du président Sebastian Pinera dégustant tranquillement une pizza dans un restaurant, tandis que Santiago brûlait, a accru la colère de la population, dans ce pays où un calme relatif régnait ces dernières années. Visiblement pris de court par cette crise, M. Pinera avait qualifié son pays, quelques jours auparavant, "d'oasis" en Amérique latine.

"C'est triste mais ces destructions ont été la manière que la population a trouvée pour qu'on l'écoute. Le Chili était une cocotte-minute qui a explosé de la pire manière, nous laissant sans métro", a commenté à l'AFP Maria, une fonctionnaire.

Vendredi, au moins 16 autobus avaient été incendiés et une dizaine de stations de métro totalement détruites, selon les autorités. "L'ensemble du réseau est fermé en raison des émeutes et des destructions", a annoncé le gestionnaire du métro, après des attaques contre presque l'intégralité des 164 stations.

Le bilan officiel des violences et affrontements est de 308 arrestations, et 156 policiers blessés.

Le métro de Santiago, le plus étendu (140 km) et le plus moderne d'Amérique du Sud, par lequel transitent environ trois millions de passagers par jour, pourrait ne rouvrir progressivement que la semaine prochaine.

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