Brexit: la course contre la montre des partisans d'un second référendum

Brexit: la course contre la montre des partisans d'un second référendum
Vince Cable, le chef du Parti libéral-démocrate, seule formation politique engagée en faveur d'un second référendum sur le Brexit, lors du congrès de sa formation le 18 septembre 2018 à Brighton (sud de l'Angleterre).

AFP, publié le mardi 18 septembre 2018 à 18h22

A six mois de la sortie du Royaume-Uni de l'UE, le temps presse pour les partisans d'un second référendum sur le Brexit, qui voient chaque jour se réduire un peu plus leurs espoirs de maintenir les liens avec le continent.

Dernier soutien en date, Sadiq Khan: le maire travailliste de Londres s'est déclaré samedi favorable à une nouvelle consultation. Une idée également défendue par les anciens premiers ministres Tony Blair (travailliste) et John Major (conservateur), ou par le footballeur Gary Lineker.

Vince Cable, le chef du Parti libéral-démocrate, seule formation politique engagée en faveur d'un second référendum, a prêché pour une nouvelle consultation, lors du congrès de sa formation mardi à Brighton (sud de l'Angleterre).

"Le Brexit n'est pas inévitable. Il peut et doit être arrêté", a-t-il dit dans son discours devant les militants, appelant la Première ministre conservatrice Theresa May à se montrer "ouverte à un vote du peuple sur l'accord final" du Brexit. 

Le chef du parti centriste a souligné que c'était l'avenir du Royaume-Uni "pour les prochaines dizaines d'années" qui serait tranché au cours des prochains mois, alors que Mme May tente de trouver un terrain d'entente avec Bruxelles.

"Il y a énormément de personnes qui n'acceptent tout simplement pas d'être entraînées dans un divorce désordonné, coûteux, qui n'acceptent pas que le pays ne puisse pas changer d'avis", a-t-il ajouté. 

- 'Trahison grave' -

Theresa May est fermement opposé à l'idée d'un second référendum qui constituerait selon elle "une trahison grave" du choix des Britanniques. Quant au Parti travailliste, principale formation d'opposition, il n'a pas officiellement rejeté cette éventualité mais ce n'est pas sa ligne officielle.

Même les partisans d'un second référendum doivent encore s'entendre, notamment sur la formulation de la question à poser.

"Sur quoi porterait un second référendum ? Ce n'est pas clair du tout", souligne Sara Hobolt, professeure de sciences politiques à la London School of Economics.

Le Royaume-Uni doit quitter l'Union européenne le 29 mars 2019, deux ans et neuf mois après le référendum sur le Brexit qui avait vu le camp favorable à la sortie l'emporter par 52% des voix.

Sara Hobolt affirme, sur la base de plusieurs sondages, que la proportion s'est inversée depuis, et que 52% de la population soutiendrait aujourd'hui le maintien dans l'UE. Elle constate aussi une "nette augmentation du soutien populaire" en faveur d'un second référendum. 

Mais sans le soutien des Conservateurs ou des Travaillistes, une nouvelle consultation est peu probable, juge-t-elle.  

- Retarder le Brexit ? -

Techniquement, certains analystes jugent qu'il est déjà trop tard pour organiser cette consultation et la faire ratifier par les parlements britannique et européen avant la date de sortie.

D'après une équipe de recherche en sciences politiques de l'University College de Londres, la seule date envisageable pour ce vote serait le 28 mars, soit la veille du Brexit.

"Pour organiser ce référendum, il faudrait sans doute étendre les délais prévus par l'article 50 (du Traité de Lisbonne sur la sortie de l'UE, ndlr), et retarder la date de sortie", expliquent les chercheurs.

Theo Butt Philip, 35 ans, un consultant en communication stratégique présent au congrès des Libéraux-démocrates, estime qu'ils ont tort: "s'il y a la volonté", il y a suffisamment de temps pour organiser un nouveau référendum, a-t-il dit à l'AFP. 

Principale force militant pour la tenue d'un nouveau référendum, le groupe "The People's Vote" inonde les médias de plusieurs communiqués quotidiens, argumentant à chaque difficulté dans le processus de sortie sur la nécessite d'organiser un nouveau vote.

Cinq mois après son lancement, cette campagne a pris de l'ampleur sans que l'hypothèse semble plus concrète.

Lundi, Gina Miller, une figure de la campagne anti-Brexit, a sonné l'alarme à la conférence des Lib-dem. "Ne vous méprenez pas, le temps presse", a-t-elle souligné. 

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